L'appel de Mère Teresa et de Chiara Lubich, par le card. Antonelli

Prix européen pour la vie Mère Teresa de Calcutta à la mémoire de Chiara Lubich

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ROME, jeudi 15 décembre 2011 (ZENIT.org) – « L’appel de Mère Teresa et de Chiara Lubich au respect de la vie et à l’amour est aujourd’hui plus que jamais actuel. Il nous défie de sortir de l’indifférence et de la résignation, et d’agir avec confiance selon nos possibilités », a déclaré le cardinal Ennio Antonelli président du Conseil pontifical pour la famille, à l’occasion de la remise du Prix européen pour la vie “Mère Teresa de Calcutta” à la mémoire de Chiara Lubich, en l’anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme (10.12.1948), à Rome, au Capitole, siège de la municipalité, samedi dernier, 10 décembre 2011. A cette occasion, les mouvements pour la vie de 14 pays européens s’étaient rassemblés à Rome (cf. Zenit des 7 décembre et 11 décembre 2011).

Voici notre traduction intégrale du discours du cardinal Antonelli, prononcé en italien :

Je salue avec respect et amitié le maire Gianni Alemanno, les autorités, les rapporteurs, toutes les personnes présentes. Je me sens honoré de remettre le prix européen pour la vie “Mère Teresa de Calcutta” à la mémoire de Chiara Lubich.

J’étais présent au Capitole le 22 janvier 2000, lorsque la citoyenneté honoraire de Rome a été remise à Chiara par le maire lui-même, Francesco Rutelli, qui l’avait accordée quatre ans plus tôt à Mère Teresa. A cette occasion, en parlant de Mère Teresa, Chiara l’a appelée “ma grande amie”. En réalité, entre elles, au-delà des moments de rencontre et de collaboration, il y avait une communion spirituelle intense, et même une participation analogue pendant de longues périodes, à la passion intérieure de Jésus Crucifié, à travers l’expérience mystérieuse de se sentir abandonnées et rejetées par Dieu: ténèbres et désolation du coeur, don total de soi à Dieu pour le bien des autres, lumière sur le visage et rayonnement de joie autour de soi, proche et lointain.

Mère Teresa et Chiara ont participé ensemble, le 17 mai 1986 au congrès du Mouvement pour la Vie à Florence, et ensemble, elles ont signé l’appel au Parlement européen pour une Charte des droits de l’enfant avant et après la naissance. Toutes les deux, en gestes et en paroles, avec passion, lucidité et force, elles sont intervenues de nombreuses fois pour la défense de la vie humaine de sa conception à sa mort naturelle. Je me permets d’extraire maintenant de leurs discours quelque idée et quelque fragment qui permette à ces deux grandes amies de parler une fois encore ensemble.

Ecoutons Mère Teresa dans un discours tenu à Milan le 23 avril 1977. “Ceux qui ne sont pas voulus, ceux qui ne sont pas considérés, ceux qui sont méprisés, ceux qui ne comptent pas, sont les plus pauvres d’entre les pauvres.” Nous sentons vibrer dans ces paroles le coeur de la missionnaire de la charité, qui prend sur elle le poids de la souffrance humaine. Pour elle, être pauvre ne signifie pas seulement la privation de biens matériels, mais aussi, et plus radicalement, être refusé et marginalisé par la société humaine. Pauvres sont les misérables qu’elle et ses soeurs recueillent “dans les rues de Calcutta, de Rome et de n’importe quel autre endroit”; mais aussi les enfants victimes de l’avortement. “S’il n’est pas voulu, dit-elle, l’enfant à naître est la créature la plus abandonnée et il doit mourir parce que les gens, vous et moi, nous avons peur de nourrir, d’éduquer, de vêtir, une créature de plus”. Dans un autre sens, mais à ses yeux plus tragique encore, sont pauvres ceux qui ne respectent pas, ne défendent pas la vie, que ce soient des personnes ou des peuples. “Ces Nations, affirme Mère Teresa, sont les plus pauvres parmi les pauvres, parce qu’elles n’ont pas le courage de s’occuper d’une vie de plus”. Il me vient en mémoire ce reproche célèbre et sincère de saint Basile à l’homme avare: “Tu es vraiment pauvre, et même dépourvu de tout vrai bien. Tu es pauvre d’amour, pauvre en humanité, pauvre de foi en Dieu, pauvre d’espérance dans les réalités éternelles” (De l’avarice, 6). Mère Teresa cherche à secouer les consciences et l’opinion publique par son cri passionné: “Si vous avez peur de l’enfant qui va naître, donnez-le moi, j’en prendrai soin; et Dieu prendra soin de lui” (Florence, 13 mai 1981).

A l’occasion de la béatification de Mère Teresa, le 19 octobre 2003, Chiara Lubich a déclaré: “Mère Teresa a réalisé en plénitude ce que le Pape définit comme “le génie féminin” …Pour nous, c’est un modèle. C’est une maîtresse éminente dans l’art d’aimer”. On peut dire la même chose de Chiara elle-même, même si sa personnalité est très différente. Ses discours pour défendre la vie sont plus articulés et plus raisonnés, mais ils expriment la même conviction et la même détermination.

Dans son discours tenu à Rome le 10 mai 1981, à l’approche du referendum sur l’avortement, elle commence sa réflexion sur ce thème par ces paroles: “Nous voudrions avoir une pensée claire, surtout nous les croyants, l’idée de Dieu sur ce sujet. Et j’en suis sûre, c’est une pensée qui ne peut laisser indifférent même celui qui ne croit pas… La pensée de Dieu: comment la comprendre, au moins par intuition? Avant tout, en lisant les livres sacrés. Ils s’ouvrent comme un hymne à la vie”. Chiara continue en passant en revue la Sainte Ecriture, la Tradition de la foi, le Magistère de l’Eglise. Puis elle passe à une considération sur les découvertes scientifiques qui confirment que l’embryon est une vie distincte de celle de la mère, dès la conception, un nouvel être humain: personne n’a sur lui de droit de propriété; mais il est le sujet de droits inviolables. Enfin, elle fait appel à l’amour, seule énergie capable d’ouvrir les yeux et de fortifier la responsabilité; elle invite à diffuser dans la société un courant d’amour. “C’est le vieil homme qui, avec son égoïsme, qui doit être supprimé en nous par la vie de l’amour. C’est à cela que nous devons viser, pour voir se lever cette civilisation de l’amour chère au pape Paul VI, et à Jean-Paul II. Et avec elle, une nouvelle civilisation de la vie pourra fleurir”.

En d’autres circonstances, Chiara étend habituellement son attention au respect de la vie humaine à tout âge et contre toutes les formes de violence. “Il ne suffit pas, dit-elle, d’avoir de l’amour pour l’enfant à naître. L’être humain a besoin d’amour à toutes les étapes de son existence, et dans toutes les situations” (Florence, 17 mai 1986). Sa conclusion est toujours la même : “Aimer, donc, aimer, aimer, aimer. Parce que la vie, toute vie, chaque stade de la vie, requiert de l’amour. A la culture de la mort, nous devons opposer la culture de la vie. Oui, aujourd’hui, le monde qui languit souvent par peur de la vie, qui s’agite pour supprimer la vie, a besoin de l’amour, l’urgente nécessité d’une invasion d’ amour” (Ibid.).

L’appel de Mère Teresa et de Chiara Lubich au respect de la vie et à l’amour est aujourd’hui plus que jamais actuel. Il nous défie de sortir de l’indifférence et de la résignation, et d’agir avec confiance selon nos possibilités. Et même dans le milieu politique, il est possible d’obtenir davantage que ce que l’on pense habituellement. Ces derniers jours, pendant l’assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille, on a rappelé que 18 Etats du Mexique sur 32 ont “blindé” leur système juridique contre l’avortement, de même que 31 Etats des Etats-Unis sur 50 ont “blindé” le leur contre le mariage homosexuel. On a en outre rapporté que, selon des études récentes, la majorité des Américains, spécialement des adolescents et des jeunes, sont “pro-life” et que même la majorité des “pro-choice” veulent des restrictions au droit de choisir. Hélas, les grands media sont en train de faire une conspiration du silence à propos des données statistiques qui sont favorables à une culture et à une politique de la vie et de la famille. Dans beaucoup de pays du monde, on est en train d’essayer d’imposer à la majorité de la population une culture minoritaire ou même étrangère. Mais partout se multiplient aussi des signaux encourageants, ils ne manquent pas non plus en Europe et dans les institutions européennes. En tous cas, au-delà des succès et des échecs, c’est la dignité de la personne humaine qui doit faire s’engager les hommes de bonne volonté; c’est la foi en Dieu, qui aime la vie, qui doit faire bouger les croyants. Voilà l’exhortation de Chiara Lubich: “C’est de nos convictions, de notre lutte pour la vie que peut dépendre demain l’existence de nouvelles créatures, sur chacune desquelles Dieu a un dessein d’amour unique. Comportons-nous de façon à ce qu’Il puisse nous dire un jour: j’étais menacé, j’étais sans défense, j’étais dans le collimateur de tes frères et tu m’as sauvé la vie”.


Cardinal Ennio Antonelli
Président du Conseil pontifical pour la famille

Traduction de Zenit (Anita S. Bourdin)