JMJ de Rio 2013: le recteur de l'université du Latran au Brésil

« La prochaine JMJ apportera du fruit abondant à toute l'Église »

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Traduction d’Océane Le Gall

ROME, mercredi 19 septembre 2012 (ZENIT.org) – Le Brésil, un pays profondément chrétien, mais aussi le pays de la samba et de la bossa nova, du football, sur lequel s’allumeront, ces quatre prochaines années, les projecteurs de toute la planète : le pays s’apprête à accueillir trois événements mondiaux : les prochains Jeux Olympiques de 2016, la Coupe du monde de football de 2014, et dans moins d’un an, en juillet 2013, des centaines de milliers de jeunes du monde entier qui viendront se rassembler et rencontrer le pape Benoît XVI à Rio, à l’occasion de la Journée Mondiale de la jeunesse (JMJ).

Le recteur de l’Université pontificale du Latran, Mgr Enrico dal Covolo, a tenu à se rendre dans le pays et rencontrer les communautés chrétiennes locales, vivant ce voyage, du 29 juillet au 21 août,  comme une aventure « riche et intense ».

Après Madrid 2011, la JMJ de Rio s’annonce « colorée et chargé  de signification religieuse », une occasion extraordinaire d’évangélisation.

Mgr  Dal Covolo confie ses réflexions aux lecteurs de Zenit en revenant sur les différentes étapes de ce voyage.

Zenit - Excellence, quelles sont les trois images les plus significatives que votre cœur a photographiées durant ce périple brésilien ?

Mgr Enrico Dal Covolo - C’est difficile à résumer, car l’expérience que j’ai vécue est tellement riche et intense que je crains de la banaliser en la racontant. Mais si je dois choisir trois images, je rappellerais tout d’abord la vivacité extraordinaire de l’Eglise brésilienne : les nouvelles communautés, mais aussi celles qui ont désormais une longue expérience d’évangélisation derrière eux, transmettent une grande espérance.

J’ai en particulier apprécié, et c’est ma deuxième image, le travail qu’accomplissent les nombreuses universités pontificales et catholiques du Brésil où les étudiants sont très nombreux.

Enfin, en tant que fils de don Bosco, j’ai vu avec joie tout ce qu’ont fait et ce que continuent à faire les salésiens en matière d’évangélisation et de promotion humaine sur le territoire : à Porto Alegre, le 16 août, j’ai présidé une messe le jour de l’anniversaire de Don Bosco. Un enthousiasme sans égal!

Quelles ont été les grandes étapes de votre visite ?

La première étape était São Paulo où j’ai été hébergé par les Hérauts de l’Evangile. J’y ai visité la Communauté « Cançao Nova », consacrée à l’évangélisation  par les moyens de communication sociale. Mais surtout je me suis rendu à l’Institut de droit canon « P. Giuseppe B. Pegoraro », qui est rattaché à l’Institut « Utriusque Iuris » du Latran. J’ai rencontré l’archevêque, le cardinal Scherer, et quelques auxiliaires, et à Aparecida le président de la conférence épiscopale brésilienne, le cardinal Assis.

La deuxième étape était Campogrande, où j’ai signé une convention avec l’université catholique Don Bosco ; puis Brasilia, siège d’une prochaine affiliation avec l’université du Latran, pour les quatre ans du séminaire missionnaire « Redemptoris Mater ». Dans cette capitale – la cité dont rêvait Don Bosco! – les rencontres avec le cardinal Falcão, avec l’archevêque du diocèse et avec le nonce apostolique, étaient des rencontres importantes.

Après Curitiba et Porto Alegre j’ai rejoint Rio de Janeiro et Belo Horizonte. A Rio, j’ai rencontré l’archevêque Mgr Orani Tempesta, et ses auxiliaires, pour prévoir et organiser la participation de représentants de l’Université du Latran à la Journée mondiale de la Jeunesse. Durant toutes ces rencontres, j’ai voulu insister sur la vraie idée de l’université – me référant surtout au magistère du bienheureux cardinal Newman et du pape Benoît XVI, comme réponse efficace face à l’urgence d’une éducation  autour de nous.

A ce propos, je suis de plus en plus convaincu que nous avons entre les mains une réponse efficace pour sortir de la crise, même si parfois nous ne nous en rendons pas bien compte: cette réponse c’est une université qui fonctionne bien, c’est-à-dire une université qui est un lieu inépuisable de dialogue entre foi et raison, un fervent foyer de formation des formateurs.

Vous avez donc rendu visite à plusieurs instituts ayant des liens avec l’université du Latran. A quel point la dimension internationale de l’université est-elle importante?

Je dirais que le grand final de  Matthieu 28,19 – « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples » – colle particulièrement à la mission de l’université du pape. Bien entendu, dans la mission académique, qui est d’enseigner et de faire de la recherche scientifique. Mais cette mission-là, précisément, dans le contexte socioculturel d’aujourd’hui, ne peut se réaliser si ce n’est « en réseau » : c’est-à-dire dans un esprit de collaboration intense, d’échanges, et de manière la plus étendue possible, avec d’autres institutions académiques, au niveau mondial. A dire vrai, ce réseau académique mondial ne suffit pas non plus. Il faudrait l’élargir, sous des formes plus opportunes, aux différentes « agences d’éducation » (comme on dit aujourd’hui), qui opèrent sur le territoire.

Parlez-nous du peuple brésilien, qui apparaît comme joyeux et accueillant …

Oui, c’est le cas : joyeux et accueillant. Certes, il y a aussi le revers de la médaille. Le risque c’est de voir les émotions passagères prendre le dessus, par rapport aux convictions qui sont bien enracinées. Aujourd’hui, le grand défi que l’Eglise doit relever n’est plus celui de certaines formes radicales de la « théologie de la libération ». C’est plutôt celui des sectes religieuses dont la plupart jouent sur les émotions immédiates. Face à ces deux aspects, je me suis persuadé qu’il est décisif d’insister davantage sur une « théologie qui témoigne », sur une « théologie qui prie et témoigne de l’acte de foi  ». Nous les professeurs de théologie, on a une déformation professionnelle : presque sans nous en rendre compte, nous estimons que la fides quae creditur, soit les contenus objectifs de l’acte de foi, est définitive.

Vice-versa, Il ne peut y avoir de  foi crue sans fides qua creditur; c’est-à-dire sans le témoignage personnel de celui qui croie. D’où d’ailleurs les paroles testament de Jésus, celles que j’ai justement choisies comme devise épiscopale, qui sont : Eritis mihi testes! Vous, mes disciples – continue à répéter le Maître – vous serez mes témoins, par votre vie de chaque jour ! 

L’année prochaine, le Brésil accueillera la JMJ. Comment l’Eglise brésilienne est-elle en train de préparer cet évènement?

Vraiment, dans l’Eglise brésilienne fervet opus, de manière impressionnante. J’ai été frappé par ma visite à l’archevêché de Rio, où j’ai été reçu dans ce qui sera, après les travaux de restructuration qu’il se doit, l’appartement du pape.

 Dans l’ensemble, les activités abondent. Et, j’en suis sûr, elles apporteront beaucoup de fruits, non seulement à l’Amérique latine, mais à toute l’Eglise et au monde, grâce à la promesse de Jésus : « Allez donc … je suis avec vous, tous jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,19-20).