L’adoration, c’est regarder quelqu’un qui me regarde, affirme le père Cantalamessa.

Première prédication de l’Avent en présence du pape et de la curie

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CITE DU VATICAN, dimanche 5 décembre 2004 (ZENIT.org) – La contemplation eucharistique permet à la grâce reçue dans les sacrements de “modeler notre univers intérieur” et nous permet d’assimiler “les pensées et les sentiments du Christ”, a déclaré le prédicateur de la Maison pontificale.



Pour répondre au souhait du Saint-Père de consacrer l’année en cours à l’Eucharistie, le père Raniero Cantalamessa, OFM Cap a choisi de consacrer ses prédications de l’Avent à l’adoration eucharistique, en faisant un commentaire, strophe par strophe, de l’hymne ‘Adoro te devote’. La première prédication a eu lieu vendredi en la chapelle Redemptoris Mater au Vatican, en présence du pape et de ses collaborateurs.

“A travers son Encyclique Ecclesia de Eucharistia, le Saint-Père Jean-Paul II s’est proposé, dit-il, de raviver dans l’Eglise ‘l’admiration eucharistique’ et l’Adoro te devote se prête merveilleusement à cette fin. Celui-ci peut servir à donner un nouveau souffle spirituel et une âme à tout ce qui se fera, au cours de cette année, pour rendre hommage à l’Eucharistie” a déclaré le p. Cantalamessa.

“Dans chaque strophe de l’Adoro te devote, explique-t-il, réside une affirmation théologique et une invocation qui est la réponse priante de l’âme au mystère. Dans la première strophe, la vérité théologique évoquée se réfère au mode de présence du Christ dans les espèces eucharistiques. L’expression latine ‘vere latitas’ est dense de signification ; cela signifie : tu es caché, mais tu es véritablement présent (l’accent est mis sur le terme ‘véritablement’, sur la réalité de la présence) et veut également dire : tu es véritablement présent, mais caché (l’accent est mis sur le terme ‘latitas’, sur le caractère sacramentel de cette présence).”

“Dans le verset ‘quae sub his figuris vere latitas’, le terme “figuris” indique les espèces du pain et du vin du fait qu’ils cachent ce qu’ils contiennent et qu’ils contiennent ce qu’ils cachent”, poursuit-il.

“Adoro : Ce mot qui ouvre l’hymne – un hymne composé à la fin du XIIIème siècle - est à lui seul une profession de foi dans l’identité entre le Corps eucharistique et le Corps historique du Christ, ‘né de la Vierge Marie, qui a véritablement souffert et fut immolé pour l’homme sur la croix’”, ajoute le prédicateur de la Maison pontificale.

“En effet, explique-t-il, c’est seulement, grâce a cette identité et à l’union hypostatique dans le Christ entre humanité et divinité, que nous pouvons demeurer en adoration devant l’hostie consacrée, sans pécher par idolâtrie”.

“Déjà Saint Augustin disait : ”Dans cette chair ( le Seigneur) a marché sur cette terre et cette même chair nous a nourris pour le salut ; et personne ne mange cette chair sans l’avoir d’abord adorée… Nous ne péchons pas en l’adorant, mais en revanche nous péchons si nous ne l’adorons pas”.

“Mais en quoi consiste exactement l’adoration et comment s’exprime-t-elle ?” s’interroge le père Cantalamessa.

“L’adoration peut être préparée par une longue réflexion, mais elle se termine par une intuition et, comme toute intuition, celle-ci ne dure pas longtemps. Elle est comme un éclair de lumière dans la nuit. Mais d’une lumière spéciale : non pas tant la lumière de la vérité, mais plutôt la lumière de la réalité. C’est la perception de la grandeur, de la majesté, de la beauté et tout ensemble de la bonté de Dieu et de sa présence qui coupe le souffle. C’est une sorte de naufrage dans l’océan sans rive et sans fond de la majesté de Dieu”, déclare le prédicateur du pape.

“Dans notre hymne, l’adverbe devote garde intacte toute sa force théologique et spirituelle que l’auteur lui-même (si celui-ci est Thomas d’Aquin) avait contribuer à définir. La meilleure explication de ce que l’on entend par devotio réside dans les paroles qui suivent, dans la deuxième partie de la strophe : tibi se cor meum totum subiicit : “à toi mon cœur tout entier s’abandonne”. Disponibilité totale et pleine d’amour pour accomplir la volonté de Dieu”, explique le père Cantalamessa.

“On pourrait penser que dans ce nouveau climat - c’est-à-dire celui d’aujourd’hui - il n’y a plus de place pour l’Adoro te devote et les pratiques eucharistiques nées à l’époque (XI – XII siècles)”, poursuit le prêtre capucin.

“Au contraire, affirme-t-il, c’est véritablement maintenant que celles-ci nous sont le plus utiles et le plus nécessaires pour ne pas perdre, du fait des conquêtes actuelles, celles d’hier. Nous ne pouvons pas limiter l’Eucharistie à la seule contemplation de la présence réelle dans l’Hostie consacrée, mais renoncer à celle-ci serait également une grave perte”.

“Il n’existe pas d’explications particulières et théoriques en faveur de la bonté de la contemplation eucharistique, reconnaît le père Cantalamessa, mais il existe l’imposant témoignage des faits, littéralement ‘une nuée de témoins’”.

Le prédicateur cite le témoignage de “Charles de Foucauld qui a fait de l’adoration eucharistique un des points forts de sa spiritualité et de celle de ses disciples”. “Nombreuses sont les âmes qui ont atteint la sainteté en la pratiquant et la contribution décisive que cette dernière a apportée à l’expérience mystique est également démontrée”, précise-t-il.

“L’Eucharistie au cours de la Messe et en dehors de celle-ci, explique-t-il, est pour l’Eglise catholique ce qu’était dans la famille, jusqu'à il y a peu de temps, le foyer domestique pendant l’hiver: le lieu autour duquel la famille retrouvait sa propre unité et intimité, le centre idéal de tout”.

“Les deux aspects du mémorial - célébration et contemplation de l’Eucharistie - , ne s’excluent pas l’un l’autre, mais se complètent, poursuit le père Cantalamessa. En effet, la contemplation, est le moyen par lequel nous ‘recevons’, au sens fort, les mystères, à travers lequel nous les intériorisons et nous nous ouvrons à leur action ; c’est l’équivalent des mystères au niveau existentiel et subjectif ; c’est un moyen pour permettre à la grâce, reçue dans les sacrements, de modeler notre univers intérieur, c’est-à-dire les pensées, l’affection, la volonté, la mémoire”.

“La contemplation eucharistique signifie donc, concrètement, établir un contact de cœur à cœur avec Jésus présent de manière réelle dans l’Hostie et, à travers Lui, s’élever vers le Père dans l’Esprit Saint. Dans la méditation, prévaut la recherche de la vérité ; dans la contemplation en revanche, prévaut la jouissance de la vérité trouvée. La contemplation s’adresse toujours à la personne, à l’ensemble et non à des parties de celle-ci. La contemplation eucharistique c’est regarder quelqu’un qui me regarde”, affirme le père Cantalamessa.

“La contemplation eucharistique est tout autre qu’un abandon à l’apathie, explique-t-il. On a noté comment l’homme reflète en lui, quelquefois aussi de manière physique, ce qu’il contemple. On ne reste pas longtemps exposé au soleil sans en porter les traces sur le visage. En demeurant longtemps et avec foi, pas nécessairement avec une ferveur importante, devant le Très Saint Sacrement, nous assimilons les pensées et les sentiments du Christ, non pas à travers la voie discursive mais intuitive ; presque ‘ex opere operato’”.

Le père Cantalamessa prend l’exemple du processus de photosynthèse des plantes.

“Au printemps apparaissent les feuilles vertes sur les branches, raconte-t-il ; celles-ci absorbent certains éléments de l’atmosphère qui, sous l’action de la lumière du soleil, sont ‘fixés’ et transformés en nourriture de la plante. Nous devons être comme ces feuilles vertes ! Elles sont un symbole des âmes eucharistiques qui, contemplant le ‘soleil de justice’ qu’est le Christ, ‘fixent‘ la nourriture qui est l’Esprit Saint lui-même, au bénéfice de tout le grand arbre qu’est l’Eglise. En d’autres paroles, c’est ce que dit également l’Apôtre Paul : ‘Nous tous, à visage découvert reflétons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, de gloire en gloire, selon l’action de l’Esprit du Seigneur’ ( 2 Co 3, 18)”.

“Si maintenant toutefois, ajoute le prédicateur de la Maison pontificale, de ces rayons de lumière que l’auteur de l’hymne nous a fait entrevoir, nous retournons par la pensée à notre réalité et à notre pauvre mode de nous tenir devant l’Eucharistie, nous risquons de nous sentir humiliés et découragés”.

“Ce serait une grossière erreur, déclare-t-il. C’est déjà un encouragement et une consolation de savoir que ces expériences sont possibles; que ce que nous avons nous-mêmes peut-être expérimenté dans les moments de grande ferveur de notre vie et puis perdu, peut se rallumer, grâce aussi à l’année eucharistique qu’il nous est donné de vivre.

Le père Cantalamessa conclut par une anecdote.

“La seule chose que l’Esprit Saint nous demande, déclare-t-il, est de lui donner notre temps, même si au début cela semble du temps perdu. Je n’oublierai jamais la leçon que j’ai reçue un jour à cet égard. Je disais à Dieu : ‘Seigneur, donne-moi la ferveur et moi je te donnerai tout le temps que tu veux pour la prière’. J’ai trouvé la réponse dans mon cœur. ‘Raniero, donne-moi ton temps et je te donnerai toute la ferveur que tu veux dans la prière’. Je m’en suis souvenu au cas où cela puisse servir à quelqu’un d’autre qu’à moi”.