Italie : rendre aux détenus leur dignité

Une initiative de la Caritas de Rome

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Salvatore Cernuzio

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, vendredi 21 décembre 2012 (ZENIT.org) –  Un livre pour «  rendre leur dignité » aux détenus: tel est l’objectif de la campagne de sensibilisation lancée par la Caritas diocésaine de Rome en faveur des détenus les moins aisés, marquée par la diffusion d’un livre photographique en deux volumes édité par l’organisme et intitulé : « Uhuru-Liberté ».

Une petite fille de 3 ans marchant avec sa mère dans les couloirs d’une prison, les bras derrière le dos. Deux yeux dans la pénombre derrière des barreaux auxquels s’agrippe un détenu avec résignation. Un homme errant sans but, une petite valise en carton à la main. De l’autre côté, les déserts  à perte de vue de l’Afrique, des petits bourgs accrochés aux marges du monde, des paysages et des visages « humbles » d’hommes et de femmes provenant de l’Inde et de l’Équateur..

Des photographies antithétiques entre elles qui, dans un contraste de noir et de blanc, montrent les grands et les touts petits espaces dans lesquels un être humain peut-être amené à vivre. Mais tous hurlent un seul message: Uhuru!

Ce livre, présenté jeudi dans les murs de Radio Vatican,  est le premier pas de la campagne de sensibilisation qui prévoit aussi des manifestations de solidarité et de rencontre visant à sensibiliser l’opinion publique, sous le même thème : « Les citoyens pauvres qui sont en prison: les seuls pour lesquels fonctionne la certitude de la peine ! »

Les auteurs des prises de vue rassemblées dans l’ouvrage sont un architecte, Francesco Delogu, qui pris ses photos durant ses nombreux voyages,  et un photographe, Stefano Montesi, qui a derrière lui de longues années d’expérience professionnelle dans les prisons.  

Les recettes de la vente iront aux « pauvres » des prisons pour leur acheter des biens de première nécessité comme de la nourriture, du dentifrice,  du shampoing, de la lingerie intime, dont ces derniers sont totalement privés, bien que la Constitution garantisse théoriquement de tels droits.

Mais l’objectif de l’initiative de la Caritas est aussi d’ouvrir les yeux de la société sur la situation de détention à Rome et dans toute l’Italie, comme l’ont souligné les intervenants à la présentation du livre, notamment le directeur de la Caritas de Rome, Mgr Enrico Feroci, mais surtout Don Sandro Spriano, responsable du Secteur Prison au sein de l’organisme qui a dressé un bien sombre tableau de la situation pénitentiaire à Rome (Prison de Rebibbia), où beaucoup de photos ont été prises .

« Cette prison accueille 1800 détenus pour un complexe qui ne devrait en contenir que 1.600, mais le plus grave est cette pauvreté non seulement matérielle mais aussi « culturelle et relationnelle » qui règne dans ses murs, coupant ces personnes de tout contact avec le monde extérieur, brisant en elles tout sentiment d’espérance », a raconté le père Spriano.

Des mots comme « privations », « horreurs », « suicides », « traumatismes », sont sortis de la bouche de l’aumônier qui a passé en revue tout ce qui, dans ces prisons, constitue une atteinte aux droits prévus par la constitution italienne.

« Ces conditions de vie ne font qu’augmenter la colère et la frustration » de ces détenus, a-t-il commenté. « Comment prétendre ensuite qu’à leur sortie de prison ils se comportent comme des anges ? ».

Mais le plus triste dans cette affaire, a alors ajouté Anna Chiara Valle de la revue « Famiglia Cristiana », c’est que l’opinion publique pense que ces détenus « méritent » ces souffrances : « Pour des chiens maltraités nous sommes prêts à entrer en campagne  mais quand on parle des souffrances d’un homme en prison, la pensée commune est de dire que cela est juste », a-t-elle déploré, renvoyant alors aux paroles de Mgr Riboldi ( un évêque italien des années 20 connu pour son engagement en faveur de la légalité et de la justice ),  qui disait: « Pain et eau pour la punition, mais pain et eau doivent être servis sur une assiette propre ».

L’objectif principal de la campagne de sensibilisation lancée par la Caritas sera donc de « responsabiliser » la société, de lui faire prendre conscience qu’il s’agit « d’un problème immense qui la touche directement », a souligné le directeur de la Caritas à Rome, Mgr Feroci.

« Ce que nous demandons, a ajouté à son tour Daniela de Robert, chargée du bénévolat dans les prisons, ce ne sont pas plus de places dans les prisons, mais des mesures alternatives comme une justice et une société qui enseigne aux personnes à vivre, à travailler, à être avec les autres ».  

Il est peut-être trop tard pour inculquer cette nouvelle mentalité aux vieilles générations mais pas aux nouvelles, a-t-elle expliqué. Si bien que l’association des bénévoles de la Caritas  a entrepris un gros travail de sensibilisation dans les écoles,  où les jeunes, après plusieurs échanges et démonstrations  de ce que veut dire vivre dans une cellule de prison, être isolé du monde, commencent à douter par rapport à ce qu’ils pensaient au départ, soit pour certains qu’il faudrait la peine de mort.

« Il nous faut semer à l’extérieur comme à l’intérieur, a conclu la responsable,  car « il est inutile d’ouvrir les portes de la prison, si ensuite celles de la société restent blindées ».