Jean Paul II communiquait aussi par le regard

La comédienne Claudia Koll met en scène La Boutique de l'Orfèvre

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 360 clics

Saint Jean-Paul II « avait cette extraordinaire capacité à communiquer également par le regard, typique des comédiens », estime la comédienne italienne Claudia Koll. Comme lui, tout comédien doit « raconter l’homme à l’homme », c'est-à-dire « ne pas porter de masques, avoir un cœur vrai et authentique ».

Dans le sillage de la canonisation de Jean Paul (27 avril), son œuvre théâtrale La boutique de l’orfèvre sera jouée mercredi 4 juin 2014 à 20h, au Centre des jeunes Jean Paul II, par la troupe Star Rose Academy, sous la direction de sa fondatrice, Claudia Koll.

Elle évoque pour les lecteurs de Zenit la mission du comédien et l'inspiration que représente saint Jean-Paul II pour tout artiste.

Saint Jean Paul II, avant de devenir pape, avait fait du théâtre... Dans quelle mesure ces talents particuliers se reflètent-il dans sa mission de pasteur de l’Église ?

Dans ma vie de foi, Jean Paul II a été fondamental. Il avait cette extraordinaire capacité à communiquer également par le regard, qui est typique des comédiens. Bien qu’il fût étranger, il savait mettre l’accent sur les paroles. En écoutant les CD où il parle sur fond musical, on se rend compte de ses capacités à transmettre la parole. En Pologne il avait en effet pris part au « théâtre de la parole » : durant les années du communisme, il n’était pas possible de réciter dans les théâtres, alors les artistes le faisaient dans les églises et dans les maisons. Ils réduisaient donc leurs spectacles à l’essentiel, faisant « des spectacles de la parole ». Avec l’académie que je dirige, la Star Rose Academy, inspirée de la Lettre aux artistes de Jean Paul II, nous travaillons justement beaucoup sur la parole, partant de la Parole de Dieu mais également de la parole que l’on utilise dans les spectacles.

Le 4 juin, nous jouerons La Boutique de l’Orfèvre, écrite par Karol Wojtyla, au Centre des jeunes Jean Paul II, pour honorer son souvenir au lendemain de sa canonisation. On nous a proposé de le mettre en scène aussi à Syracuse, au sanctuaire de la Vierge aux Larmes, que lui-même a inaugurée.

La récitation peut-elle devenir aussi une voie pour aller vers Dieu ?

Qui sait … L’art a toujours quelque chose à voir avec le spirituel. L’artiste doit communiquer son monde intérieur à travers le cœur... Il doit avoir un cœur libre, vivant, un cœur de chair et non un cœur de pierre. Quand les jeunes étudient à l’académie ils se heurtent à leurs propres duretés et à leurs propres blessures. C’est justement là qu’il y a une confrontation vraiment profonde avec la vérité et avec le Seigneur. Je soutiens que l’artiste doit être authentique, plus personne n’a envie de voir des représentations. Tous ont besoin de sentir la vérité de ce que tu dis, le sens profond de ce que tu veux transmettre, aussi l’artiste doit avoir un cœur vrai et authentique, pas un cœur en plastique.

Il est donc possible de réciter en restant soi-même ?

Le défi est bien là. Si je dois raconter l’homme à l’homme, je dois lui raconter quelque chose qui n’est pas en plastique mais qui parle à son « moi » le plus profond. Je dois donc utiliser mes vraies cordes, ne pas porter de masques, ou alors enlever ces masques qui, dans la vie de tous les jours, nous rendent totalement indifférents quand nous marchons dans la rue et passons devons les autres, et en quelque sorte, nous « protègent ». Non, le comédien sur scène doit, au contraire, se « mettre à nu »…

La foi en Dieu est-elle présente dans le monde du spectacle ?

Oui, absolument. Tout le monde n’en parle pas ouvertement mais dans le monde du spectacle, beaucoup de personnes vivent un parcours de foi. Tout le monde n’est pas forcément appelé comme moi à témoigner. Pour moi, ce fut un vrai appel à témoigner, à être missionnaire, à évangéliser. Certains font un parcours peut-être plus caché. Je pense que le don reçu est trop grand pour être passé sous silence, d’autant que les chrétiens, comme dit le pape François, doivent être des témoins.

Traduction d'Océane Le Gall