L'Année de la foi, pour s'approprier Vatican II

Assemblée du CCEE, analyse du patriarche de Lisbonne

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A. Bourdin

ROME, mercredi 10 octobre 2012 (ZENIT.org) – « Le pape Benoît XVI a voulu célébrer le 50e anniversaire de l’ouverture de Vatican II par une Année de la foi », explique le patriarche de Lisbonne.

Le cardinal José da Cruz Policarpo, patriarche de Lisbonne, a en effet rencontré la presse à l’occasion de l’assemblée plénière du Conseil des conférences des évêques d’Europe, qui s'est tenue en Suisse, à Saint-Gall (27- 30 septembre).

Il a expliqué, en français, lors du point de presse du 29 septembre, le rapport entre l’Année de la foi et la célébration solennelle du 50e anniversaire de l’ouverture du concile Vatican II par le bienheureux pape Jean XXIII, le 11 octobre 1962. Une lumière sur cet anniversaire, célébré demain.

L’actualité du Concile

Benoît XVI, dit-il, a affirmé « l’actualité du concile Vatican II, 50 ans après son ouverture », « très clairement » et d’une façon qui « ne laisse de doute à personne ».

L’actualité du concile, apparaît tout d’abord quand on regarde les circonstances dans lesquelles il a été ouvert. Pour le patriarche en effet, « les motifs qui ont conduit à la convocation de Vatican II se sont aggravés au cours du temps ». Il s’agissait, rappelle-t-il, de « préparer l’Eglise, dans sa vie interne, pour qu’elle puisse affronter les grands défis d’une société sans cesse en changement ».

Il cite cette confidence du pape Jean XXIII, à propos de son retour de Turquie où il avait été nonce : « J’ai résidé en dehors de l’Europe, et quand je suis revenu, je n’ai plus reconnu l’Europe et je me suis demandé quoi faire, en tant que pape ». C’est alors qu’il a eu l’idée de convoquer un concile.  « Ces motivations existent encore aujourd’hui », renchérit le cardinal portugais.

Il fait ensuite observer qu’« Il faut du temps pour que les documents d’un concile soient reçus, beaucoup de temps, car le temps est un élément décisif  et essentiel pour la communication de la tradition catholique au monde dans lequel nous vivons ».

« Je pense, dit-il, à la génération née après le concile. Pour moi, c’est facile d’évoquer le concile et d’être convaincu de son actualité. Mais ce n’est pas le cas d’une grande partie de la population actuelle ».

Il cite cet exemple des étudiants de l’université dont il était recteur auparavant  – des jeunes de familles chrétiennes - auxquels il était demandé les dates du concile Vatican II : certains répondaient VIIe siècle,  ou bien XIIIe siècle, XIXe siècle, etc.

« Il faudra, résume le patriarche, récupérer le concile pour les générations qui n’ont pas vécu passionnément ce grand événement ».

Une saine herméneutique

Il a rappelé la formule de Jean-Paul II : le concile constitue pour l’Eglise du troisième millénaire « une boussole sûre », à condition ajoute-t-il en citant Benoît XVI, qu’il soit « lu à la lumière d’une saine herméneutique, ce qui est un mot difficile pour le grand public ».

« L’herméneutique, a-t-il ajouté immédiatement, c’est l’art de lire la parole de toujours – la Parole de Dieu ou le magistère, la parole de l’Eglise - en tenant compte de l’actualité du destinataire : celui qui parle, qui proclame la parole, doit prendre compte la réalité présente du destinataire, de celui qui la reçoit ».

Mais, avertit le patriarche, allant au-devant d’une objection : « cela ne change pas le message » ! Mais il s’agit de présenter le message  - du concile en l’occurrence - comme quelque chose de compréhensible pour la jeunesse d’aujourd’hui, 50 ans après », de façon à ce qu’ils « puissent le recevoir et le percevoir comme une parole pour eux ».

Le patriarche rappelle que le pape Benoît XVI a lui-même « indiqué quelques éléments fondamentaux de cette herméneutique » et « tout d’abord, le courage de continuer une lecture attentive de la réalité humaine : si je veux annoncer, je dois moi-même l’accueillir avec une nouvelle ardeur, a dit Jean-Paul II, c’est-à-dire avec un cœur qui se laisse émouvoir pour pouvoir comprendre à qui je m’adresse ».

Générosité et courage

Le pape a voulu aussi « mettre en valeur la nouvelle évangélisation  par un synode ». Pourquoi ? Parce que, répond le cardinal Policarpo, le pape veut éviter que ce thème s’enlise en quelque sorte dans une « bureaucratie normale de l’Eglise », et il veut  « garder ce défi de la nouveauté, de la générosité et du courage de chercher un chemin nouveau pour annoncer l’Evangile aux hommes de notre temps.

Il explique encore le cœur du concile. L’Eglise, dit-il, « prend conscience de ce qu’elle est » dans sa « rencontre vivante avec Jésus-Christ » : elle « se comprend de façon nouvelle », elle se sait « envoyée au monde », « croit que quelque chose de commun existe entre elle et tout homme », en raison de l’incarnation du Fis de Dieu ».

L’incarnation a en effet, ajoute le cardinal portugais, « changé profondément la destinée de chaque homme, indépendamment du fait qu’il soit croyant ou qu’il n’ait pas de religion ». Ainsi, « profondément unie au le Christ, l’Eglise sait qu’elle est capable d’aller à la rencontre  du monde, qu’il y a quelque chose de commun entre tous les hommes, toute société, et qu’elle peut garder espoir et capter des signes du Royaume de Dieu dans la structure même du monde ».

Universalité du Peuple de Dieu

Le message de l’Eglise est fait de « simplicité dans la foi » et ce n’est « pas seulement une question rationnelle » mais il saisit « tout mon être et tout d’abord il touche mon être », confie le patriarche.

Enfin, il rappelle que le Concile a insisté sur « l’universalité du peuple de Dieu » et  il invite à regarder avec un « regard actuel »,  50 après, ce que le concile disait de la « famille universelle du peuple de Dieu », et notamment à « faire l’effort de ne pas identifier l’humanité actuelle avec l’Occident : l’humanité est complexe ».

Il confie qu’il a été profondément touché à chaque fois qu’il a rencontré des chrétiens autour de l’eucharistie : un dimanche de Pâques à Shanghai, ou en Inde, en Indonésie, en Amérique latine, en dépit des grandes différences de traditions, de cultures, de langues.

Il était ému, dans  sa « carapace occidentale » d’être « frère avec ces hommes et ces femmes d’autres langues et d’autres cultures » et percevait cette « grande joie d’être ensemble pour célébrer » le Christ.

Enfin, il fait remarquer dans, dans toutes les églises de son diocèse, on s’efforce d’être continuellement attentif aux Eglises des pays en développement, de façon spéciale, évidemment, aux pays lusophones, mais « pas exclusivement ».