Jésus : Chemin de Charité, Parole de Vérité, Nourriture de Vie

V Dimanche de Pâques Année A 18 mai 2014

Rome, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 755 clics

[Rite Romain: Ac 6, 1-7; Sal 32; 1 Pt 2,4-9; Jn 14,1-12

Rite Ambroisien (à Milan) Ac 10,1-5.24.34-36.44-48a; Ps 65; Fil 2,12-16; Jn 14,21-24]

1) Que rien ne vous trouble [1]

            Durant la Semaine Sainte nous avons contemplé la charité pastorale du Christ, qui s’est manifestée durant la Cène par deux gestes qui expriment le sens de sa vie et de sa mort: le lavement des pieds – signe que l’on met sa vie au service des autres – et la bouchée qu’il donne à Judas, révélant un amour débordant.

            Jésus se donne à qui le trahit et se livre à la Croix pour les hommes pécheurs, pour tous, pour chacun de nous. C’est en mourant sur la Croix qu’il nous ouvre le chemin vers notre Père, qu’il nous révèle sa gloire  d’amour absolu, donné sans réserve, sans limites.

            Le discours de Jésus, proposé dans la liturgie de ce dimanche (Jn 14,1-12) commence  par une invitation à surmonter la peur : « Ne soyez donc pas bouleversés ». La peur qui s’est emparée du cœur des Apôtres, au Cénacle, est une peur profonde: celle de la souffrance, de la mort, de l’avenir.  Pour vaincre les nombreuses et profondes peurs qui nous assaillent, il n’y a qu’un seul moyen, suggéré par Jésus : avoir foi en Dieu et foi en Lui : Lui seul suffit, Dieu seul est la roche sur laquelle construire sa vie, Lui seul est un refuge sûr. Les autres sécurités déçoivent. L'amour de Dieu est fidèle et ne nous abandonne jamais : cette grande certitude réconforte le croyant.

            A Pâques, celle-ci fera prise sur les Apôtres, y compris sur Saint Thomas, complètement.

            Léonard da Vinci, dans son tableau illustrant la Cène du Seigneur,  dépeint l’apôtre, disposé à ne croire que ce qu’il voit, le doigt en l’air pointé vers le ciel, car ce doigt a vraiment touché le ciel, il a touché l’amour concret de Dieu qui donne sa vie pour lui. En effet, dans l’Evangile de Jean, Thomas représente le passage de l’incrédulité à la foi comme expérience d’amour à laquelle croire et en laquelle avoir confiance.

                Cet apôtre, encore aujourd’hui apeuré et troublé, demande au Messie: « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » (Jn 14. 5-7)

            La réponse que Jésus donne à Thomas lui fera comprendre quel est ce chemin, mais pas tout de suite. Thomas ne comprend pas, il comprendra quand – en rencontrant Jésus Ressuscité – il mettra le doigt dans les trous des mains divines transpercées, et verra quel est ce chemin, quelle est la vérité, quelle est la vie et il l’indiquera aux autres, nous compris.

            La réponse de Jésus à Thomas est avant tout «  Je Suis », qui est le nom que Dieu donne en se révélant à Moïse. Dans l’Évangile de saint Jean c’est ainsi que Jésus parle de lui-même. Il dit « Je-Suis » de manière absolue et « Je suis » en spécifiant. Aujourd’hui il détermine les trois spécifications fondamentales « Le Chemin, la Vérité et la Vie », ailleurs il a dit Je-Suis le Pain, Je-Suis le pasteur, Je-Suis la porte.

2) Je-Suis le chemin, la route pour arriver à la maison, à Dieu, au cœur, aux autres

            Dimanche dernier nous avons médité sur le Christ disant de lui: «  JE SUIS la Porte; JE SUIS le Pasteur », aujourd’hui Il dit de Lui : «  JE SUIS le Chemin, la Vérité et la Vie ».

            Tout d’abord le Chemin c’est Lui, Jésus Christ.

            Qu’est-ce que le chemin ? Le chemin se réfère presque toujours à son chez soi, la maison : c’est là où tu es en train de partir de chez toi ou en train  de revenir chez toi. Jésus est le chemin parce que le Fils, qui était aux côtés du Père, est venu vers nous puis est retourné au Père et nous a montré le chemin de notre maison, c’est-à-dire là où nous sommes chez nous.

            Toute l’existence de Jésus sur terre est un cheminement pour retourner au Père, donc Il est le chemin et dans la tradition juive le chemin c’est la loi, qui donne le coup d’envoi à la vie, à la vie de Dieu. Jésus est la nouvelle loi, mais la loi du Fils n’est plus quelque chose ou quelqu’un qui lie, elle est la loi de la liberté: la liberté du Fils, qui est le chemin de vérité qui rend libres, une liberté qui sait donner librement la vie comme offrande de communion.

            Seul le Christ est le chemin qui conduit à la réalisation des désirs les plus profonds du cœur de l’homme, et le Christ ne nous sauve pas en dépit de notre humanité, mais à travers elle, en tenant compte aussi de notre peur et de notre trouble. Et tout en reconnaissant que notre vie est un drame, il nous enseigne que celle-ci, la vie, est une lutte pour le bien, pour la vérité, non seulement connue par l’esprit mais rencontrée en Jésus Christ qui nous étreint dans les bras de sa Croix, nous nourrit avec l’Eucharistie, nous pardonne avec la Confession. Il ne dit pas à chacun de nous: « Efforce-toi de chercher le chemin qui conduit à la vérité et à la vie ; non, on ne te dit pas cela. Lève-toi, paresseux, le chemin en personne est venu te trouver. Il te réveille de ton sommeil, si toutefois tu étends sa voix quand il te dit ‘lève-toi et marche’ ! » (Saint Augustin d’Hippone). Il est le chemin de l’amour accompli, le chemin du lavement des pieds, le chemin de la bouchée donnée à Judas, le chemin du don, le chemin du pardon, l’unique chemin, celui de l’amour qui nous fait être avec Lui et comme Lui.

            Puis Jésus dit : Je-Suis la vérité. Il est le chemin parce qu’Il est la vérité qui permet de vivre et rend libres. La vérité c’est que Dieu est Père et nous, nous sommes ses enfants dans le Fils. Jésus nous a révélé le Père comme amour et liberté, comme don absolu au Fils, voilà quelle est cette vérité.

            Et notre vérité est la vérité même de Dieu qui est Père et m’aime infiniment jusqu’à donner son Fils pour moi. Cela nous fait comprendre notre dignité infinie, donc Jésus est la fois la vérité de Dieu et celle de l’homme, il nous révèle la grande dignité. Et comment nous l’a-t-il révélée cette dignité ? En faisant de Lui notre frère. Et c’est pourquoi il est la vie.

            Demandons-nous enfin: « Qu’est-ce que la Vie ? » C’est l’amour entre le Père et le Fils, c’est la vie de Dieu. Demandons-nous aussi qu’est-ce que l’homme vivant ? C’est quelqu’un qui sait aimer et donner la vie. Et Jésus nous a donné la vie, la vie de Dieu, il nous a donné l’amour de Dieu comme notre vie.

            Seulement après avoir rencontré le Christ ressuscité, les disciples ont compris qu’Il Est le chemin, que son amour offert est le chemin, que Son amour EST « la vérité incarnée » (Florenski), que Son amour EST la vie.

            Mais pourquoi Jésus dit-il ces  paroles durant la dernière Cène ? Pour faire comprendre aux disciples qu’ils ne doivent pas se laisser troubler par le fait qu’il  s’en va et qu’il s’en va en mourant comme un infâme. C’est justement en s’en allant qu’il devient le chemin, la vérité et la vie, et donne un sens à tout notre cheminement , car nous marchons tous et nous nous en irons, mais notre départ, notre retour à la Maison sera sur le chemin de la vérité et de la vie.

            La Vérité qui est en Jésus Christ nous unit à la vie d’Amour de Dieu, qui nous accueille avec le Père miséricordieux.

            Un chemin pour suivre le Chemin nous est offert par les Vierges consacrées dans le monde. Ces femmes parcourent le chemin de la sainteté, en tenant leurs yeux fixés sur Jésus et se mettant au service de l’Eglise et du monde comme dans le modèle d’homélie proposé par le Pontificale Romano dans le titre de consécration des vierges. L’évêque exhorte « Rappelez-vous que vous êtes liées au service de l’Eglise et des frères: alors, en exerçant votre apostolat dans l’Eglise et dans le monde, dans l’ordre spirituel et matériel, que votre lumière resplendisse devant les hommes, pour la gloire de votre Père dans les cieux et la réalisation de son dessein de réunir en Jésus Christ toutes les choses » (RCV, n 29).

            La consécration virginale développe chez ces femmes une attitude à suivre constamment le Christ, Pasteur et Epoux, et une attitude de confiance envers le monde, envers l’humanité, un style d’écoute par rapport à l’histoire et aux problématiques humaines, qu’elles associent, par habitudes de travail et de vie, à chaque homme et chaque femme, devenant pour eux une compagne de voyage, instrument de communion et témoin d’amour. Même quand, au cours de leur existence, elles traversent la souffrance, la maladie, l’inactivité, elles expérimentent et témoignent de leur union avec le Seigneur. Elles participent à l’œuvre créatrice de Dieu par le travail qui leur permet de pourvoir à leurs besoins et de s’ouvrir au partage des biens.       

LECTURE THEOLOGIQUE : Extrait du « Commentaire sur Jean »

De saint Thomas d’Aquin, docteur de l’Eglise   (Ch. 14, lect. 2) 



Le chemin pour arriver à la vraie vérité

Le chemin, c'est le Christ lui-même, et c'est pourquoi il dit : « Moi, je suis le chemin ». Cela se comprend bien, puisque « par lui nous avons accès auprès du Père » Mais parce que ce chemin n'est pas éloigné du terme, parce qu'il y est joint, au contraire, Jésus ajoute : La vérité et la vie ; et c'est ainsi que lui-même est à la fois le chemin et le terme. Le chemin en tant qu'homme : Moi je suis le chemin ; en tant que Dieu, il ajoute :la vérité et la vie. Ces deux derniers mots désignent parfaitement le terme du chemin. Car le terme de ce chemin, c'est la fin que recherche le désir humain. Or, l'homme désire principalement deux choses : d'abord la connaissance de la vérité, ce qui lui est propre ; ensuite la continuation de son existence, ce qui est commun à tous les êtres. Or, le Christ est le chemin pour parvenir à la connaissance de la vérité, alors pourtant qu'il est lui-même la vérité : « Conduis-moi, Seigneur, dans ta vérité, et j'entrerai sur ton chemin. Et le Christ est le chemin pour parvenir à la vie, alors pourtant qu'il est lui-même la vie : Tu m'as fait connaître les chemins de la vieC'est pourquoi il a désigné le terme de ce chemin par la vérité et la vie. L'une et l'autre, plus haut, ont été attribuées au Christ. D'abord, il est lui-même la vie : En lui était la vie ; ensuite, il est la vérité, puisqu'il était la lumière des hommes ; or la lumière, c'est la vérité. Si donc tu cherches par où passer, prends le Christ, puisque lui-même est le chemin : C'est le chemin, suivez-le. Et Augustin commente : « Marche en suivant l'homme et tu parviendras à Dieu ». Car il vaut mieux boiter sur le chemin que marcher à grands pas hors du chemin. Car celui qui boite sur le chemin, même s'il n'avance guère, se rapproche du terme ; mais celui qui marche hors du chemin, plus il court vaillamment, plus il s'éloigne du terme. Si tu cherches où aller, sois uni au Christ, parce qu'il est en personne la vérité à laquelle nous désirons parvenir: C'est la vérité que ma bouche proclame. Si tu cherches où demeurer, sois uni au Christ, parce qu'il est en personne la vie: Celui qui me trouvera, trouvera la vie, et il obtiendra du Seigneur le salut. Sois donc uni au Christ, si tu veux être en sûreté : tu ne pourras pas t'égarer puisque lui-même est le chemin. C'est pourquoi ceux qui sont unis à lui ne marchent pas dans un pays sans routes, mais par un chemin droit. En outre, le Christ ne peut pas se tromper, parce qu'il est lui-même la vérité et enseigne toute vérité. Il dit en effet : Je suis né, je suis venu pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Enfin il ne peut être mis en échec, parce que c'est lui-même qui est la vie et qui donne la vie, ainsi qu'il le dit : Moi, je suis venu pour qu'ils aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance.

[1] Pensons et récitons souvent cette belle, et profonde prière de Sainte Thérèse de l’Avila: « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, Tout passe, Dieu ne change pas. La patience triomphe de tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien: Dieu seul suffit ! Que ton désir soit de voir Dieu, ta crainte, de le perdre, ta douleur, ne pas le posséder; que ta joie puisse t’amener vers Lui et tu vivras dans une grande paix ».