L'Amour, c'est donner, l'amour, c'est demander

Lectures du dimanche 29 septembre 2013

Paris, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 1057 clics

Rite romain: XXVIème Dimanche du temps Ordinaire - Année C - 29 septembre 2013

Am 6.1 4-7; Tm 6.11-16; Lc 16,19-31

Le pauvre sauve le riche

(Rite ambrosien, à Milan: Vème Dimanche après le martyre de saint Jean le Précurseur

Is 56,1-7; Ps 118; Rm 15,2-7; Lc 6,27-38, Aimez vos ennemis)


1) Une leçon pour vivre le temps présent et un ordre déconcertant

La première lecture et l'Evangile de la liturgie romaine, qui nous raconte la parabole du pauvre Lazare et du riche glouton (dont la signification vient du terme epulone) indiquent comment vivre le temps présent et leur but n'est pas de nous faire peur quant à la punition à venir si nous ne nous comportons pas bien. Ces deux passages bibliques nous disent que celui qui va à la recherche de satiété ne peut se préoccuper  de ses frères dans le besoin et n'est pas en mesure de reconnaître le Fils de Dieu dans le pauvre Lazare. Lazzaro est le Christ qui a pris sur lui toutes nos souffrances et porte les plaies de l'amour, qui est à la porte de chez nous et attend.

Observons la scène racontée par le Christ: nous y voyons un homme riche, sans nom, ou plutôt, qui porte le nom de la richesse qu'il a, et un autre homme qui se nomme: Lazare  (= Celui qui est assisté par Dieu, car il n'a rien à lui). Tous les deux sont sous le regard du Très-Haut, mais ils reçoivent sa présence de manière différente. 

Le premier n'en a pas besoin, il possède des biens, qui lui permettent de profiter - de manière autonome, détachée de Dieu - de la vie avec des repas copieux et de porter des vêtements élégants. L'autre n'a que Dieu, n'a pas de quoi manger et son corps est « couvert » de plaies. Les hommes  s'écartent de lui, seuls les chiens l'approchent et le consolent. 

Et maintenant observons-nous: nous avons nous aussi des plaies que nous pouvons cacher sous toutes les richesses possibles, mais Dieu les connaît. Ces lacérations nous font gire par terre et implorer le ciel, accentuent notre faim de plénitude et sont des « lucarnes » qui nous ouvrent au Mystère ... Quelle chance serait pour nous de sentir une forte nostalgie pour cet état de « pauvreté », car celle-ci est la vérité de notre condition d'homme. Nous sommes pauvres, mais si nous ne le nions pas à nous-mêmes pour camoufler ce que nous sommes, si nous ne nous mettons pas un niveau de Dieu, nous pensons pouvoir nous passer de Lui. Qu'avons-nous  que nous n'ayons reçu de Lui ? Rappelons-nous que le Royaume des cieux nous appartient, précisément parce que nous sommes pauvres de cœur, nous sommes des fils, nous sommes des hommes ... comme Jésus ... nous sommes donc « riches », riches de Son amour, riches d'avoir Dieu comme Père.

Alors nous serons capables de l'impossible: « aimer nos ennemis » (comme nous le rappelle l'évangile ambrosien d'aujourd'hui).

Voici comment un moine du Mont Athos commente cette ordre stupéfiant de Jésus: « Il y a des hommes qui souhaitent à leurs ennemis et aux ennemis de l'Eglise peines et tourments dans le feu éternel. Ceux-ci, en pensant cela, ne connaissent pas l'amour de Dieu. Qui a l'amour et l'humilité du Christ pleure et prie pour tout le monde. Tu te dis peut-être: celui-ci est un malfaiteur, il doit donc bruler dans la flamme éternelle. Mais moi je te demande: Admettons que le Seigneur te donne une place dans son royaume, si tu vois dans le feu éternel celui à qui tu as souhaité le tourment éternel, n'aurais-tu pas de compassion pour lui, même s'il était un ennemi de l'Eglise? Aurais-tu un cœur de pierre ? Mais dans le Royaume des cieux il n'y a pas de place pour des pierres. Là il faut l'humilité et l'amour du Christ, qui a de la compassion pour tout le monde ». Et il termine par cette prière: « Seigneur, comme tu as prié pour tes ennemis, enseigne-nous à nous aussi par l'Esprit Saint à les aimer et à prier aussi pour eux, les larmes aux yeux. Mais cela est difficile pour nous pécheurs sans ta grâce avec nous ».

Que Saint François d'Assise, pauvre et humble, soit un exemple pour nous, car il n'existe rien de plus grand qu'apprendre l'humilité et la mendicité du Christ (Lazare est le symbole de Jésus mendiant d'amour). Qui est humble vit pauvre et content, tout est bon à son cœur. Seuls les humbles et les pauvres de cœur voient le Seigneur, dans l'Esprit Saint. L'humilité est la lumière dans laquelle nous voyons Dieu qui est lumière. Le jour de Dieu notre aurore « s'éteint ».

 
2) La mort n'est pas une mise à niveau mais une balance

Ce balancement apparaît dans la seconde partie de la parabole, là où les rôles sont inversés: maintenant le riche est bas et Lazare en haut. La mort montre que le Royaume de Dieu a triomphé. Quand on meurt on ouvre les yeux. La mort c'est le moment où l'on voit les choses comme elles sont réellement. La mort est la dramatique porte qui permet au crépuscule de notre aube humaine de « mourir » dans la lumière du jour sans fin de Dieu.

Entrent en scène aussi les cinq autres frères du « mauvais » riche (« l'épulon » et sixième frère), qui continuent à vivre « insouciants » dans leur richesse. C'est leur vie de riches qui les rend aveugles devant le septième (chiffre marquant la plénitude parfaite) frère (Jésus), qui est à côté, juste derrière la porte, au-delà de laquelle ils ne veulent par regarder parce que là se trouve le pauvre couvert de plaies et qu'ils sont aveugles face aux Ecritures (pourtant si claires). 

Le riche de cette parabole ne s'oppose pas à Dieu et n'opprime pas le pauvre, c'est tout simplement qu'il ne le voit pas, il vit comme si Dieu n'existait pas et n'avait rien à voir avec sa vie. 

Maintenant, le riche mendie au pauvre une goutte d'eau et demande que ses frères soient avertis. Mais à quoi bon les avertir ? Ils ont déjà les prophètes et Moïse, ça leur suffit. Ce ne sont pas les voix qui manquent, ni les vérifications, mais la liberté pour comprendre, la lucidité pour voir. Vivre en riche rend aveugles.

Le chemin de la Croix est un chemin de lumière, qui conduit au Paradis. Ce chemin n'a qu'un seul nom: charité, avec beaucoup de synonymes: miséricorde, pitié, compassion, partage, solidarité, communion, unité, accueil, participation, assomption. 

Le chenin qui conduit au Ciel s'appelle Jésus Christ. On ne connaît aucune autre voie. Il n'y a pas d'autres sentiers. L'amour pur, vrai, réel, spirituel, fait de gestes vraiment concrets, de don de sa propre vie et de ses propres substances conduit au Ciel. Et cette route les Vierges consacrées l'ont prise. Le jour de leur consécration leur évêque a prié : « Qu'elles brûlent de charité et n'aiment rien en dehors de Toi, Seigneur. Qu'elles méritent chaque louange sans s'en complaire ; qu'elles cherchent à te glorifier d'un cœur purifié, dans un corps sanctifié; qu'elles Te craignent avec amour et, par amour qu'elles Te servent. Et Toi, Dieu toujours fidèle, sois leur fierté, leur joie et leur amour; sois pour elles un réconfort dans la peine, leur lumière dans le doute, un recours dans l'injustice » (Rite de consécration des Vierges, n. 24).

Traduction d'Océane Le Gall

LECTURE PATRISTIQUE

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

Homélie II sur Lazare

Le texte complet peut être trouvé sur ce lien :

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/chrysostome/homt2/lazare/index.htm  

J'ai admiré votre charité, lorsque tout récemment je parlais de Lazare; je l'ai admirée en vous voyant d'une part applaudir à la résignation du pauvre Lazare, et de l'autre détester la cruauté inhumaine du riche: voilà des indices non équivoques d'une -âme généreuse. En effet, lors même que nous ne pratiquerions pas la vertu, nous arriverons certainement à la pratiquer, si nous savons l'estimer et la louer; et lors même que nous ne fuirions pas le vice, nous arriverons certainement à le fuir, si nous savons le blâmer. Donc, puisque vous avez accueilli mes paroles avec ces dispositions excellentes, je vais vous expliquer le reste de la parabole. Naguère, vous avez vu Lazare à la porte du riche, aujourd'hui voyez-le dans le sein d'Abraham ; vous l'avez vu entouré et léché parles chiens, voyez-le escorté par les anges; naguère vous l'avez vu dans la pauvreté, voyez-le dans les délices; vous l'avez vu souffrant la faim, voyez-le dans l'abondance de toutes choses; vous avez vu ses combats, voyez sa couronne ; vous avez vu ses travaux, voyez sa récompense ; voyez-le, riches et pauvres : riches , afin que vous n'estimiez pas trop la richesse sans la vertu ; pauvres , afin que vous ne regardiez pas la pauvreté comme un mal : aux uns comme aux autres, Lazare donne une grande leçon. Si Lazare a enduré sa misère sans irritation, quelle indulgence mériteront ceux qui s'irritent au sein de l'opulence ? S'il rendit grâces à Dieu dans la faim et dans tous les maux qui l'affligeaient, quelle excuse allégueront ceux qui dans leur abondance ne veulent pas s'acquitter de ce devoir ? Enfin quel pardon obtiendront-ils, ces pauvres qui s'impatientent et se révoltent à cause de leur pauvreté, tandis que Lazare, traînant sa vie à la porte du riche dans la faim, dans la misère, dans l'abandon, dans une maladie qui ne le quitte pas, Lazare méprisé de tout le monde, Lazare ne pouvant voir personne qui partageât ses souffrances, Lazare nous apparaît si parfaitement sage et résigné ?

Apprenons de lui à ne pas regarder tous les riches comme heureux, et tous les pauvres comme malheureux. Bien plus, s'il faut dire la vérité, le vrai riche n'est pas celui qui a (473) beaucoup amassé, mais celui qui n'éprouve pas le besoin de beaucoup de choses; le vrai pauvre n'est pas celui quine possède rien, mais celui qui convoite tout: telle est la définition de la pauvreté et de l'opulence. Si donc vous voyez quelqu'un convoiter beaucoup, tenez-le pour le plus pauvre des hommes, lors même qu'il posséderait les richesses de l'univers; si vous voyez quelqu'un ne pas être sujet au besoin de mille et mille choses, tenez-le pour le plus opulent des hommes, lors même qu'il ne posséderait rien. C'est par les dispositions de l'esprit, et non par l'étendue des biens qu'il convient d'apprécier la pauvreté et l'opulence. Si quelqu'un était dévoré d'une soif inextinguible nous ne dirions pas qu'il se porte bien, quand même il vivrait dans l'abondance, quand même il serait entouré de fleuves et de fontaines (à quoi servirait en effet cette affluence d'eau, si la soif ne peut pas être apaisée? ). Appliquons ce raisonnement aux riches. N'allons pas croire que ces gens, qui sont toujours dévorés par une insatiable convoitise, qui ont toujours soif des biens d'autrui, jouissent d'une parfaite santé d'âme ni d'une abondance réelle ! Celui qui ne peut mettre un terme à ses désirs, pourra-t-il jamais jouir en repos, lors même qu'il parviendrait à s'entourer de toutes les jouissances? Ceux au contraire qui savent dire c'est assez qui se contentent de leur propre sort, qui ne sont pas à regarder d'un œil d'envie la prospérité d'autrui, ceux-là doivent se considérer comme les plus opulents des hommes, lors même qu'ils seraient dans la plus complète indigence. Le plus riche mortel est en effet celui qui, n'éprouvant pas le désir d'avoir ce qui appartient à un autre, se tient pour satisfait de ce qu'il possède lui-même. Mais revenons, s'il vous plaît, au sujet que nous avons entrepris : Il arriva, dit l'Évangéliste, que Lazare mourut et qu'il fut emporté par les anges. (Luc, XV1, 22.)

Ici, je veux guérir vos âmes d'une funeste maladie : beaucoup de gens simples s'imaginent que les âmes de ceux qui périssent de mort violente deviennent des démons.