Jésus a eu besoin d'une famille pour venir au monde (II/II)

Réflexion du Conseil pontifical pour la famille

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 1824 clics

« Noël montre la beauté et la valeur précieuse de la famille pour tous », explique Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille, qui invite à contempler et à imiter la Sainte Famille, car « Jésus aussi, pour venir au monde, a besoin d’une famille ».

Voici la seconde partie de l'entretien de Zenit avec Mgr Paglia (cf. Zenit du 26 décembre 2012 pour la première partie).

Zenit – La fête de Noël peut-elle nous aider à retrouver l’âme perdue de l'Occident ?

Mgr Paglia - C’est un monde qui risque de perdre son âme parce qu’il pense que l’âme est seulement le marché, le conflit, la domination sur les autres, et non l’amour. Mais l’âme qui peut rendre le monde vivable est uniquement l’amour, uniquement ce petit enfant qui vient au monde, précisément pour que tout le monde puisse accueillir l’amour. Dans ce sens, nous autres, chrétiens, nous avons un devoir indispensable : aider les hommes de toutes religions et de toutes cultures à retrouver leur âme.

Comment faire pour que Noël redevienne une fête de famille ?

Il y a un dicton populaire qui, malgré sa simplicité, a un sens profond : « Noël avec les tiens ». C’est comme si, à Noël, même au niveau populaire, on sentait le besoin de rester chez soi. Pour moi, ce besoin est très profond. A Noël, nous voyons que Jésus aussi, pour naître, a besoin d’une famille, que Dieu aussi, pour sauver les hommes, a besoin d’une famille et doit demander l’assentiment de Marie et, à travers l’ange, de Joseph aussi. En ce sens, Noël montre la beauté et la valeur précieuse de la famille pour tous. Je pense à ces pauvres bergers, persécutés par la société juive de l’époque, qui furent les premiers à accourir, trouvant Marie, Joseph et l’enfant, et donc une famille, sûrement singulière, mais sûrement une famille. C’est pourquoi le mystère de Noël implique nos familles directement et de multiples manières. Je me souviens, lorsque j’étais enfant et que j’écrivais la lettre à glisser sous l’assiette ; je me souviens de l’installation de la crèche, qui implique toute la famille, pour accueillir ce mystère chez soi ; je me souviens de la beauté de la messe de minuit qui émouvait tout le monde (et si, cette nuit-là, il neigeait, nous ne restions pas à la maison, mais nous étions d’autant plus poussés à y aller !). Voilà pourquoi le lien entre Jésus qui naît et la famille est un des aspects les plus évidents de ce mystère. Que l’on pense seulement à l’implication des artistes à propos de Noël : je crois qu’il n’y a pas de poète, de peintre ou de sculpteur qui ne se soit pas confronté à ce mystère.

De quelle manière la Sainte Famille est-elle un modèle pour les familles en tout temps et en tout lieu ?

Il « revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur » (Lc 2, 51). Ces lignes de l’évangile de Luc décrivent trente années de la vie de la Sainte Famille. La famille de Nazareth est un grand exemple ; d’ailleurs, l’icône qui a guidé la rencontre des familles à Milan et que nous conservons maintenant dans notre dicastère est, précisément, l’icône de la Sainte Famille, dont le centre est Jésus.

Ne devons-nous donc pas nous dire que chaque famille devrait reprendre Jésus comme son centre et son inspirateur ? Ne devons-nous pas souhaiter que les parents se préoccupent de leurs enfants comme le font Marie et Joseph ? Non pas une préoccupation obsessionnelle, bien sûr : Jésus avait la liberté d’aller avec ses parents, et même celle de « disparaître ». En même temps, comment des parents ne réfléchiraient-ils pas à la relation qui liait Joseph et Marie ? Nous voyons une extraordinaire délicatesse de rapports, une attention mutuelle unique non parce qu’ils étaient toujours d’accord, au contraire, il y eut un moment plutôt critique et Joseph a eu besoin de l’ange.

Les familles d’aujourd’hui n’ont-elles pas besoin des anges ? Si la famille reste seule, il lui sera difficile de survivre. Nous avons, nous aussi, besoin d’anges pour nous aider, pour nous expliquer et nous faire redécouvrir ce qu’est l’affection. L’amour est un art, pas un sentiment. Malheureusement, aujourd’hui, c’est devenu un sentiment, et par conséquent comme tel il est « mobile ». L’amour est la construction de notre maison, l’amour est un projet, l’amour est une amitié, il est pardon, c’est construire ensemble un rêve qui demeure. C’est aussi cela la famille de Nazareth, même de manière non organisée.

En tant que curé de la basilique Sainte Marie du Trastevere, vous avez lancé le repas de Noël avec les plus démunis. Vous y êtes retourné pour Noël ?

J’y ai participé cette année, entre autres parce que nous en fêtons cette année le trentième anniversaire. Ce repas est né du besoin d’offrir un geste « fort » capable d’exalter le changement advenu dans l’histoire avec la naissance de Jésus. Ce changement devait avoir un aspect « familier ». L’idée était très simple : à Noël tout le monde va dans sa famille, mais ceux qui n’ont pas de famille, les personnes seules, celles qui vivent dans la rue, où vont-elles ? D’où l’idée d’ouvrir la basilique aux personnes abandonnées, pour qu’elles soient elles-mêmes la famille de Jésus. En somme, une sorte de « crèche à l’envers » : Jésus vient sur la terre et nous lui donnons une étable ; les pauvres viennent et nous leur donnons une basilique. En ce sens, ces trente années ont montré la beauté d’un geste comme celui-ci. Le repas de Noël avec les pauvres se fait désormais dans le monde entier, avec plus de 130 000 hôtes chaque année, et il se déroule dans cet esprit.

Je me souviens que saint François d’Assise parlait de Noël en disant que c’était le jour le plus beau et que même les pauvres devaient se réjouir. Il disait : « Si je devais parler avec le gouverneur de toutes les nations, je ferais verser de la nourriture sur toutes les routes du monde et dans toutes les villes, pour que même les oiseaux du ciel, et même les animaux se réjouissent et mangent, à commencer par les plus pauvres ».

Du reste, Bethléem veut dire « ville du pain ». Voilà pourquoi participer cette année au repas de Noël, trente ans après son lancement, est une confirmation qu’il est important que Noël ne soit pas un jour vide ou peut-être uniquement plein de lumières dans les rues mais non dans les cœurs. Je me souviens d’une pauvre femme âgée d’Ostie, assise à côté de moi lors d’un de ces repas. A un certain moment, elle a levé les yeux pour admirer les mosaïques de Sainte Marie du Trastevere, le plafond à caissons en or, les plus de 400 personnes en fête. Puis elle m’a dit : « Don Vincenzo, aujourd’hui, nous sommes presque mieux que le pape… ».

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat