Journée Mondiale des Malades de la Lèpre, message du card. Barragan

« Va, et toi aussi, fais de même » (Lc 10,37)

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ROME, Vendredi 26 janvier 2007 (ZENIT.org) – Voici le message du cardinal Javier Lozano Barragán, président du conseil pontifical pour la Pastorale de la santé, pour la 54ème Journée mondiale des Malades de la lèpre, célébrée ce dimanche 28 janvier 2007.


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« Va, et toi aussi, fais de même » (Lc 10,37)

Pour la célébration de la « 54ème Journée mondiale des malades de la lèpre », le Conseil pontifical pour la pastorale de la santé envoie un message d’espérance et de solidarité fraternelle à tous ceux qui sont atteints de la lèpre et à ceux qui, même s’ils sont guéris, portent dans leur corps les séquelles douloureuses.

Les progrès remarquables réalisés par la médecine dans ce domaine au cours des dernières décennies ont engendré dans la conscience sociale la croyance que cette maladie, étant curable, a pratiquement disparu ; ainsi la lèpre est devenue une « maladie oubliée ».

Malheureusement, il n’en est rien. Les données fournies par des études épidémiologiques de l’Organisation mondiale de la Santé, publiées au début du mois d’octobre 2006, attestent qu’au début de l’année, il y avait encore 219.826 nouveaux malades de la lèpre chaque année, environ 602 cas par jour, répartis comme suit : Afrique 40.830, Asie du Sud Est 133.422, Méditerranée orientale 4.024, Pacifique occidental 8.646. En tout, les lépreux sont encore environ dix millions dans le monde.

La lutte contre la lèpre est essentiellement fondée sur le « dépistage » préventif des cas et sur la « polychimiothérapie » : un binôme qui a mis en évidence une diminution intéressante de 76.673 nouveaux cas par rapport au commencement de 2005. Une lutte efficace exige que, à proximité des lieux où la lèpre sévit, les services sanitaires contre la lèpre puissent compter sur l’intervention des personnels de santé de base présents dans les centres de soins de l’endroit. Il est évident que là où les conditions d’accès aux services de santé sont peu favorables, il faut signaler également l’absence de prévention et d’hygiène ainsi que la persistance du sous-développement, le bacille de « Hansen » s’enracine et les projets d’élimination totale sont fortement entravés. De toute manière, les pays où la lèpre est endémique continueront à recevoir gratuitement les médicaments entrant dans la composition de la « polychimiothérapie ». L’OMS assure qu’elle continuera à renforcer la collaboration avec les institutions de santé publiques et privées qui se consacrent à la prévention et aux soins des malades de la lèpre.

L’Église, qui depuis toujours prend soin de nos frères malades, invite tous les fidèles à partager fraternellement le grand service de réhabilitation des corps malades, devenant ainsi des témoins authentiques du message que le « Christ médecin » est avec eux et pour eux pour le « salut global » de chaque personne. Ce Conseil pontifical renouvelle aux fidèles des communautés ecclésiales l’appel pressant à accroître toutes les informations nécessaires, afin de pouvoir offrir des signes tangibles de partage fraternel des ressources. Cela pourra aider tous ceux qui se dévouent au service des frères et sœurs malades de la lèpre. En particulier, il sera important d’envoyer du personnel de santé spécialisé pendant un certain temps, pour qu’il assiste les missionnaires et les religieuses consacrés à la prévention et aux soins des populations dans les pays à risque.

Témoigner du respect et un sentiment de proximité aux missionnaires, aux religieuses et aux bénévoles revient à répondre de manière concrète à l’invitation que le Saint-Père Benoît XVI a faite au cours de l’audience accordée aux participants à la Conférence internationale de 2006, organisée par notre dicastère : « Comment oublier les nombreux malades souffrant de maladies infectieuses, obligés de vivre isolés et marqués ainsi d’un stigmate qui les humilie ? Ces situations répréhensibles apparaissent avec plus de gravité encore dans la disparité des conditions sociales et économiques entre le Nord et le Sud du monde. Il convient de répondre à celles-ci par des interventions concrètes, qui favorisent la proximité du malade, en rendant plus vivante l’évangélisation de la culture et proposent des motifs inspirant des programmes économiques et politiques des gouvernements » (24 novembre 2006).

Voilà l’invitation que nous fait Jésus avec la parabole du bon Samaritain : « Va, et toi aussi, fais de même » (Lc 10,37), selon laquelle nous devons évangéliser le milieu culturel de la société où nous vivons, afin d’éliminer les préjugés qui subsistent encore à l’égard de ceux qui sont malheureusement atteints de la lèpre.

Depuis toujours, l’Église, fidèle à sa mission, répète l’acte miséricordieux du Maître divin qui, par la guérison des lépreux, indique que la rédemption est en acte (cf. Lc 7,22). C’est sur cette voie ouverte par Jésus-Christ que tant de personnes se sont engagées. De saint François d’Assise au bienheureux Damien de Veuster, en passant par le bienheureux Pierre Donders, se poursuit l’engagement d’un grand nombre de « témoins anonymes de l’amour miséricordieux de Dieu », qui ont choisi librement de vivre « avec et pour » les frères et sœurs malades de la lèpre.

En cette « 54ème Journée mondiale des malades de la lèpre », il est bon de rappeler le souvenir de Raoul Follereau, à l’occasion du 30ème anniversaire de sa mort: il constitue un exemple et confirme que l’amour de Dieu engage également celui qui confesse humblement « je ne connais pas Dieu, mais il me connaît : c’est cela l’espérance » (R. Follereau, Le livre d’amour, Ed. I.M.E., septembre 2005, p. 59, n. 35). Follereau était un homme qui priait ainsi : « Seigneur, je voudrais tellement aider les autres à vivre, tous les autres, mes frères, qui peinent et souffrent sans savoir pourquoi, en attendant que la mort les délivre » (id. p. 58, n.30).

À tous les évêques, aux responsables de la pastorale de la santé dans les églises particulières, aux personnels de la santé, aux missionnaires, aux religieuses, aux bénévoles laïcs engagés dans l’accompagnement des frères et sœurs malades de la lèpre, je confie ce passage du message du Saint-Père Benoît XVI, pour la XVème Journée mondiale du Malade : « Plusieurs millions de personnes vivent encore dans des conditions insalubres et n’ont pas accès aux ressources médicales de base, tellement nécessaires, de sorte que le nombre d’êtres humains considérés « incurables » a beaucoup augmenté (…). Je voudrais encourager les efforts de tous ceux qui, chaque jour, travaillent pour que les malades incurables et ceux qui sont en phase terminale, ainsi que leurs proches, reçoivent une assistance opportune et pleine de sollicitude ».

À vous frères et sœurs malades de la lèpre, et à ceux qui portent dans leurs corps les séquelles douloureuses laissées par la maladie, je veux répéter les paroles de la lettre apostolique Salvifici doloris : « Sur la croix se trouve le ‘Rédempteur de l’homme’, l’Homme des douleurs, qui a assumé les souffrances physiques et morales des hommes de tous les temps, afin que dans l’amour, ils puissent trouver le sens salvifique de leur souffrance et des réponses valables à toutes leurs questions. … Nous vous demandons, à vous tous qui souffrez, de nous aider. À vous précisément qui êtes faibles, nous vous demandons de devenir une source de force pour l’Église et pour l’humanité » (n.31).

S. Ém. le cardinal Javier Lozano Barragán

Président du conseil pontifical pour la Pastorale de la santé
Saint-Siège