L'action des femmes dans la vie de l'Eglise, par Lucetta Scaraffia

Rencontre avec la coordinatrice du supplément de L'Osservatore Romano

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Propos recueillis par Włodzimierz Rędzioch

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, lundi 4 juin 2012 (ZENIT.org) – L’Osservatore Romano offre à ses lecteurs un supplément consacré aux femmes du monde entier : à leur vie, à leurs conditions de vie, sur des thèmes parfois « brûlants » les concernant, comme l’annonçait un communiqué du 31 mai (cf. ZENIT 31 mai 2012).

A L’Osservatore Romano, la présence des femmes est de plus en plus marquée, depuis l’arrivée, en 2007, du nouveau directeur, le prof. Gian Maria Vian, qui mise beaucoup sur la collaboration féminine, à la demande du pape et du secrétaire d’Etat.

Lucetta Scaraffia est professeur d’Histoire contemporaine à l’université « La Sapienza » de Rome. C’est à elle que le directeur de L’Osservatore Romano a confié la coordination de ce supplément de 4 pages qu’elle présente ici aux lecteurs de Zenit. Mais elle collabore avec une « laïque » pour ne pas, explique-t-elle « donner un ton « paroissial » à ce supplément ».

Włodzimierz Rędzioch -Vous êtes l’une des responsables de ce supplément sur les femmes de L’Osservatore Romano : de quoi s’agit-il ?

Lucetta Scaraffia - Ce supplément a été pensé pour donner des informations sur la présence des femmes dans la vie de l’Eglise, dans le monde entier et faire résonner leurs paroles et actions. Un article sur la Pologne est déjà prévu pour le mois prochain, mais je ne veux rien dire, ça sera une surprise.

Les femmes, religieuses ou laïques, sont non seulement très nombreuses dans la vie de l’Eglise, mais elles remplissent en plus des rôles importants et intéressants. Or, tout le monde pense au contraire que l’Eglise n’est faite que de cardinaux, d’évêques …comme cela, au moins une fois par mois, nous ouvrirons une fenêtre sur cette présence fondamentale d’aujourd’hui et d'hier.

Depuis que le prof. Vian a pris la direction du journal, beaucoup de femmes y écrivent : qui écrira dans ce supplément?

Nous commencerons avec les collaboratrices les plus connues, mais nous voudrions ouvrir une collaboration avec les femmes du monde entier. Nous tenons beaucoup à la dimension mondiale, qui est celle de l’Eglise catholique.

Vous coordonnerez ce supplément avec une célèbre journaliste qui n’appartient pas aux cercles catholiques, une « laïque » comme on l’entend en Italie, Ritanna Armeni : quel est le sens de cette collaboration?

Ritanna Armeni est une « laïque » proche de nos choix et de nos espérances, et elle est très sensible à tout ce qui touche à l’univers des femmes. Collaborer avec une « laïque » sera essentiel pour ne pas donner un ton « paroissial » à ce supplément, pour nous ouvrir aux lecteurs non pratiquants et leur faire connaître les femmes catholiques. Le monde catholique a lui aussi des femmes qui ont un rôle de premier plan, des intellectuelles souvent inconnues pour les masses, et qui méritent d’être connues.

Le supplément aura un graphisme particulier?

Oui, même si le style du supplément - dont le premier numéro est intitulé : « Femmes, Eglise, monde » - suivra celui de L’Osservatore Romano, des solutions graphiques et la présence, en première page, d’une vignette - représentant une religieuse, Sœur Ultime, dessinée par Cinzia Leone - et d’un dessin réalisé chez nous par une artiste contemporaine, Isabelle Ducrot, lui apporteront une touche différente. Dans le premier numéro, le dessin a pour thème : « la Visitation ».

Vous proposez un autre féminisme par rapport aux années 60-70?

Le féminisme a été et il est tant de choses. En premier lieu, il demande la reconnaissance du rôle de la femme qui est souvent – et précisément dans l’Eglise –  sous-estimé et ignoré. Mais il y a une différence entre le féminisme qui demande la parité des rôles en collant celui de la femme à celui l’homme, et qui veut donc effacer la différence féminine, en substance la maternité, et celui de la différence, qui reconnaît la différence mais veut la faire reconnaître.

Trop souvent, la différence est synonyme de disparité, mais nous la défendons et la ferons connaître, en proposant un nouveau féminisme.

Selon certains sociologues, un certain féminisme, qui perçoit l’Eglise et son enseignement comme « antimodernes », aurait contribué au manque de transmission de foi aux nouvelles générations : vous partagez cette analyse?

Hélas cette analyse est vraie : la plupart des femmes ont cru ceux qui promettaient leur bonheur et liberté à travers la reconnaissance de la liberté sexuelle, de la contraception et de l’avortement. Comme si le bonheur, pour les femmes, était de pouvoir se comporter comme les hommes.

Aujourd’hui, alors qu’il est plus facile pour les jeunes femmes de faire carrière que de fonder une famille et avoir un enfant tôt, ce féminisme est entré en crise. Les jeunes femmes comprennent qu’elles ont été bernées et veulent réaliser leur désir de maternité. Donc il y a une attente et une attention pour ceux qui tiennent un autre discours, pour ceux qui reconnaissent la diversité chez la femme.

Les derniers papes ont rappelé au monde l’importance du « génie féminin » et ont beaucoup fait pour mettre en valeur le rôle des femmes tant dans la société que dans l’Eglise. Malgré cela, l’Eglise est toujours accusée de misogynie. Qu’en pensez-vous?

Sans doute ces accusations sont vraies, même si les derniers papes ont beaucoup fait pour la reconnaissance du rôle et de la spécificité de la femme, et qu’ils ont cherché à réaliser une certaine ouverture aux femmes dans les rôles importants. Je dois dire pour le moment que les résultats concrets sont encore rares. Le monde ecclésiastique est traditionnellement misogyne, et les femmes sont vues comme de possibles concurrentes aux carrières internes et donc acceptées uniquement si elles annulent leur personne, si elles occupent des postes de subordination et de service. Mais c’est une position qui, dans le monde actuel, est insoutenable.

Notre supplément, montrera que tant de femmes sont impliquées dans la vie de l’Eglise, et avec d’excellents résultats. Cela pourra aider à changer les choses au niveau interne, de plus en plus nécessaire.

Cet entretien avec Lucetta Scaraffia sera publié en anglais par le mensuel américain « Inside the Vatican » et en polonais par l’hebdomadaire catholique « Niedziela ».