Joyeuse visite de Benoît XVI au grand séminaire de Rome

"L'Eglise renaît toujours de nouveau"

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1896 clics

Le véritable optimisme, c'est celui qui sait que "l'Eglise est l'avenir", qu'elle "renait toujours de nouveau ", que le christianisme "commence toujours de nouveau", souligne Benoît XVI devant ses séminaristes.

Le pape a en effet rencontré les séminaristes du diocèse de Rome, ce 8 février 2013, lors d'une visite au grand séminaire de Rome, à la veille de la fête de Notre Dame de la Confiance, sainte patronne du séminaire.

Cérémonie d'accueil

A 18h15 ce soir, quelque 190 séminaristes du monde entier – le séminaire "romain" étant "universel" – en soutanes noires, attendaient le pape dans la chapelle du séminaire, dans une atmosphère détendue, aux accents de fébrilité.

Les formateurs, plus calmes, se recueillaient, tandis que les photographes et caméramans remplissaient quant à eux la tribune du fond.

Lorsque Benoît XVI est arrivé sur sa plate-forme mobile, tous les séminaristes se sont retournés comme un seul homme vers la porte d'entrée, faisant résonner des applaudissements chaleureux et émus.

Le pape a traversé l'allée centrale en souriant, et s'est recueilli un instant, agenouillé devant le tabernacle.

Les séminaristes ont ensuite entonné l'hymne d'accueil "Tu es Petrus" et le pape a rejoint un siège posé devant l'autel, entouré du cardinal vicaire Agostino Vallini et du recteur du séminaire, le P. Concetto Occhipinti.

Ce dernier a adressé quelques mots d'accueil au pape, le remerciant du "don précieux" de sa visite et évoquant ces "années belles et intenses" du séminaire, en particulier dans le cadre de l'Année de la foi actuelle, qui n'est pas "un programme à suivre", mais "une grâce à accueillir", a-t-il souligné.

Il a estimé que le temps du séminaire était propice pour vivre cette Année, car il est "expérience de recueillement, de purification, de formation à un authentique esprit de sacrifice", le tout en "fixant notre regard sur Jésus".

Le chrétien: universalité et martyre

Benoît XVI a ensuite initié un temps de prière, avec le chant du "Veni creator spiritus", et la lecture du début de la première lettre de saint Pierre Apôtre, écrite à Rome (1 Pt 1,3-5).

Le pape a poursuivi avec une lectio divina d'une demi-heure, d'abondance de cœur, confiant sa "grande joie de voir tant de jeunes qui cheminent vers le sacerdoce".

Il s'est arrêté d'abord sur la figure de saint Pierre, homme qui "a péché mais est resté fidèle au Christ". Dans cette lettre au grec supérieur, pour laquelle Pierre s'est fait vraisemblablement aider de frères chrétiens de Rome, l'apôtre parle comme "homme d'Eglise", certes comme une personne "avec des responsabilités", mais aussi "au nom de l'Eglise", "dans la communion de l'Eglise".

"Pourquoi Pierre est-il venu à Rome?", s'est interrogé le pape. Il a répondu en soulignant deux dimensions.

D'abord, la dimension de l'universalité : le passage de Jérusalem à Rome est symbolique du passage d'Eglise "judéo chrétienne" à "Eglise universelle", a-t-il fait remarquer.   

Ensuite la dimension du martyre: en effet Pierre savait qu'il allait au martyre en allant à Rome. En outre, les dernières paroles de Jésus qui lui étaient adressées l'annonçaient par une "prophétie de la crucifixion" : "quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller" (Jn 21,18).

Tout chrétien, a fait observer Benoît XVI, vit "un aspect de martyre qui peut prendre diverses formes" : "personne ne peut se dire chrétien sans suivre le crucifié, sans accepter le martyre".

Benoît XVI a d'ailleurs fait remarquer, citant la lettre, que les chrétiens étaient un peuple de "dispersés et étrangers": aujourd'hui comme hier, ils sont persécutés parce qu'ils ne sont "pas conformes", car ils sont "contre les tendances de l'égoïsme, du matérialisme".

Et s'ils appartiennent bien sûr à une nation, ils restent toujours "des étrangers", a-t-il poursuivi, encourageant à vivre cette situation de "minorité" en continuant à "donner force au bien dans ce monde".

Le véritable optimisme

Le pape s'est arrêté également sur le thème de l'élection sur lequel il a insisté longuement, faisant valoir l'extraordinaireté de ce mystère : "Dieu m'a toujours connu, avant même notre conception, il m'a voulu, a pensé à moi, m'a cherché, m'a élu, il a voulu que je sois porteur de son élection, comme porteur de son Evangile… quel don de pouvoir connaître Jésus… Dieu m'a donné cette grâce, cette beauté, de connaître la plénitude de sa vérité".

Il a invité à retrouver la conscience de cette élection, qui demande de la part de l'homme "une réponse".  

Etre chrétien, a souligné le pape par ailleurs, n'est pas seulement "une décision de ma volonté", il ne s'agit pas "d'entrer dans un groupe pour faire quelque chose" mais c'est "un acte de Dieu qui régénère" : être chrétien concerne d'abord la "sphère de l'être" et pas celle de la volonté: "je ne peux pas me faire chrétien, ce n'est pas une idée à moi, mais j'entre dans ce processus de renaissance".

C'est aussi une "responsabilité" car le baptême est "le processus de toute la vie", a-t-il rappelé.

Dénonçant un "faux optimisme" qui prétend que le christianisme est fini, Benoît XVI a répondu avec force: "non, il commence de nouveau… l'arbre de l'Eglise ne meurt pas mais renait toujours de nouveau".

Mais il a aussi dénoncé un "faux optimisme" qui dirait que "tout va bien". Le véritable optimisme, c'est celui qui croit en "l'héritage" de Dieu, promis dès l'Ancien Testament : dans cette perspective, l'Eglise est l'avenir car elle "porte l'éternité".

Pour conclure, le pape a invité à "toucher Jésus" dans la foi, c'est-à-dire le toucher comme la femme guérie en touchant le manteau de Jésus (Mc 5, 21-43) : il y a une façon de toucher Jésus "superficielle" et une façon de toucher Jésus "profondément", a-t-il fait observer.

Les séminaristes ont répondu par un tonnerre d'applaudissements prolongés. La joie de cette rencontre se lisait sur les visages. "Viva il papa !", ont à nouveau acclamé les séminaristes juste après la bénédiction. Benoît XVI a dîné avec eux, avant de rentrer au Vatican.