L'artiste, « témoin privilégié de la beauté de la foi »

Message de Benoît XVI aux Académies pontificales

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Anne Kurian

ROME, jeudi 22 novembre 2012 (ZENIT.org) – L’artiste est « témoin privilégié de la beauté de la foi ». Il participe, « avec sa contribution spécifique et originale, à la vocation et la mission de l’Eglise ».

C’est le message de Benoît XVI, lu par le cardinal Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, aux participants de la XVIIe séance publique des académies pontificales, organisée par l’Académie pontificale "des Beaux-arts et des Lettres des virtuoses au Panthéon" hier, 21 novembre 2012, à Rome, sur le thème "Pulchritudinis fidei testis. L’artiste, comme l’Eglise, témoin de la beauté de la foi".

Le pape appelle les participants à une « valorisation toujours plus adéquate du patrimoine historique et artistique extraordinaire de l’Eglise, témoignage éloquent de la fécondité de la rencontre entre la foi chrétienne et le génie humain ».

Témoin privilégié de la beauté de la foi

L’artiste, déclare-t-il, est un « témoin, d’une certaine façon privilégié, de la beauté de la foi ». Il participe, « avec sa contribution spécifique et originale, à la vocation et la mission de l’Eglise », surtout lorsqu’il « réalise des oeuvres d’art directement liées à l’expérience de foi et au culte, à l’action liturgique de l’Eglise », ajoute le pape.  

Il cite à ce propos, le P. Giovanni Battista Montini, futur Paul VI, qui écrit pour le premier numéro de la revue Arte Sacra (juillet-septembre 1931) : « le véritable art sacré naît de l’artiste pieux et croyant, priant, désireux, qui veille dans le silence et dans la bonté, en attente de sa Pentecôte… Il revient aux artistes chrétiens de préparer par leurs œuvres un état d’esprit où se ressaisit en Christ notre unité spirituelle, aujourd’hui déchirée ; l’unité qui réconcilie en harmonie l’impression et l’expression; le monde interne et l’externe; l’esprit et la matière; l’âme et la chair; Dieu et l’homme ».

Benoît XVI invite donc à « réaffirmer et à manifester » cette mission dans toutes les expressions artistiques, « sans faire abstraction de l’expérience de la foi », mais au contraire en « se confrontant librement et ouvertement avec elle, pour en tirer inspiration et contenu ».

Pour le pape, la beauté de la foi « ne peut jamais être un obstacle à la création de la beauté artistique, car elle en constitue en quelque sorte la sève et l’horizon ultime ».

Dans ce cadre, le véritable artiste est même le « gardien de la beauté du monde », selon les mots du Concile Vatican II : « grâce à sa sensibilité esthétique particulière » et à son « intuition », il peut « cueillir et accueillir plus en profondeur que les autres la beauté propre de la foi, et ensuite la ré-exprimer et la communiquer avec son langage personnel ».

L’Eglise et les artistes

D’ailleurs, rappelle Benoît XVI, la « grande aspiration » de Vatican II a été de « re-proposer à tous les fidèles la force et la beauté de la foi », tout comme l’Année de la foi ouverte le 11 octobre dernier.

Le Concile Vatican II a donné une « impulsion au dialogue », notamment à travers le « Message aux artistes ». Puis l’Eglise a poursuivi sur ce chemin, avec le bienheureux Jean-Paul II et sa Lettre aux artistes (1999) où il affirme : «Toute forme authentique d'art est, à sa manière, une voie d'accès à la réalité la plus profonde de l'homme et du monde. Comme telle, elle constitue une approche très valable de l'horizon de la foi, dans laquelle l'existence humaine trouve sa pleine interprétation. Voilà pourquoi la plénitude évangélique de la vérité ne pouvait pas ne pas susciter dès le commencement l'intérêt des artistes, sensibles par nature à toutes les manifestations de la beauté intime de la réalité.» (n. 6).

Puis Benoît XVI à son tour a rencontré des délégations d’artistes dans la Chapelle Sixtine le 21 novembre 2009. Il leur avait adressé un « appel intense », en réaffirmant la volonté de l’Eglise de « retrouver la joie de la réflexion commune et d’une action en accord, afin de mettre à nouveau au centre de l’attention, autant dans la communauté ecclésiale, que dans la société civile et dans le monde de la culture, le thème de la beauté ».

Impliquer toutes les dimensions de l’humanité

Dans son message à nouveau, le pape invite les artistes chrétiens et « tous ceux qui s’ouvrent au dialogue avec la foi », à « faire en sorte que leur parcours artistique puisse devenir et se montrer d’une manière de plus en plus lumineuse, comme un itinéraire intégral, dans lequel toutes les dimensions de l’existence humaine sont impliquées », de façon à « témoigner efficacement de la beauté de la foi en Christ, image de la gloire de Dieu qui éclaire l’histoire de l’humanité ».

Benoît XVI encourage particulièrement les « jeunes artistes », qui veulent « offrir leur contribution à la promotion et la réalisation d’un nouvel humanisme chrétien à travers leur recherche artistique ».

Il souhaite enfin à tous les universitaires « un engagement toujours plus passionné dans leurs domaines respectifs d’activité ».  

Les travaux de la séance ont été introduits par le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture et du Conseil de coordination entre les Académies pontificales.

La séance a été également l’occasion d’établir officiellement les Président, Secrétaire et universitaires de la nouvelle Académie pontificale Latinitas (cf. Zenit du 10 novembre 2012) ainsi que de remettre le « Prix des Académies pontificales », à ex aequo, à une sculptrice polonaise, Anna Gulak, et à un peintre espagnol, David Ribes Lopez et la « Médaille du Pontificat » au jeune sculpteur italien Jacopo Cardillo.