"Je ne saurais trop vous recommander d'aller voir le film 'La Passion'"

L'évêque de Namur, Mgr André-Mutien Léonard, commente le film de Mel Gibson

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ROME, mercredi 7 avril 2004 (ZENIT.org) - "Ce film touchera, remuera, bouleversera", déclare Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur, dans un éditorial consacré au film de Mel Gibson "La Passion du Christ", publié dans le site de son diocèse (cf. http://www.diocesenamur.be/A2.asp). Nous le publions ci-dessous dans son intégralité. Mgr Léonard a prêché les Exercices spirituels de carême pour le pape et la curie romaine, en 1999.



La PASSION DU CHRIST

Je ne saurais trop vous recommander d’aller voir le film de Mel Gibson : " La Passion du Christ ". L’occasion m’a été donnée de le voir en avant-première à Bruxelles, le 18 mars dernier. En un sens, tout film sur le Christ est décevant, car, en fixant dans des images le récit évangélique, il restreint toujours la portée de ce dernier. Cette réserve s'applique aussi au présent film, qui représente la Passion en la coupant excessivement de la prédication de Jésus et de la foi en sa résurrection. En dépit de cela et d’autres limites encore, il faut aller le voir, ne fût-ce que pour pouvoir échanger avec d’autres à son sujet.

Mel Gibson est un converti. Il veut s’adresser à un monde qui n’est plus chrétien, qui connaît parfois à peine le Christ et s’y intéresse peu. Il sait aussi qu’il s’adresse à une culture qui est abreuvée de violence gratuite : celle de tous les terroristes et autres fauteurs de guerre ; mais aussi la violence virtuelle, et plus gratuite encore, de tous les films d’horreur et de carnage. Il veut donc délibérément choquer en montrant la violence subie par Jésus à cause du péché du monde et pour le salut du monde. Une violence qui, elle, débouche sur du sens. C’est pourquoi le film s’ouvre sur le texte poignant du prophète Isaïe : "C’étaient nos souffrances qu’il supportait et nos douleurs dont il était accablé. Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos crimes" (Is 53, 4-5).

Nous savons par des témoignages historiques ce que représentait la flagellation chez les Romains, avec des lanières portant des boules métalliques armées de pointes afin de lacérer les chairs. Nous savons aussi que la crucifixion était un terrible supplice. Les évangiles évoquent pudiquement la cruauté de la Passion : les crachats, les soufflets, les coups, les moqueries, le fouet, le couronnement d’épines, le portement de la croix et le crucifiement avec des clous. Le film de Mel Gibson montre tout cela, crûment. Et le sang coule sur l’écran, comme il a coulé historiquement. D’admirables flash-back viennent cependant habiter de douceur et de tendresse tout ce déferlement de brutalité. Et, continuellement, la signification spirituelle de cette douleur est suggérée, comme lorsque Marie et Marie-Madeleine recueillent, pour ainsi dire liturgiquement, le sang répandu. Ou quand est évoquée la Dernière Cène : " Prenez et mangez, ceci est mon corps, livré pour vous ; prenez et buvez, ceci est mon sang, répandu pour vous ". Le spectateur est amené à entrevoir que la messe est bien, de manière non sanglante, le même sacrifice d’amour qui fut offert par Jésus sur la croix.
Le film est conçu pour que chaque spectateur se sente personnellement concerné et comprenne que la Passion du Christ a été vécue pour lui. C’est de toi et de moi qu’il s’agit. Voilà pourquoi Mel Gibson a voulu que ce soit sa main à lui qui tienne le premier clou enfoncé dans la main de Jésus. C’est ma responsabilité, et non celle des autres qui est engagée. Fidèle aux évangiles sur ce point – même si sur d’autres il eût pu l’être davantage – le film montre le rôle indiscutablement joué par les autorités religieuses juives, par Pilate, la cohorte des soldats romains, les propres disciples de Jésus et, derrière tout cela, Satan en personne qui mène la danse ; il est évoqué de manière saisissante par un personnage androgyne qui observe ce qui se passe, avec un sourire narquois. Déclarer que le film est antisémite est une accusation gratuite.

La scène admirable où Marie tient dans ses bras le corps de Jésus ensanglanté, après la descente de croix, indique bien l’intention du film. Après avoir regardé le corps de son Fils, comme dans toute évocation de la Pietà, Marie lève longuement son regard vers la salle et nous fixe. Comme pour nous dire : "Qu’avez-vous fait de lui ? Qu’as-tu fait, toi, de lui, dans ta vie ?" Il est malaisé de résister à ce regard. Difficile de ne pas pleurer de confusion…
Malgré quelques manques de goût, quelques insistances excessives et un peu trop de brutalité, ce film touchera, remuera, bouleversera. L’amour de Dieu m’a aimé à ce point…

Dans quelques jours, ce sera Pâques. Participez avec cœur aux offices de la semaine sainte. Je vous invite tout spécialement au grand rassemblement de la messe chrismale, qui aura lieu, cette année, à l’église Saint-Martin d’Arlon, le mercredi 7 avril à 18h. Pour les personnes venant de Namur, un car partira de la Place Saint-Aubain à 15h.30 et de l’église de Bouge (Moulin à Vent) à 15h.40. Inscriptions au 081/24.12.74 ou au 081/22.82.58.
J’invite également les Namurois au Chemin de croix dans les rues de Namur, le dimanche 4 avril : départ devant l’église Saint-Loup à 18h.30 (durée : une heure et demie).
Je vous souhaite à tous une sainte fête de Pâques !

André-Mutien,
évêque de Namur.