Italie : le devoir de vaincre ensemble l'illégalité

Par le card. Sepe, archevêque de Naples

Rome, (Zenit.org) | 893 clics

Le cardinal Crescenzio Sepe, archevêque de Naples et président des évêques de Campanie, rappelle au micro de Radio Vatican le « devoir de vaincre ensemble l’illégalité », à l’occasion de la visite ad limina qui le conduira à Rome jeudi prochain avec un deuxième groupe d’évêques de cette région du mezzogirono.

RV – Quel visage de l’Eglise de la Campanie allez-vous présenter à Benoît XVI ?

Card. Sepe – Nous présenterons ce qu’est la réalité qui, aujourd’hui, nous voit tous engagés sur le front pastoral. Une réalité très belle, parce que l’Eglise de Campanie est une Eglise vivante, dynamique, avec un bon nombre de prêtres. Nous voulons ouvrir les portes de nos églises pour entrer dans les maisons, aller sur les chemins, sur les places et écouter, parler et vivre avec les gens, parfois avec des personnes qui n’ont pas de voix, mais qui nous font quand même toucher du doigt l’aspect dramatique de cette période que nous sommes en train de vivre. Je vois aussi des laïcs très engagés dans la vie sociale, qui cherchent à donner une âme à cette réalité, à une société souvent sans âme, déçue, amère, et je vois donc leur effort pour apporter l’espérance et la confiance, pour sauvegarder ces valeurs traditionnelles de notre peuple.

Un élément important de votre pastorale est celui de la légalité. C’est une bataille que l’Eglise de Campanie est en train de gagner ?

Nous vivons ici une situation de frontière, au sens où c’est comme si l’illégalité avait conquis tout le territoire où, souvent, même les institutions ne réussissent pas à s’opposer à ce désastre. Mais l’Eglise élève la voix pour rappeler à tous qu’ils ont le devoir de vaincre ensemble ce mal, ce cancer et je dois dire que cet engagement de l’Eglise pour sauvegarder la dignité de la personne a des répercussions positives : je pense en particulier à nos jeunes qui n’ont pas de lueur d’espoir pour leur avenir et qui sont parfois à la merci de ces organisations louches.

En quoi la pauvreté de la société en Campanie favorise-t-elle l’illégalité ?

Elle la facilite énormément. Le problème principal est le manque de travail, le fait qu’ici, en Campanie, non seulement on n’arrive pas à boucler la fin du mois mais on n’arrive même pas au 15 du mois, le fait que les personnes âgées ne touchent pas d’indemnités suffisantes : tout ceci aide la Camorra et toutes les organisations louches à « mettre la main sur » notre population et à l’instrumentaliser à leurs propres fins.

Sans le soutien des institutions civiles, cet engagement de l’Eglise de Campanie pourra-t-il aboutir ?

Nous, nous faisons notre devoir qui nous est dicté par l’Evangile du Christ, naturellement en gardant toujours le cœur ouvert pour accueillir tous ceux qui, conscients du mal qu’ils font, veulent réellement se repentir. Mais j’espère que c’est un signe fort aussi pour les institutions, parce qu’elles aussi peuvent s’engager comme elles le doivent dans une action qui sauvegarde la dignité de notre peuple.

D’après votre expérience, la doctrine sociale de l’Eglise est-elle en mesure d’aider votre action pastorale sur votre territoire ou bien faudrait-il l’actualiser ?

Je crois que, fondamentalement, nous avons la réponse : c’est celle du Magistère et c’est aussi celle de l’épiscopat italien. Je pense aux grandes encycliques, au document que nous, évêques italiens, avons publiés sur « L’Eglise dans le Midi », c’est-à-dire toute une série de prises de position très fortes qui ont une incidence, surtout sur les consciences : je dirais une conscience renouvelée sur ce qu’est la coresponsabilité de tous et, avant tout, des chrétiens. Moi-même, par exemple, je suis intervenu pour dire que ces gens qui tuent tous les jours et qui utilisent la violence, ne sont pas chrétiens. Nous cherchons aussi, par ailleurs, à sensibiliser sur notre réalité à travers la catéchèse, en commençant par les enfants. A court terme, nous publierons le Catéchisme de l’Eglise napolitaine, précisément pour affronter ces problèmes qui nous concernent de plus près.

Traduction d'Hélène Ginabat