L'année de la foi, année de "l'amitié avec le Christ"

Journée internationale de l'amitié

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Anita Bourdin

ROME, lundi 30 juillet 2012 (ZENIT.org) – Pour Benoît XVI, l’Année de la foi, dans le sillage du Concile Vatican II doit permettre aux baptisés de « redécouvrir la foi comme une amitié personnelle profonde avec la bonté de Jésus-Christ ».  Une amitié qui est un don, qui doit être cultivé, qui est un rempart contre le mal, et transforme le monde en faisant des disciples du Christ des « amis ».

C’est aujourd’hui la Journée internationale de l’amitié : une occasion de méditer sur l’amitié dans le ministère de Benoît XVI, dans la perspective de la prochaine année de la foi.

En effet on ne compte plus les occasions où le pape a invité les baptisés à cultiver « l’amitié avec le Christ » : dans ses messages aux jeunes, aux prêtres, mais aussi des confidences sur sa propre amitié avec Jésus.

Le pape a par exemple, exhorté les jeunes à l’amitié avec le Christ au terme de l’audience générale du mercredi 17 septembre 2008 : « Chers jeunes, disait-il, que l’amitié avec Jésus soit pour vous une source de joie, et un motif qui inspire chaque choix de vos engagements ».

La foi des frères

Pour l’année de la foi, on peut en effet retenir cette définition de la foi donnée par le pape également aux jeunes, lors de la messe de clôture de la Journée mondiale de la jeunesse de 2011, à l’aéroport madrilène de « Quatro vientos » le dimanche 21 août 2011 où le pape lie l’amour de l’Eglise et l’amitié avec le Christ :  « Avoir la foi, c’est s’appuyer sur la foi de tes frères, et que ta foi serve également d’appui pour celle des autres. Je vous exhorte, chers jeunes : aimez l’Église qui vous a engendrés dans la foi, vous a aidés à mieux connaître le Christ et vous a fait découvrir la beauté de son amour. Pour la croissance de votre amitié avec le Christ, il est fondamental de reconnaître l’importance de votre belle insertion dans les paroisses, les communautés et les mouvements, ainsi que l’importance de la participation à l’Eucharistie dominicale, de la réception fréquente du sacrement du pardon, et de la fidélité à la prière et à la méditation de la Parole de Dieu ».

Rencontrer le Christ

Le pape a souligné les fruits de communion et d’évangélisation de cette amitié avec le Maître :« De cette amitié avec Jésus naîtra aussi l’élan qui porte à témoigner la foi dans les milieux les plus divers, y compris ceux dans lesquels il y a refus ou indifférence. On ne peut pas rencontrer le Christ et ne pas le faire connaître aux autres. Ne gardez donc pas le Christ pour vous-mêmes. Transmettez aux autres la joie de votre foi. Le monde a besoin du témoignage de votre foi, il a certainement besoin de Dieu. Je pense que votre présence ici, jeunes venus des cinq continents, est une merveilleuse preuve de la fécondité du mandat de Jésus donné à l’Église : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15). À vous aussi incombe le devoir extraordinaire d’être des disciples et des missionnaires du Christ dans d’autres terres et pays où se trouve une multitude de jeunes qui aspirent à de très grandes choses et qui, découvrant dans leurs cœurs la possibilité de valeurs plus authentiques, ne se laissent pas séduire par les fausses promesses d’un style de vie sans Dieu ».

L’amitié avec le Maître

Lors de l’angélus du 15 janvier 2006, Benoît XVI a souligné les fruits spirituels de cette amitié : « L’amitié avec le Maître assure à l’âme une paix profonde et la sérénité, même dans les moments sombres et dans les épreuves les plus difficiles. Lorsque la foi connaît des nuits obscures, dans lesquelles on ne « sent » plus et on ne « voit » plus la présence de Dieu, l’amitié de Jésus est l’assurance qu’en réalité rien ne pourra jamais nous séparer de son amour. »

Il soulignait aussi les fruits concrets dans la vie du chrétien de cette amitié si elle est « authentique », le dimanche 26 août 2007 : «La véritable amitié avec Jésus s’exprime dans la façon de vivre : elle s’exprime à travers la bonté du cœur, l’humilité, la douceur et la miséricorde, l’amour pour la justice et la vérité, l’engagement sincère et honnête pour la paix et la réconciliation. »

Mais les deux homélies les plus remarquables pour ce qui est du sens de l’amitié avec le Christ, le pape les a prononcées d’une part le jour de l’inauguration de son pontificat, le 24 avril 2005 et l’autre pour le 60eanniversaire de son ordination sacerdotale, le 29 juin 2011.

Les portes de la vie

L’amitié avec le Christ semble en effet comme le secret et le programme du pontificat: « En quelque sorte, n’avons-nous pas tous peur – si nous laissons entrer le Christ totalement en nous, si nous nous ouvrons totalement à lui – peur qu’il puisse nous déposséder d’une part de notre vie? N’avons-nous pas peur de renoncer à quelque chose de grand, d’unique, qui rend la vie si belle? Ne risquons-nous pas de nous trouver ensuite dans l’angoisse et privés de liberté? Et encore une fois le Pape voulait dire: Non! Celui qui fait entrer le Christ ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie ».

Le pape souligne, au moment d’inaugurer son pontificat que l’amitié avec le Christ est source de liberté : « Dans cette amitié seulement se dévoilent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. Dans cette amitié seulement nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère ».

En père spirituel, le pape communique son expérience la plus profonde, de nouveau en s’adressant aux jeunes : « Ainsi, aujourd’hui, je voudrais, avec une grande force et une grande conviction, à partir d’une longue expérience de vie personnelle, vous dire, à vous les jeunes: n’ayez pas peur du Christ! Il n’enlève rien et il donne tout. Celui qui se donne à lui reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. »

Il me connaît personnellement

Une amitié que le pape a également fêtée lors de ses 60 ans de sacerdoce, pour souligner qu’elle est justement le cœur de tout sacerdoce, et qu’elle suppose et accomplit l’union des volontés : « « Non plus serviteurs mais amis » : dans cette parole est contenu tout le programme d’une vie sacerdotale. Qu’est-ce que vraiment l’amitié ? Idem velle, idem nolle – vouloir les mêmes choses et ne pas vouloir les mêmes choses, disaient les anciens. L’amitié est une communion de pensée et de vouloir. Le Seigneur nous dit la même chose avec grande insistance : « Je connais les miens et les miens me connaissent ». Le Pasteur appelle les siens par leur nom. Il me connaît par mon nom. Je ne suis pas n’importe quel être anonyme dans l’immensité de l’univers. Il me connaît de façon toute personnelle ».

Mais l’être humain est appelé en quelque sorte à la réciprocité, c’est là l’extraordinaire de cette amitié et le pape indique les lieux pour la nourrir: « Et moi, est-ce que je Le connais Lui ? L’amitié qu’Il me donne peut seulement signifier que moi aussi je cherche à Le connaître toujours mieux ; que moi dans l’Écriture, dans les Sacrements, dans la rencontre de la prière, dans la communion des Saints, dans les personnes qui s’approchent de moi et que Lui m’envoie, je cherche à Le connaître toujours plus ».

« L’amitié, insiste le pape, n’est pas seulement connaissance, elle est surtout communion du vouloir. Elle signifie que ma volonté grandit vers le « oui » de l’adhésion à la sienne. Sa volonté, en effet, n’est pas pour moi une volonté externe et étrangère, à laquelle je me plie plus ou moins volontiers, ou à laquelle je ne me plie pas. Non, dans l’amitié, ma volonté en grandissant s’unit à la sienne, sa volonté devient la mienne et ainsi, je deviens vraiment moi-même ».

Devenir ton ami

La méditation de Benoît XVI s’achève, comme souvent, en prière, qui est l’acte le plus quotidien et le plus nécessaire pour cette amitié : « Outre la communion de pensée et de volonté, le Seigneur mentionne un troisième, un nouvel élément : Il donne sa vie pour nous. Seigneur, aide-moi à Te connaître toujours mieux ! Aide-moi à ne faire toujours plus qu’un avec ta volonté ! Aide-moi à vivre ma vie non pour moi-même, mais à la vivre avec Toi pour les autres ! Aide-moi à devenir toujours plus Ton ami ! »

Et conclut sur sa gratitude pour ces 60 ans de ministère et pour ce don, car cette amitié est avant tout un don à accueillir, dont le fruit est la joie : « C’est surtout un moment de gratitude : gratitude envers le Seigneur pour l’amitié qu’Il m’a donnée et qu’Il veut nous donner à tous. Gratitude envers les personnes qui m’ont formé et accompagné. Et en tout cela se cache la prière qu’un jour le Seigneur dans sa bonté nous accueille et nous fasse contempler sa joie ».

Rempart contre le mal

Cette amitié, cette « joyeuse rencontre avec Jésus-Christ »,  est aussi le rempart contre le mal, qui a manqué à qui a failli dans son sacerdoce en commettant des abus sur des enfants : le pape l’a fait remarquer dans son message vidéo du 17 juin 2012 pour la clôture du Congrès eucharistique de Dublin.

 « Comment pouvons-nous expliquer que des personnes qui reçoivent régulièrement le Corps du Christ et confessent leurs péchés dans le Sacrement de la Pénitence aient offensé de cette manière ? Cela reste un mystère. Néanmoins, de toute évidence, leur christianisme n’était plus alimenté de la joyeuse rencontre avec Jésus-Christ : il était devenu simplement une question d’habitude ».

Voilà une autre expression dont il faudra se souvenir pour l’Année de la foi et le 50eanniversaire de Vatican II : « Le travail du Concile avait réellement été conçu pour surmonter cette forme de christianisme et redécouvrir la foi comme une amitié personnelle profonde avec la bonté de Jésus-Christ ».

Enfin, le pape lit cette amitié en clef eucharistique : « Le Congrès eucharistique a un objectif semblable. Ici, nous désirons rencontrer le Seigneur Ressuscité. Nous lui demandons de nous toucher profondément. Que celui qui a soufflé sur les Apôtres à Pâques, en leur communiquant son Esprit, envoie de même sur nous son souffle, la puissance de l’Esprit Saint, et nous aide ainsi à devenir de véritables témoins de son amour, des témoins de la vérité. Sa vérité est amour. L’amour du Christ est vérité ».

On comprend que Benoît XVI ait préparé l’Eglise à l’Année de la foi par des mois de catéchèse sur la prière qui est le lieu par excellence où se tisse cette amitié : c’est le lieu de la Rencontre où, dans le secret, se préparent toutes les autres rencontres, le lieu où le Christ transforme ses disciples en amis. Et c’est ainsi que le monde sera aussi transformé.