Jean-Paul II : Histoire du procès de canonisation /2

Rencontre avec Mgr Slawomir Oder, postulateur de la cause

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Propos recueillis par Włodzimierz Rędzioch

Traduction d'Hélène Ginabat

ROME, mercredi 9 mai 2012 (ZENIT.org) – Jean-Paul II sera-t-il bientôt déclaré saint ? Pour le postulateur de la cause, Dieu est le véritable protagoniste : « Quand le Seigneur jugera opportun de donner un signe à l’Eglise, celui-ci se présentera sans aucune équivoque et nous saurons avec certitude que le moment est arrivé », affirme-t-il dans cette seconde partie de son interview (cf Zenit du 8 mars pour la première partie).

Włodzimierz Rędzioch  - Selon la pratique établie, le culte du bienheureux Jean-Paul II devait être limité à l’Italie et à la Pologne. Mais nous avons reçu des demandes venant d’autres parties du monde pour autoriser le culte du bienheureux. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

Mgr Sławomir Oder – C’est vrai que c’est une caractéristique de la béatification : elle concerne l’Eglise locale mais, dès le début, la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a donné aux évêchés locaux la possibilité de lui demander l’autorisation de célébrer la fête du nouveau bienheureux, en tenant compte de la dimension mondiale du culte d’un personnage comme Jean-Paul II. De nombreux évêchés ont profité de cette possibilité et ont inscrit la fête du bienheureux Jean-Paul II au calendrier de l’Eglise locale.

Le grand phénomène du culte des reliques du bienheureux Jean-Paul II se vérifie aussi. Tous les jours, des milliers de fidèles prient sur sa tombe à Saint-Pierre. Mais il y a aussi celui des pèlerinages dans les lieux où se trouvent ses reliques…

C’est un phénomène qui a surgi spontanément. Cela a commencé avec des demandes individuelles de personnes qui voulaient une image avec la relique « ex indumentis » (image pieuse qui renferme un morceau de l’habit de Jean-Paul II, ndlr) du bienheureux. Dès lors que le culte a été permis, il est devenu possible de consacrer des églises au bienheureux Jean-Paul II. Plusieurs évêques ont demandé des reliques pour une église ou un séminaire de leur diocèse. Ensuite, pour prolonger d’une certaine manière, l’esprit du pontificat – le style itinérant du pèlerin de l’amour et de la paix – ses reliques ont commencé à voyager. La première « sortie » des reliques a été à l’occasion de la Journée mondiale de la jeunesse à Madrid, où elles sont restées comme un signe. Ensuite, les reliques sont parties au Mexique.

Comment s’est passé ce pèlerinage auquel vous avez participé personnellement ?

Le pèlerinage au Mexique s’est déroulé d’octobre à décembre dernier, dans tous les diocèses du pays. J’ai participé personnellement à une partie de celui-ci. Cela a été une expérience émouvante, parce que le peuple mexicain le vivait comme s’il s’agissait d’une nouvelle visite de Jean-Paul II. Après le Mexique, plusieurs évêques de Colombie ont demandé, à leur tour, la présence des reliques.

N’existe-t-il pas un risque de mal interpréter le culte des reliques ?

Ce risque existe, mais il faut toujours rappeler qu’il n’y a pas d’aspect magique : les reliques sont un signe de la présence du saint parmi nous, un signe historique et concret. Ce n’est pas une réalité magique mais un rappel des valeurs de la personne, de son enseignement. Je dois dire que toutes ces expériences de pèlerinages m’ont beaucoup édifié, parce que les gens s’y sont préparés dignement, par des catéchèses, avec les enseignements du pape qu’on leur a proposés.

J’aimerais revenir un instant sur votre visite au Mexique. Quelle Eglise et quelle religiosité avez-vous vues dans ce pays ?

J’ai trouvé une Eglise vivante, joyeuse, pleine d’espérance. Une Eglise avec une grande ferveur populaire, mais pas moins authentique et profonde pour autant. La visite des reliques a été pour les fidèles une occasion de renouveler leur amour de l’Eucharistie, de la Parole de Dieu et surtout une invitation à la conversion. On m’a informé que le passage des reliques avait été marqué par de nombreuses conversions et confessions. C’est un signe que l’intérêt pour les reliques du bienheureux Jean-Paul II n’est pas fondé seulement sur la curiosité humaine, mais sur l’écoute de l’Esprit Saint qui parle à l’Eglise et aux fidèles.

Quel est le rôle de la Postulation après la béatification de Jean-Paul II ?

La canonisation ne requiert pas la réouverture du procès sur l’héroïcité des vertus ; tout cet aspect très important appartient désormais à l’histoire. Mon travail maintenant est de l’ordre de la « vigilance » pour pouvoir identifier un miracle et procéder à la canonisation. Entre-temps, la personne du postulateur est devenue un point de référence pour tout ce mouvement spirituel lié au désir de connaître davantage le message de la vie et de la sainteté de Jean-Paul II.

Le bienheureux Jean-Paul II disait que tout don est un engagement. C’est pourquoi je participe volontiers, maintenant, à diverses initiatives pour contribuer à faire connaître la personne du bienheureux et ses enseignements. Je considère comme un devoir pour moi de partager avec les autres tout ce que j’ai reçu comme postulateur pendant ces années, des années qui ont été pour moi une véritable grâce.

Pourriez-vous nous dire quelque chose sur les miracles attribués à Jean-Paul II et signalés à la Postulation ?

Je peux dire que le phénomène qui s’est vérifié avant la béatification ne s’est pas arrêté. Nombreux sont les lettres et les témoignages des grâces reçues qui continuent d’arriver à mon bureau. Certaines sont très intéressantes et significatives. Je concentre mon attention sur quelques cas. J’ai demandé de la documentation afin d’approfondir l’un d’eux et, si l’issue s’avérait positive, on pourrait alors immédiatement lancer le procès sur le miracle. Pour le moment, j’attends encore et je ne veux pas entrer dans les détails.

Que répondre aux personnes qui demandent combien de temps il faudra pour la canonisation du bienheureux Jean-Paul II ?

Dans ce cas précis, il n’y a pas les limites établies par le Code de droit canon/canonique. On voit clairement ici que le véritable protagoniste du procès, c’est le Seigneur. Quand le Seigneur jugera opportun de donner un signe à l’Eglise, celui-ci se présentera sans aucune équivoque et nous saurons avec certitude que le moment est arrivé de proclamer Jean-Paul II saint de l’Eglise.

Comment vérifie-t-on un miracle attribué à l’intercession de Jean-Paul II ?

La première vérification est faite par moi-même dans la Postulation, évidemment en collaboration avec les experts. Une fois que le cas est certifié comme bon, un procès canonique est institué, pendant lequel on recueille toute la documentation nécessaire, puis on prépare ce qu’on appelle la positio et tout est transféré à la Congrégation pour la cause des saints. Au sein de la Congrégation, la consultation médicale décide si, du point de vue des sciences humaines, l’événement est explicable ou pas. La commission théologique, elle, doit vérifier le lien de causalité entre l’invocation de l’intercession du bienheureux et l’effet obtenu avec une manifestation de la grâce de Dieu.

Quand le dossier arrive-t-il dans les mains du pape ?

Le pape, à la demande du préfet de la Congrégation pour la cause des saints, autorise la publication du décret qui reconnaît le miracle et qui ouvre la voie à la canonisation.