Jubilé de S. Camille de Lellis, rencontre avec le P. Leocir Pessini

Revitaliser l'Ordre des Serviteurs des malades

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 477 clics

La crise par laquelle les Camilliens sont passés n’est pas une crise « de l’Ordre » mais une crise » du « leadership », fait observer le nouveau supérieur général de cette congrégation consacrée au soin des malades, le P. Leocir Pessini, qui indique la priorité : « revitaliser » l’Ordre.

Les Camilliens achèvent aujourd’hui à Rome leur année jubilaire marquant le 4e centenaire de la mort de leur fondateur, saint Camille de Lellis, le 14 juillet 1614, avec notamment une exposition en l’église Sainte-Madeleine, où repose le saint fondateur.

Saint Camille ayant été proclamé par Paul VI comme saint patron de la médecine militaire, l’église a eu la visite, ce 14 juillet, des infirmiers et médecins militaires italiens, notamment de l’hôpital militaire du Coelius, qui y ont participé à la messe.

Que justice soit faite

Le nouveau supérieur général, un brésilien de 59 ans, le père Leocir Pessini, a été élu en juin dernier, lors du chapitre général des Camilliens. Il s’est présenté à la presse ce lundi 14 juillet, fête du saint fondateur, que le pape François a évoquée dimanche après l’angélus.

Le P. Pessini, qui en impose par sa corpulence et par son verbe fort, est spécialisé en éducation clinique pastorale, en théologie morale et en bioéthique. Il est également directeur éditorial de deux revues scientifiques.

Le jubilé a été marqué par un fait qui a causé « beaucoup de souffrance » à tout l’Ordre, explique-t-il : l’arrestation de l’ancien supérieur général par la Garde financière italienne en novembre 2013.

Le P. Pessini souhaite que « justice soit faite » sur les agissements de son prédécesseur, pour lequel il réaffirme en même temps le « respect » de sa communauté, et que ces événements servent « de leçon pour ne pas se laisser tromper ingénument ».

Revitaliser l’Ordre de saint Camille

Maintenant, le maître-mot du « projet camillien » mis au point pendant le chapitre général, c’est la « revitalisation de la vie camillienne », à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’Ordre.

A l’intérieur, le chapitre général a recommandé, précise le P. Pessini, la vie fraternelle, la formation des jeunes, la vie religieuse, la promotion des vocations, l’administration.

A l’extérieur, il souligne la « responsabilité sociale » de leur service dans le monde de la santé, auprès des malades, et dans l’administration de leurs oeuvres.

Il s’agit, continue le supérieur général, de « répondre aux défis les plus urgents dans le domaine de la santé, du service des malades, des personnes âgées ou handicapées.

Puis il confie en souriant : « J’étais très bien au Brésil. La croix, c’est maintenant ! » Il rappelle aussi les liens entre le Brésil, où les membres de l’Ordre sont « les fils de la province italienne, depuis 92 ans ».

L'avenir du Pacifique

Au Brésil, les Camilliens ont quelque 15 000 étudiants et un réseau de 56 hôpitaux, desservis par quelque 23 000 collaborateurs, au service de 6 000 lits. Et le gouvernement a confié aux camilliens la gestion de trois grands hôpitaux universitaires à Sao Paulo.

Le P. Pessini fait aussi observer à Zenit que le premier millénaire chrétien a été celui du bassin méditerranéen, le deuxième millénaire celui de « l’Atlantique » et le troisième millénaire celui du « Pacifique » et de l’Asie, où le pape se rendra deux fois d’ici fin janvier : Corée (août 2014), Philippines, Sri Lanka (janvier 2015).

Le P. Luigi Padovani 73 ans, 36 passés en mission en Asie, témoigne qu’aux Philippines, où il a passé 30 ans, les camilliens gèrent 3 hôpitaux, 3 dispensaires, une maison pour les personnes handicapées et une pour les personnes âgées. Il fait observer que pour une mission il faut « foi, bonne volonté et quelques sous ».

Il y a cinq ans, il a été appelé à la mission en Indonésie, avec pour principale mission de former de nouveaux ouvriers pour la mission. Le séminaire compte quelque 40 étudiants.

Présence à Taiwan

Depuis 1946, les Camilliens sont présents dans le Yunnan, explique à Zenit frère Felice Chech. Ils ont dû quitter le continent en 1952, avec tous les missionnaires étrangers et ils sont arrivés à Taïwan, où ils ont travaillé avec les populations les plus pauvres et les indigènes.

Ils gèrent aujourd’hui des hôpitaux avec 800 lits. En 1970, ils sont lancé une école d’infirmières qui a 3 500 étudiantes. Ils gèrent depuis 25 ans un centre pour handicapés mentaux, un centre pour 150 personnes âgées, un centre pour les jeunes et une école de danse, etc.

Dans un pays où les chrétiens représentent 1% de la population, les oeuvres sont financées à 99% par des bouddhistes.

Depuis Taiwan, ils ont fondé ensuite aux Philippines, en Inde, en Thaïlande et en Indonésie.

Un « task force » en cas de catastrophes

Le père Aristelo Miranda, philippin, est le coordinateur de la « Task Force » camillienne, organisme international de secours de l’Ordre des Serviteurs des Malades -. Le but est d’offrir un service d’aide aux victimes des désastres naturels. Il rappelle que déjà saint Camille prenait soin des blessés lors des batailles. Il s’agit de « reprendre » et développer ce ministère du fondateur, surtout en Asie, et notamment aux Philippines, pas seulement pour apporte de la nourriture, de l’eau, des médicaments, mais « aider les gens à s’aider et affronter les désastres à l’avenir ».

Il donne l’exemple de la frontière entre Somalie et Kenya, le séisme et le typhon des Philippines, l’explosion du gaz en Inde, à Delhi.

Un centre pour malades mentaux au Burkina Faso

En Afrique, les Camilliens sont présents au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda, mais aussi en Centrafrique, au Togo, au Bénin, au Burkina Faso, à Madagascar et en Côte d’Ivoire.

Au Burkina Faso, un Camillien a été nommé évêque du nouveau diocèse de Tenkodogo, Mgr Prosper Kontiebo: le diocèse compte 10 000 km 2, 700 000 habitants, dont 13 % de catholiques.

Une association camillienne a pris notamment en charge un centre pour malades mentaux.

Les camilliens sont présents dans 37 pays, et ils sont engagés dans le service des malades dans les hôpitaux, les dispensaires, les foyers pour personnes âgées ou handicapées, mais aussi les prisons. Ils comptent sur 1 200 prêtres et religieux profès et des milliers de coopérateurs laïcs.

Encouragements du pape François

L’Ordre des Camilliens - "serviteurs des malades" - a été fondé par saint Camille de Lellis (1550-1614), qui a passé sa vie au service des malades. Les camilliens font les trois voeux religieux de pauvreté, chasteté et obéissance, et un quatrième vœu, celui de soigner les malades, même contagieux, même au péril de leur vie. On les reconnaît à la croix rouge qu'ils portent cousue sur leur habit noir.

"J'invite la famille camillienne, au sommet de cette année jubilaire, pour être un signe du Seigneur Jésus qui, en tant que Bon Samaritain, se penche sur les blessures du corps et de l'esprit de l'humanité souffrante, pour y verser l'huile de la consolation et le vin de l'espérance", a déclaré le pape.

Il a ajouté ce voeu: "Pour vous qui êtes rassemblés ici, place Saint-Pierre, ainsi qu'aux professionnels de la santé en service dans vos hôpitaux et centres de soins, je souhaite de grandir de plus en plus dans le charisme de la charité, nourri par le contact quotidien avec les malades. Et, s'il vous plaît, n'oubliez pas de prier pour moi."

Saint Camille recommandait ceci à ses frères: "Rappelez-vous que les malades sont la pupille et le cœur de Dieu et que ce qui est fait à ces pauvres est fait à Dieu."