Italie : les 40 ans du renouveau dans l'Esprit (II/II)

« Le Ciel nest jamais gris pour ceux qui croient »

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Luca Marcolivio

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, mardi 11 décembre 2012 (ZENIT.org) – Cette année le mouvement italien du Renouveau dans l’Esprit Saint (RnS) fête ses 40 ans.

Après une première partie consacrée aux initiatives et événements spéciaux qui l’ont jalonnée (cf. Zenit lundi 10 décembre 2012), voici la deuxième partie d’un entretien avec le président du mouvement, Salvatore Martinez, qui parle des défis que posent à son mouvement la nouvelle évangélisation et qui appellent tous le mouvements catholiques à collaborer.

On dit souvent que les mouvements catholiques sont en compétition entre eux. Est-ce la vérité ou un lieu commun ? Des charismes différents peuvent-ils collaborer à la Nouvelle Evangélisation?

C’est la diversité des dons et des ministères qui fait la beauté et l’unité de l’Eglise. Mais le prix est toujours celui de mourir pour rester en communion et nous présenter au monde comme « un seul » corps, afin qu’il croit. De la suspicion de l’autre on est passé au respect, même si les jalousies et les envies existeront toujours.  Celles-ci couvent au fond du cœur de l’homme, nous rappelle Jésus : seule une vie spirituelle renforcée peut arriver à les combattre. Alors qu’il est si beau de se reconnaître dans le don de l’autre! C’est l’autre qui complète mon « être » Eglise, en m’offrant ce qui manque à ma manière de la percevoir et de la vivre. N’oublions pas: chaque charisme, même s’il est donné à un membre du corps du Christ, est toujours pour la totalité du corps.

Donc, chaque don est pour moi, est toujours à mon avantage. En effet, de par la nature même du don qui repose sur la force d’expression, une certaine dose d’autoréférence à soi est inévitable. Chez le jésuite par exemple c’est comme ça, non pas au mépris du dominicain ou du franciscain, mais à partir de ce qui fait de lui un jésuite, c’est-à-dire l’obéissance au charisme de son fondateur Saint Ignace. Il s’agit donc d’une saine autoréférence à soi qui s’exprime dans l’humble considération de soi et la juste évaluation de l’autre. Ce sont des préceptes que je répète depuis 1998, depuis l’historique « Pentecôte avec les Mouvements » voulue par le bienheureux Jean Paul II, quand il s’est trouvé à représenter tout le laïcat catholique  lors d’une conférence de presse au Vatican, pour présenter l’événement. Nous avons fait beaucoup de route ensemble ; nous nous connaissons bien et nous nous reconnaissons dans les œuvres et dans les activités qui nous distinguent d’un mouvement à l’autre.

La collaboration est déjà à l’œuvre : Pensons, en Italie, au « Forum des Familles », à « Science et Vie », aux « Réseaux Action » catholiques où l’on  s’oriente vers des engagements communs dans la diversité des méthodes et expressions de chaque réalité.

La nouvelle évangélisation rendra encore plus exigeant et je pense que cette synergie est providentiellement plus efficace, surtout lorsqu’il s’agit de défendre l’homme et la justice sociale.

Parlons maintenant des Dix Places, un projet très ouvert qui n’accueille pas seulement des personnalités du monde catholique: d’un côté on a surement de grandes possibilités d’évangélisation, de l’autre il y a ceux qui contestent l’opportunité d’initiatives comme celles du « Parvis des Gentils », prétextant que l’on se limite finalement à une pure dissertation intellectuelle où la partie catholique n’est pas en mesure d’exprimer un point de vue fort, autrement dit de transmettre l’Evangile. Mais vous, quels objectifs et quelles attentes concrètes reposez-vous sur cette initiative?

Partons de ce que dit saint Paul: « Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28). Et comme dirait encore plus Jésus lui-même : « Celui qui n'est pas contre nous est pour nous » (Mc 9,40). Il n’y a donc pas à avoir de doutes sur le fait qu’il y a nécessité d’entreprendre un nouveau dialogue avec le monde, de lui réaffirmer notre identité chrétienne. Cela peut se passer sous des formes et des expressions différentes, en tenant compte des contextes où nous marchons. Le Parvis des Gentils se tourne vers les non croyants, les agnostiques, vers tous ceux qui éprouvent le désir de  se confronter à la culture chrétienne engendrée par la vie et par l’Evangile de Jésus Christ, en  restant dans ses propres positions. En un mot, nous pourrions dire que ces initiatives sont une « pré-évangélisation ».

Le Projet Dix Places pour Dix Commandements (en fait il y en aura onze) est lui plus confessionnel et il a valeur de témoignage,  il donne des thèses sans antithèses. Il a pour ambition de ramener la Parole de Dieu parmi les hommes par la créativité; de réaffirmer la primauté de la loi de l’amour de Dieu, qui est à la base de styles de vie corrects, universels, durables, pour chaque culture et civilisation. A une époque où les gens meurent et se laissent mourir, avec le Décalogue nous offrons des vraies leçons de vie, des exégèses du vécu avec les yeux et les accents différents de croyants qui représentent le monde de la science, de l’économie, du sport, des mass médias, de l’art, de la politique. Des personnes connues ou ordinaires qui, entre témoignages, prières, réflexions, musiques et projections d’images, rappellent à nos villes qu’il vaut mieux inclure Dieu dans l’horizon humain de nos sociétés et de nos familles.

Nous avons déjà produit trois relectures du premier commandement à Rome, du second à Vérone, du quatrième à Naples, avec une réponse extraordinairement positive et une très large appréciation de la part de toutes les institutions concernées. Le pape aussi a été et sera très présent avec un message vidéo réalisé exprès  intitulé: « Quand l’amour donne un sens à Ta vie … ». Nous avons recommencé le 8 juin à Milan, avec le troisième commandement, durant les 4 samedi de juin et les 4 samedi de septembre. Une caravane de l’Esprit qui traversera toute l’Italie, en s’échangeant la barre de la Nouvelle Evangélisation.

Nous voici désormais en pleine période de l’Avent : comment le RnS se prépare-t-il au Noël? Quel message donnez-vous d’habitude à vos membres?

Cette année j’ai voulu reprendre « le rappel » de Dieu aux sept églises de l’Apocalypse, en faisant de chaque appel à la conversion une prière en vue de la nouvelle évangélisation. Jésus revient encore parmi nous, en homme, prélude historique de son retour glorieux et définitif. Comment préparons-nous ces « derniers temps »? Comme des enfants dans l’attente désireuse de recevoir un nouveau cadeau ? ou comme des vieux, comblés et fatigués de vivre, incapables de s’étonner devant les nouveautés ? Il faut de nouveaux sens spirituels, renouvelés par l’Esprit, pour que cette nouvelle venue de Jésus ne nous laisse pas indifférents et remette en mouvement de nouvelles énergies de bien.

Les souffrances se multiplient autour de nous: le Noël éradique l’indifférence, l’amour tiède, l’activisme sans cœur, l’impatience devant le mal, la peur de faire du bien. « Ne vous lassez pas de vous adresser au Ciel »,  nous recommandait Benoît XVI le jour de l’Audience spéciale au RnS. Il faut vraiment lever les yeux, nous détacher de la pointe de nos pieds. Les mages arrivent vers l’Enfant Jésus, en observant le Ciel et non pas en marchant à vue d’homme. Qu’il en soit ainsi aussi pour nous : pour retrouver Jésus, dépassons les limites aveugles et désespérés de ce monde.

Donnons une haute mesure à notre foi, en produisant des dignes fruits de conversion. Ce Noël ne sera alors pas seulement un « bon Noël » mais un « saint Noël », c’est-à-dire une renaissance de la sainteté de Dieu en nous et en dehors de nous. Et en nous Jésus ne restera pas un nouveau né : il grandira et nous avec lui, en force et sagesse.