Italie : une grammaire de la beauté pour enseigner la religion (I)

Une initiative de deux religieuses enseignantes

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Antonio Gaspari

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, jeudi 6 septembre 2012 (ZENIT.org) –  Parmi tous les projets mise en œuvre dans le cadre d’une nouvelle évangélisation, et les propositions visant un enseignement de la religion qui soit strictement lié à un projet cultuel, la pratique de certains enseignants d’utiliser les arts visuels mérite une attention particulière.

Il s’agit d’une véritable catéchèse de la beauté qui, tout en faisant connaître et en expliquant le mystère de chefs-d’œuvre artistiques – peinture, architecture, sculpture -, ouvre l’horizon sur le sacré et le divin.

A ce propos, deux religieuses italiennes, Maria Luisa Mazzarello et Maria Franca Tricarico, professeurs à la faculté des Sciences de l’Education « Auxilium », ont réalisé et publié un coffret de sept textes, édité par les éditions ‘Il Capitello’ et ‘Elledici’, sous le titre : « Enseigner la religion par l’art » (« Insegnare la religione con l’arte »).

Selon sœur Mazzarello, « transmettre la foi en parcourant les chemins de la beauté est certainement plus qu’une belle occasion à saisir pour rencontrer et pénétrer le mystère ».

« L’art, ajoute-t-elle, est une parole silencieuse et éloquente pour rencontrer Dieu. Car l’art est un lieu théologique, expression de la foi à travers les formules iconographiques. L’art est la voie du concret qui ouvre à la compréhension du transcendant ».

Pour en savoir plus sur une question d’aussi grande actualité et intérêt, ZENIT a rencontré sœur Maria Franca Tricarico.

Zenit - Comment peut-on enseigner la religion en suivant des parcours artistiques ?

Sr Maria Franca Tricarico - En ce XXIe siècle super technique, l’Eglise ne manque pas d’attirer l’attention sur l’importance du langage de l’art chrétien dont le but, aujourd’hui, comme par le passé, est celui de demonstrare invisibilia per visibilia, c’est-à-dire ‘expliquer ce qui est invisible par ce qui est visible’.

Par expérience, et pour avoir discuté de cela avec des enseignants, il s’avère que le recours à l’art est une voie à parcourir. L’art, comme Jean-Paul II avait écrit dans sa lettre aux artistes, est par nature une sorte d’appel au Mystère. L’art est donc un langage qui, à travers les formes symboliques, révèle aux élèves, et pas seulement à ceux des écoles supérieures, mais dans les petites classes aussi, les « choses de Dieu ». Nos jeunes d’aujourd’hui sont un peu comme ces « illettrés » dont parlait Grégoire le Grand, car c’est « en voyant » que ceux-ci comprenaient. Cela vaut aussi pour l’école. L’expérience nous dit que pour les enfants l’image est plus éloquente qu’un seul discours, qui doit néanmoins être récupéré, et peut-être même justement à partir d’une œuvre d’art.

En définitive, le parcours artistique dans l’enseignement de la religion signifie se réapproprier la tradition ancienne, l’actualiser, considérer l’art comme un « texte » qui nous redit la parole de Dieu et, dans le cas de l’art contemporain, comme un texte qui laisse entrevoir le religieux et la dimension spirituelle par le biais aussi de la précarité existentielle de l’homme.

Concrètement, en classe, les œuvres d’art doivent être proposées comme un texte-document, comme une exégèse concrète, comme une exégèse figurative des Ecritures. Dans les faits, pour l’analyse des œuvres, on peut prévoir :

▪ une présentation et une observation de l’œuvre d’art: on demande aux enfants de regarder attentivement tous les éléments présents dans l’œuvre proposée et d’en faire une liste (description pré-iconographique);

▪ passer de la description de l’œuvre à l’interprétation symbolique: on invite les enfants à découvrir que tous les éléments présents dans les œuvres de différentes époques ont quelque chose à nous transmettre, et tenter une interprétation; on provoque des interrogations qui permettent de formuler des hypothèses de sens dont il faudra ensuite chercher confirmation dans des sources de référence,  en particulier dans les textes de la Bible comme source privilégiée. Tout cela pour découvrir les éléments de sens dont le texte-art est porteur (analyse iconographique et interprétation iconologique).

Par ailleurs, on peut prévoir une réexpression des contenus transmis par l’œuvre d’art en se servant de la production des enfants : c’est le moment de la vérification des compétences acquises concernant la lecture et la compréhension de l’œuvre d’art, laquelle nait toujours d’une idée à la fois biblique et théologique qui se matérialise en personnages, formes, couleurs, volumes, dispositions spatiales, etc.

 Les enfants sont invités à assumer les attitudes suivantes: garder le silence pour faire travailler l’imagination, extérioriser ses idées, dialoguer, produire individuellement et/ou en groupe. De cette façon la classe se transforme en « atelier d’art » où la force de l’imagination et de la créativité se trouve stimulée au plus haut point par les processus de réinterprétation et de réélaboration.

Une grande attention didactique doit être donnée au choix des œuvres. On exclura les œuvres avec trop de détails inutiles et où les effets de scène prévalent; de même qu’on écartera ceux qui « infantilisent » le Mystère. On choisira plutôt des œuvres dominées par la simplicité et allant à l’essentiel, ainsi que des œuvres qui pénètrent les Saintes Ecritures, les ré-expriment, les interprètent et les actualisent.

Ce choix découle de la conscience que l’art est un texte complexe non pas dans le sens où il serait difficile, mais parce qu’il renferme une multiplicité d’éléments reconductibles à divers aspects du fait chrétien. L’attention pédagogique et didactique que l’on demande est alors de proposer aux élèves des expressions artistiques en fonction de leur âge et de leurs capacités cognitives, en sachant bien que toute trace, toute expression de l’art chrétien est un texte qui peut être lu, compris et interprété à différents niveaux.

En définitive, l’art chrétien est, dans l’action didactique, une voie à parcourir, même si cela demande de la part de l’enseignant un « équipement » particulier de connaissance et une passion pour l’art. Mais tout cela s’acquiert grâce à une formation et à une contemplation continue.

C’est pour cette raison, qu’au cours des années, avec une de mes collègues, j’ai réalisé la publication des sept textes de la Collection « Enseigner la religion par l’art » (Elledici), dont le but est précisément d’aider les enseignants dans leur formation. Ces textes s’adressent aussi aux étudiants des Instituts supérieurs de Sciences religieuses et aux catéchistes.