Juifs, chrétiens et musulmans débattent sur le discours de Benoît XVI à Ratisbonne

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ROME, Vendredi 24 août 2007 (ZENIT.org) – Mercredi 22 août, lors de la Rencontre de Rimini (Italie), au cours d’une table ronde sur le thème « Dieu sauve la raison », la réflexion a porté sur la Lectio magistralis tenue à Ratisbonne par le pape Benoît XVI, le 12 octobre dernier.



Sont intervenus : Wael Farouq, professeur de sciences islamiques à la faculté copte-catholique de Sakakini du Caire ; Sasi Nusseibeh, président de l’ Al Quds University de Jérusalem ; et Joseph H.H. Weiler, de l’European Union Jean Monnet Chair.

Au cours de la rencontre introduite par Ambrogio Pisoni, de l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, Wael Farouq a souligné qu’il était d’accord avec le pape pour dire que « nihilisme et fondamentalisme ont en commun le mépris pour Dieu et pour l’homme : le premier parce qu’il nie la vérité, le second parce qu’il veut imposer sa vérité ».
« De là naît la violence », a expliqué le professeur arabe. « Violence qui peut être vaincue par le commandement de l’amour ». «La raison – a-t-il affirmé – est une relation fondée sur l’amour : la foi elle-même sans amour ne peut trouver sa plénitude ».

Wael Farouq a ensuite rappelé que Mahomet a écrit : « Vous ne serez pas frères tant que vous ne vous aimerez pas réciproquement ».

Le discours de Ratisbonne a été pour Wael Farouq un moyen d’approfondir et de faire connaître la relation entre foi et raison dans le monde arabe. Le professeur de sciences islamiques a rappelé la tradition d’Averroès (1126-1198), qui selon lui a été enterrée et transférée, comme son cadavre, hors du monde musulman, si bien que ses livres n’ont pas eu d’influence sur la vie du peuple arabe.

Dans le même esprit, Sari Nusseibeh a expliqué que « la tradition islamique est imprégnée d’esprit rationnel comme le christianisme », c’est pourquoi « l’islam, le christianisme et le judaïsme sont un fil unique qui s’est exprimé sous différentes formes ».

Pour le président de l’Al Quds University, « la question abordée par Benoît XVI n’a rien à voir avec la raison elle-même, mais avec ce qui est raisonnable et qui signifie vivre avec modération » son propre credo.

Nusseibeh a ensuite précisé qu’il « n’existe pas de religions fanatiques, il n’existe que des personnes fanatiques ».

« Je suis une personne de foi parce que je suis une personne qui raisonne – a souligné le président de l’Al Quds Uuniversity-, voilà le mariage heureux entre le message de Benoît XVI et celui de Don Guissani ».

Joseph Weiler, qui est aussi professeur de droit européen à l’université de New York, s’est félicité du « discours courageux » du pape à Ratisbonne, affirmant que « le respect ne se démontre ni ne se gagne avec des compromis sur le cœur essentiel de sa foi ».

Le professeur juif a invité les chrétiens à ne pas vivre la religion uniquement dans le domaine privé et a souligné que « le rapport Europe-christianisme est inséparable et personne, chrétiens ou non, européens ou non, n’aurait rien à gagner si ce lien se rompait ».

« Il n’y a pas d’Europe sans christianisme ni de christianisme sans Europe. L’Eglise ne serait plus la même si elle perdait ses racines européennes » a conclu le professeur Wieler.