Italie : défendre l'objection de conscience des pharmaciens

Un droit, non pas une concession

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 709 clics

L’objection de conscience n’est pas une « concession » de l’Etat mais un véritable droit naturel, affirment les pharmaciens italiens.

Un congrès organisé par l’Union catholique des pharmaciens italiens (UCFI) a eu lieu à la Chambre des députés, le 5 février, sur le thème « L’objection de conscience des pharmaciens : entre bioéthique, déontologie professionnelle et bio droit » (cf. Zenit du 28 janvier 2014).

Le congrès, avec la participation de parlementaires, médecins, pharmaciens et experts en bioéthique, avait pour objectif de « défendre le droit à l’objection de conscience des professionnels de la santé ».

Le député Gian Luigi Gigli, modérateur de la table ronde, a dénoncé la menace pesant sur l’objection des pharmaciens, dans le cas spécifique des produits abortifs, comme la pilule du lendemain et la pilule RU486. Le décret royal de 1938, toujours en vigueur, oblige en effet le pharmacien « à vendre chaque produit demandé et – en cas de non disponibilité – à le trouver au plus vite ».

Il a aussi déploré « la récente directive européenne sur la ‘médecine transfrontalière’ qui autorise le client à se procurer à l’étranger les médicaments dont la distribution serait illégale dans son propre pays ».

Cette mesure, a-t-il commenté, « rouvre la réflexion sur l’objection de conscience des pharmaciens », étant donné que les derniers développements de la recherche pharmaceutique ont mis au point des produits « qui ne servent pas à soigner les maladies, mais à satisfaire ce que l’on appelle la ‘médecine des désirs‘ ».

Parmi les autres intervenants : les députés Fabrizio Di Stefano, Paola Binetti, Eugenia Roccella, Flavia Piccoli Nardelli et le sénateur Lucio Romano ; les experts scientifiques Bruno Mozzanega, gynécologue de la clinique obstétrique de l’Université de Padoue et Filippo Boscia, directeur de la clinique obstétrique et gynécologique de l’Université de Bari.

Le député Fabrizio Di Stefano, intervenu comme pharmacien et homme politique, a souligné le rôle du pharmacien « au service de la vie », affirmant que si ce principe venait à manquer, le pharmacien manquerait à son devoir.

Par ailleurs, a-t-il ajouté, le pharmacien « ne saurait être un simple vendeur », dans la mesure où il a « la responsabilité de la santé de ses patients qui ne sont pas de simples consommateurs ». Selon le député Eugenia Roccella également, les pharmaciens ont des « responsabilités spéciales ».

Le juge de cassation, Giacomo Rocchi, a rappelé que l’objection de conscience contre l’avortement puisait à un droit qui « a été conquis dans les siècles à un prix fort » et qui « n’a pas à être justifié ».

Contrairement aux allégations du sous-secrétaire à la santé, Paolo Fadda, l’objection de conscience contre l’avortement n’est pas « une concession », a-t-il poursuivi.

La table ronde a été conclue par le président de l’UCFI, Piero Uroda, qui a rappelé que le droit à l’objection de conscience allait de pair avec la protection de la dignité de l’embryon humain.

Il a estimé qu’un changement de loi ne devrait pas être nécessaire car l’objection de conscience pour les pharmaciens est protégée par le Code déontologique approuvé par la fédération mondiale des pharmaciens en 2007 et reconnue comme un des droits inviolables de la personne par le Comité national de bioéthique en 2012.

Piero Uroda a toutefois dénoncé la pression « trompeuse et hypocrite » des multinationales pharmaceutiques sur les associations de pharmaciens afin qu’ils se prononcent sur « le caractère inoffensif » de médicaments que l’on fait passer pour des contraceptifs, alors qu’il s’agit de véritables abortifs.

« Nous devons défendre notre profession », a-t-il conclu, estimant qu’il s’agissait « d’une vraie bataille entre le bien et le mal ».

Traduction d’Océane Le Gall avec Anne Kurian