Italie : La tragédie du Costa Concordia, par l'aumônier de bord

Le rôle des aumôniers de croisière

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ROME, mercredi 18 janvier 2012 (ZENIT.org) – Les bateaux de croisières qui sillonnent la Méditerranée, sont montrés, dans les publicités, comme de grands centres ludiques. Et sous certains côtés, ils le sont. En attendant, avec le naufrage du Navire Costa Concordia, beaucoup ont appris que ces « villes flottantes » ont aussi un aumônier à bord.

Le P. Raffaele Malena, était l’aumônier du bateau. Il était sur le bateau au moment du drame et porté secours aux naufragés, avec l’aide de l’abbé Lorenzo Pasquotti, curé de la paroisse de l’Ile du Giglio, sur la côte ouest de l’Italie, en face de laquelle est arrivé l’accident, et celle du P. Giacomo Martino, directeur de la Pastorale de la mer au sien de l’Eglise italienne, qui coordonnait l’assistance au sol.

Selon un bilan encore provisoire, le bilan officiel du naufrage s'est aggravé pour atteindre mardi 11 morts et 24 disparus. L'opération de sauvetage continue.

Interrogé par Radio Vatican, l’aumônier de bord, a raconté comment s’étaient passé les faits, accident et évacuation, décrivant le climat de panique qui s’est emparé des passagers et tous les moyens mis en œuvre par les membres de l’équipage qui, contrairement aux rumeurs « ont tout fait pour leur porter secours », dit-il.

L’aumônier, qui a lui-même aidé les passagers à affronter ces durs moments, a qualifié son intervention de « normale », un aumônier étant appelé, a-t-il dit, à « aller là où il est appelé pour apporter courage et réconfort ».

Il a tenu à remercier le curé du Giglio, le P. Lorenzo Pasquotti, qui a immédiatement ouvert les portes de son église pour accueillir les rescapés.

Sur le rôle d’un aumônier dans une croisière, ZENIT a interrogé le P. Giacomo Martino, directeur du bureau chargé de la pastorale du personnel naviguant au sein de la Conférence épiscopale italienne:

Le rôle d’un aumônier à bord

« A bord, l’aumônier fait l’homme de Dieu », a répondu le P. Giacomo, et « sans faire de différence entre les passagers et l’équipage, même si sa tâche principale concerne le secteur de l’équipage ».

Et ces travailleurs, précise-t-il, « comptent sur la présence d’un aumônier, même s’ils proviennent d’autres confessions religieuses ». En période de Ramadan, par exemple, souligne-t-il, « il arrive que l’on me demande de faire la prière finale ».

Car les personnes de l’équipage, poursuit-il, sont des personnes de différentes nationalités, donc de religions différentes, qui apportent chacune leurs propres compétences professionnelles ».

« Ce qui me plaît chez ces personnes, a-t-il dit, c’est leur manière naturelle d’entrer en relation avec Dieu » qui vient de ce « qu’ils vivent la dimension religieuse comme n’importe quelle autre activité.

« Ils ont en eux une culture religieuse et une profonde connaissance des différences », a expliqué le P. Giacomo. « Ils savent que je suis un prêtre catholique. Et grâce à cette conscience qu’ils ont de la différence, leur union est parfaite. Il n’y a ni confusion, ni l’idée d’une foi qui serait un mélange de tout. Non, pas ici. »

« Qui est à bord, est presque obligé de souligner ce qui unit et non ce qui divise » a conclu le P. Giacomo en comparant cette attitude à celle que l’on a quand on regarde la mer de la terre ferme : « On pense que la mer nous divise, alors que le marin qui est sur le bateau dit au contraire : non la mer nous unit ».



Messages de l'équipage

Le directeur du Bureau pour la pastorale du personnel navigant a communiqué à ZENIT certains messages reçus des membres de l’équipage après la tragédie.

Un de ces messages dit: « Ciao don Giacomo. Tu sais à quoi je pense quand j’entends les nouvelles ? On dit du mal de l’équipage, que tous les autres ont été braves et bons… que notre équipage devient un bouc émissaire. J’espère que quelqu’un de la compagnie prendra la défense des membres de l’équipage. Nous allons mal. Tous… car nous entendons des accusations contre l’équipage et seulement ça. J’ai lu un article sur un journal (…): Les gens cassaient les armoires en verre pour voler les bouées de sauvetage ? Mais enfin… depuis quand on tient des bouées de sauvetage dans les vitrines en verre des couloirs? Crois-moi, tous dans l’équipage se sentent mal. Nous avons, nous avons perdu quelqu’un, nos amis aussi souffrent et on ne les trouve pas. Quelqu’un prendra-t-il notre défense ? Excuse mon défoulement…. Ciao ».

Un autre message d’un camarade de mission dit : « Chers confrères. Nous vivons des moments de grande peine pour ce qui est arrivé au Concordia, un navire que je porte dans mon cœur, car il est pour moi le premier amour, ayant fait déjà fait 8 mois à bord, entre mars et novembre 2011. Savoir qu’il y a maintenant des victimes et d’autres personnes disparues est une grande souffrance pour nous, nous souffrons de cette situation! (…) Nous constatons une grande attention des membres de l’équipage à notre égard, on le remarque vraiment. Nous voyons bien que les gars sont troublés, on voit bien leur inquiétude et leur souffrance, c’est pourquoi nous devons être les premiers à être forts et ensuite être proches de leur situation de désorientation actuelle. Que le Seigneur nous donne la force pour exercer notre délicate mission d’aumôniers de bord et de la vivre de la meilleure des façons (…). Je tiens à rappeler un passage de l’Evangile d’Emmaüs qui, en quelque sorte, explique notre état à bord des navires: ‘Jésus s’approcha des deux disciples et marcha à leurs côtés!’. Je vous salue et vous dis merci pour tout, que le seigneur nous bénisse ».

Propos recueillis par H. Sergio Mora
Traduction de l’italien par Isabelle Cousturié