Jean-Paul II est déclaré « bienheureux », un événement planétaire

Messe de béatification présidée par Benoît XVI

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ROME, Dimanche 1er mai 2011 (ZENIT.org) - Jean-Paul II a été proclamé bienheureux par Benoît XVI, six ans après sa mort, en ce dimanche de la Miséricorde divine, et l'événement est planétaire, pour « croyants » et « non-croyants ». Pour la multitude, il est déjà saint. Pour Benoît XVI il a été un timonier de Vatican II.

Benoît XVI a présidé la messe de béatification sur le parvis de la basilique Saint-Pierre orné d'un jardin à l'italienne parfumé de milliers de plants de lavande bleue, de fleurs blanches et or, d'oliviers argentés centenaires, de buissons géométriquement taillés et de jeunes cyprès : un hommage de la région italienne des Pouilles à Jean-Paul II.

L'événemnt a été suivi par les télévisions d'une centaine de pays : 2300 journalistes, de 101 pays, ont été accrédités par le Saint-Siège, tous media confondus. De nombreux sites Internet permettaient de suivre l'événement dans leurs langues, ainsi que des centaines de radios. Des délégations officielles de plus de 87 pays, ont participé à l'événement.

Cette béatification avait été réclamée et espérée dès la messe de ses funérailles présidée sur ce même parvis, par le cardinal Joseph Ratzinger, alors doyen du collège cardinalice. Jean-Paul II s'est éteint le 2 avril 2005, veille liturgique du dimanche « de la miséricorde », institué le dimanche après Pâques par Jean-Paul II lui-même en l'an 2000, selon la demande faite par le Christ à sainte Faustine Kowalska.

Saint-Père, bénis-nous !

« Si souvent, tu nous a bénis de cette place. Saint-Père, aujourd'hui nous t'en prions, bénis-nous! »: ce dernier ajout de Benoît XVI à son homélie a été salué par les applaudissements de la foule de plus d'un million de personnes rassemblées une nouvelle fois par Jean-Paul II à Rome.

On ne pouvait pas ne pas entendre un écho de cette « canonisation anticipée » de la messe de funérailles, le 8 avril 2005, lorsque le cardinal Ratzinger disait : « Pour nous tous, demeure inoubliable la manière dont en ce dernier dimanche de Pâques de son existence, le Saint-Père, marqué par la souffrance, s'est montré encore une fois à la fenêtre du Palais apostolique et a donné une dernière fois la Bénédiction Urbi et Orbi. Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu'il nous voit et qu'il nous bénit [applaudissements]. Oui, puisses-tu nous bénir, Très Saint Père, nous confions ta chère âme à la Mère de Dieu, ta Mère, qui t'a conduit chaque jour et te conduira maintenant à la gloire éternelle de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Amen. » [applaudissements].

La foule, pour la première fois scandait : « Santo Subito », « Saint tout de suite ». Frédéric Mounier souligne dans La Croix, la force de la voix du peuple en titrant qu'il a déjà « canonisé » Jean-Paul II ! « Une fête de la foi pour ouvrir les portes au Christ », a titré L'Osservatore Romano en reprenant le leitmotiv du 22 octobre 1978, écrit en grande lettres en italien entre les colonnes du « bras de Charlemagne » de la colonnade du Bernin.

D'autres passages significatifs de l'homélie de Benoît XVI ont été d'instinct applaudis par la foule, comme un seul homme, notamment le passage en polonais de l'homélie, sinon toute en italien. Car c'est le diocèse de Rome « le protagoniste » de la cause de béatification, ce qui explique la présence de son choeur et de son orchestre, sous la direction de Mgr Marco Frisina. Et que c'est le cardinal Agostino Vallini, vicaire de Benoît XVI pour Rome, qui a rappelé la biographie de Jean-Paul II et a demandé au pape de le béatifier, au début de la célébration. Il était accompagné du postulateur, Mgr Slawomir Oder, Polonais, mais prêtre du diocèse de Rome. Et c'est donc l'évêque de Rome qui devait présider la béatification de son prédécesseur.

Ne pas avoir peur de se dire chrétiens

En polonais, le pape a déclaré : « Par son témoignage de foi, d'amour et de courage apostolique, accompagné d'une grande charge humaine, ce fils exemplaire de la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d'appartenir à l'Église, de parler de l'Évangile. En un mot : il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la vérité est garantie de liberté ».

Des pèlerins du monde entier - parmi les 80.000 Polonais et les 40.000 Français - avaient convergé avant l'aube vers la place Saint-Pierre, prenant au sérieux l'invitation à créer l'événement : la première « Nuit blanche de prière » dans Rome, autour de 8 églises du centre historique : ils marchaient en chantant, en scandant le nom de Jean-Paul II, et en priant.

Au matin, la pluie fine avait cessé et un léger voile de nuages protégeait encore des rayons brûlants du soleil romain les foules éprouvées par le voyage et l'inconfort de la nuit. Une seconde nuit d'insomnie spirituelle s'annonce pour beaucoup : les portes de la basilique resteront ouvertes pour que tous ceux qui le voudront puissent vénérer le nouveau bienheureux, dont le cercueil a été placé dans la basilique, devant l'autel de la Confession. Benoît XVI et les cardinaux ont été les premiers à lui rendre hommage, puis les familles royales, les chefs d'Etat et de gouvernement, les diplomates, les évêques, les prêtres - 800 étaient présents autour de l'autel et ont distribué la communion - et les fidèles.

Le cliché d'un photographe polonais

A 10 h, Benoît XVI était apparu, venant de la Porte de Bronze, avant de faire un tour de la place debout dans la mercedes blanche découverte, tandis que la procession avançait par le couloir central. Il avait revêtu une chasuble scintillante et une mitre portées naguère par Jean-Paul II. Et il a célébré l'eucharistie en utilisant un calice utilisé par Jean-Paul II les dernières années de sa vie.

La formule de béatification a été prononcée par le pape, en latin, depuis son trône placé sous la loggia des bénédictions, à l'abri d'un dais rouge : « (...) Par notre autorité ecclésiastique nous décidons que le vénérable Serviteur de Dieu Jean-Paul II, pape, sera appelé désormais du nom de « bienheureux » et que sa fête sera célébrée le 22 octobre (...) ».

La photo géante de Jean-Paul II, longuement acclamé et applaudi, a alors été dévoilée à la loggia, fleurie de rouge et d'or pour l'occasion : le cliché fait par un photographe vaticaniste polonais, Grégoire Galaszka, en 1995, montre un pape joyeux. Soeur Tobiana, l'une des religieuses polonaises qui prenait soin de l'appartement pontifical de Jean-Paul II, soeur Marie-Simon-Pierre, la religieuse de Maternités catholiques d'Aix, guérie par l'intercession du pape Wojtyla, sont venues en procession apporter à gauche de l'autel, une relique du nouveau bienheureux : du sang prélevé autrefois pour une éventuelle transfusion, dans une ampoule de verre, sertie dans un reliquaire orné de rameaux d'olivier d'argent, et dû à un artisan romain. Elles étaient suivies de deux jeunes du diocèse de Rome, et deux du diocèse d'Aix-en-Provence, portant des flammes, et d'enfants portant des fleurs.

Ce cliché transmet ce trait de caractère que soulignait le cardinal Vallini : un optimisme « fondé sur la confiance dans la Providence divine ». Avant la célébration, la foule a prié le chapelet de la miséricorde enseigné par le Christ à sainte Faustine. Et la prière jaculatoire enseignée à Faustine, et inscritre sous l'icône du Christ miséricordieux est justement une déclaration de confiance : « Jésus j'ai confiance en toi », « Jezu Ufam Tobie ». Une confiance que n'ont pas ébranlé les deuils de l'enfance et de l'adolescence, « l'expérience tragique de deux dictatures », l'attentat de 1981, la progression de la maladie, a rappelé le cardinal italien. Au contraire, il a ouvert partout où ses voyages et les media l'ont conduit, des « horizons d'espérance ».

Le cardinal Vallini a souligné le « témoignage » rendu au bien qu'il a accompli « par les délégations du monde et des millions d'hommes et de femmes, croyants et non croyants, qui ont reconnu en lui un signe évident de l'amour de Dieu pour l'humanité ».

Le timonier de Vatican II

Benoît XVI a rappelé toutes les circonstances liturgiques - significatives - de ce jour : Dimanche de la Miséricorde, premier jour du mois de Marie, fête de saint Joseph Travailleur. Et il a commenté l'Evangile de Jean en disant : « La béatitude éternelle de Jean-Paul II, qu'aujourd'hui l'Église a la joie de proclamer, réside entièrement dans ces paroles du Christ : « Tu es heureux, Simon » et « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ».

Le pape a fait aussi observer le sens des béatifications du pontificat de Jean-Paul II en disant : « Aujourd'hui, son nom s'ajoute à la foule des saints et bienheureux qu'il a proclamés durant les presque 27 ans de son pontificat, rappelant avec force la vocation universelle à la dimension élevée de la vie chrétienne, à la sainteté, comme l'affirme la Constitution conciliaire Lumen gentium sur l'Église ».

Il a rappelé combien le pape Wojtyla a été un « timonier » de Vatican II, et qu'il avait la vocation de faire entrer l'Eglise dans le IIIe millénaire. Il a souligné aussi cet axe essentiel du pontificat : « Son message a été celui-ci : l'homme est le chemin de l'Eglise, et le Christ est le chemin de l'homme », faisant renaître « l'espérance » en montrant combien Dieu « a une influence sur l'histoire », une espérance naguère comme « cédée au marxisme et à l'idéologie du progrès » et par lui « légitimement revendiquée pour le Christianisme ».

Mais les applaudissements de cette foule bigarrée, multi-culturelle, de toutes les générations, et de toutes les latitudes, et états de vie - jeunes, familles, religieux, prêtres - se sont répétés davantage encore lorsque Benoît XVI a comme en confidence évoqué son rapport personnel avec celui qui l'a appelé de Bavière pour servir l'Eglise à Rome : « J'ai pu lui être proche et vénérer toujours plus sa personne pendant 23 ans ».

Sa vocation sacerdotale

Il a confié : « Mon service a été soutenu par sa profondeur spirituelle, par la richesse de ses intuitions. L'exemple de sa prière m'a toujours frappé et édifié : il s'immergeait dans la rencontre avec Dieu, même au milieu des multiples obligations de son ministère ».

Ses derniers mois il n'en restait pas moins « Pierre », a fait observer le pape : « Et puis son témoignage dans la souffrance : le Seigneur l'a dépouillé petit à petit de tout, mais il est resté toujours un « rocher », comme le Christ l'a voulu ».

Surtout, la foule a applaudi l'allusion à la grande humilité de Jean-Paul II et à la vocation sacerdotale: « Sa profonde humilité, enracinée dans son union intime au Christ, lui a permis de continuer à guider l'Église et à donner au monde un message encore plus éloquent précisément au moment où les forces physiques venaient à lui manquer. Il a réalisé ainsi, de manière extraordinaire, la vocation de tout prêtre et évêque : ne plus faire qu'un avec ce Jésus, qu'il reçoit et offre chaque jour dans l'Eucharistie ».



Anita S. Bourdin