Israël: son fils a été tué, elle dit "non" à la haine

"Beaucoup, d'autres religions, ont voulu nous aider"

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 669 clics

"Je suis une mère et je dis non à la haine", "je ne veux pas que mes enfants grandissent dans la rancœur", confie Rachel Frankel à l’hebdomadaire catholique italien “Famiglia Cristiana” (Ed. San Paolo), la maman de Naftali Frankel, 16 ans, tué avec ses deux camarades, Gilad Shaer, 16 ans, et Eyal Yifrah, 19 ans, près de Hébron par des extrémistes palestiniens. Elle était intervenue à l’ONU, à Genève, pour demander de l’aide. Elle a dit sa solidarité à la famille du jeune Palestinien brûlé vif par des extrémistes israéliens.

Une famille de sept enfants

Naftali était le deuxième de sept enfants. Elle raconte que l’aîné aîné a étudié dans le même lycée, Makor Haim, à Kfar Etzion, et qu’il étudie maintenant la Torah – le Pentateuque dans la bible catholique - dans une Yeshiva, une école rabbinique. Ils ont, elle et son mari, choisi cette « école spéciale » en raison de sa « spiritualité » faite de « religiosité, profonde et engagée », fondée « sur l'ouverture au monde ». Après les deux fils aînés, ils ont eu quatre filles qui ont de 6 à 14 ans et un petit garçon de 4 ans.  Ils habitent dans le centre d'Israel, sur la route de Tel Aviv à Jérusalem. Son mari est avocat et il travaille dans la police.  

Rachel enseigne elle-même la Torah dans un cours pour les femmes. Ses parents, qui venaient d'Amérique se sont installés en Israël dans les années cinquante, dans des conditions difficiles.

Le chemin du deuil

Elle confie le chemin de deuil qu’elle doit faire, tout en accompagnant ses enfants, entre la foi en « l'éternité de l'âme » et « l'absence » et de la « nostalgie profonde » ressentie, entre la « volonté de continuer, avoir un foyer heureux et normal » et la « légitimité de la douleur, de la souffrance » parce qu’il est arrivé « quelque chose de terrible et d'épouvantable ».

Voici ses paroles:

 « Il est très important pour moi que mes fils ne grandissent pas dans le sentiment de l'horreur et de la haine, qu'il réussissent à vivre l'insouciance de leur âge et grandissent sereinement. »

La foi, en famille
« Beaucoup de gens nous ont demandé si supporter cette douleur nous est plus facile parce que nous sommes croyants. J'ai répondu qu'avant tout nous sommes des parents et l'angoisse pour nos enfants enlevés n'a pas été moindre du fait de notre foi. Je pense que dans cette nouvelle réalité, dans laquelle nous devons affronter leur mort terrible est d'un côté la souffrance pour leur absence et l'incrédulité pour tout ce qui peut être arrivé, ce sont des sentiments qui seraient venus à toutes les familles, religieuses ou non. D'un autre côté, la foi et la religion t'offrent un contexte de pensée quotidienne qui te donne la force d'avancer. Les préceptes, les traditions qui règlent les premiers sept jours de deuil, l'union de la famille, la capacité profonde de prier et même la régularité et l'habitude des prières obligent la personne à être active et à ne pas s'enfoncer dans la douleur. Il y a aussi la foi dans l'éternité de l'âme, naturellement et notre contexte historique : ces jeunes ont rejoint la longue liste des autres qui, comme eux, ont été tués parce que juifs. »

« Pendant les journées de recherche désespérée de nos enfants nous avons rencontré beaucoup de représentants de différentes religions, arabes musulmans ou chrétiens qui étaient bouleversés par ce crime et qui désiraient nous aider. »

La famille du jeune Mohamed Abou Khdeir

« Appeler la famille de Mohamed a été une chose naturelle. J’ai été bouleversée par cet assassinat et j'ai ressenti intérieurement la souffrance de ses parents. Je suis fière de la magistrature israélienne qui a enquêté en hâte et a arrêté le coupable. Il était très important pour nous de transmettre le message qu'aucun innocent ne doit être frappé, seule la loi est mandatée pour s'occuper de ces cas-là. Je suis sûre que la famille de Mohamed est en train de souffrir terriblement et qu'elle est sous la pression de sa communauté. »

Intervention à l’ONU

« Quand j'ai parlé à l'ONU, j'ai senti une grande solidarité de la part de tellement de gens du monde entier. Les personnes devant lesquelles j'ai prononcé mon discours ne sont enclins à l'empathie ou au dialogue. Mais l'intervention a été importante afin d'engager et soulever le débat international. »


Visite du pape François
« Pour Israël cela a été un grand événement. Le Pape avait aussi accepté de nous rencontrer nous, parents des enfants enlevés. Notre voyage à Rome était déjà programmé. Ensuite est arrivée la terrible nouvelle des corps retrouvés. Mais je remercie beaucoup le pape François de son invitation. »

Traduction de Zenit, Hugues de Warren