L’anthropologie de la relation homme-femme

Au cœur des travaux du Congrès international sur la femme au Vatican (7-9 février)

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ROME, Vendredi 15 février 2008 (ZENIT.org) - Jean-Paul II, avec sa lettre apostolique Mulieris dignitatem, et sa vision de la femme à l'image de Dieu, a créé un ‘avant' et un ‘après' dans l'Eglise.

C'est ce qu'a affirmé la théologienne espagnole Blanca Castilla de Cortázar, lors du congrès sur la femme, organisé à Rome, du 7 au 9 février, par le Conseil pontifical pour les laïcs, sur le thème « Femme et homme, l'humanum dans son intégralité ».

« C'est la première fois que dans le magistère on affirme explicitement que la femme, en tant que femme, est à l'image de Dieu », affirme-t-elle en se référant au texte que le pape Jean-Paul II a écrit il y a vingt ans.

« Le corps sexué est l'image de Dieu », dit-elle, qui « créa l'homme et la femme » (Genèse 1, 27) : « le corps est l'expression de ce que la personne est dans son être le plus intime », a-t-elle ajouté.

Blanca Castilla de Cortázar, professeur de théologie à l'Institut Jean-Paul II de Madrid, a affirmé que « la théologie de l'image manifeste dans les versets bibliques ‘il créa l'homme et la femme', la nature de l'homme comme un être rationnel et libre ».

D'où le thème de son intervention « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il créa l'homme et la femme ».

« La grande nouveauté de Jean-Paul II, souligne-t-elle, est la dimension rationnelle inscrite dans l'être humain. Une relation qui suppose la parfaite égalité », précise-t-elle.

« La manière de procréer, ajoute-t-elle, présente de manière plastique la maternité comme une relation différente de celle de la paternité : l'homme en se donnant, sort de lui-même et en sortant de lui-même se donne à la femme, et son don reste en elle : la femme le fait sans sortir d'elle-même, mais plutôt en accueillant en son sein ».

Ces deux façons de se donner sont complémentaires : « l'homme sans la femme ne saurait où aller et la femme sans l'homme ne saurait qui accueillir : la différence de ces deux rapports réside dans leur manière d'être l'un vis-à-vis de l'autre. C'est ce qui crée cette possibilité d'unité entre les deux ; si les deux suivaient la même orientation, ils avanceraient parallèlement sans se rencontrer ».

C'est pourquoi « la manière d'aimer et de se donner aux autres fonctionne de manière sponsale, l'ouverture relationnelle est structurée de manière sponsale », affirme-t-elle.

Blanca Castilla rappelle dans son intervention que la lettre Mulieris Dignitatem est un document qui parle de la femme mais en se référant à une anthropologie et à la théologie.

« L'image de Dieu est présente dans chaque individu mais elle l'est aussi dans la manière de vivre de chacun ; la relation ouvre à l'amour et rend possible la communion entre les personnes. Ceci fait partie de l'image de Dieu, mais constitue aussi la plénitude de cette image ».

« Quand on dit que l'homme ne peut vivre seul mais dans l'unité des deux, c'est quelque chose que l'on voit de façon très claire dans le mariage, et qui s'est ensuite réalisé, au fil de l'histoire et de la construction du monde, dans l'Eglise même, sous différentes formes, de sorte que la dualité est toujours présente comme source de fécondité », a souligné Blanca Castilla en marge de la conférence.

« Jean-Paul II dit que l'image de Dieu est une image trinitaire. Cela veut dire que pour découvrir à fond l'originalité de la différence entre l'homme et la femme il faut se concentrer sur le fait que Dieu a une différence au sein même de la Trinité qui ne brise pas cette égalité, une affirmation qui peut apporter des éléments en plus à tous les traités de théologie dogmatique ».

L'analogie sponsale, semble-t-il, a toujours été « hiérarchisée » (l'époux était toujours Dieu ou le Christ et l'humanité l'épouse) ; alors vraiment, si l'époux ou l'épouse sont les archétypes du masculin et du féminin, ils mériteraient d'être réinterprétés à partir de l'Imago Trinitatis. Ceci permettrait d'apporter un éclairage en matière d'ecclésiologie, sur pratiquement tous les traités de la Trinité », a expliqué la théologienne espagnole.

Évoquant ensuite d'autres points soulevés durant les travaux du congrès, Blanca Castilla a mis l'accent sur le fait que « la philosophie occidentale est fondée sur la priorité du un monolithique différencié sans laisser de côté le deux ; raison pour laquelle lorsque les hommes parlent des femmes ils le font en les sublimant ou en les subordonnant, mais la différence n'est jamais au même niveau et les femmes, pour affermir leur identité, n'ont pour alternative que celle d'imiter ou de supplanter, d'ôter l'autre pour pouvoir entrer ou annuler la différence. Et ceci constitue, au fond, un déficit philosophique ».

Pour corriger cette « cosmovision centrée sur le un il faudrait développer une philosophie où la dyade serait possible ».

En ce sens, la théologie souhaiterait « une dyade avec une coexistence pacifique à l'image de la triade divine ».

Blanca Castilla dénonce par ailleurs l'apparition aujourd'hui d'une « idéologie tendant à faire croire que la différence est une différence insignifiante ou que l'on peut en disposer comme on veut, sans tenir compte du fait que l'être humain a quelque chose de reçu dans la mesure où personne ne s'est fait seul ».

« La chose la plus terrible qui puisse arriver à l'homme est d'avoir la liberté sans avoir un projet, sans avoir un endroit où aller, sans avoir quelque chose à réaliser. La dignité humaine qui se manifeste aussi dans le corps et dans la sexualité (dans l' « être homme » et dans l' « être femme ») n'est pas une limite que je peux manipuler avec ma liberté, mais une partie d'une chose que j'ai reçue et qui, en la réalisant de manière digne, me permet d'atteindre le bonheur ».

Le bonheur, conclut la théologienne espagnole « est au fond ce que tout le monde veut » et que « l'on peut atteindre en ne pensant pas à soi, mais en pensant de manière désintéressée »: « l'homme et la femme ont une manière de se donner aux autres différente et complémentaire, devenant ainsi source d'attraction mais surtout source de fécondité ».

Miriam Díez i Bosch