« L'audace missionnaire » : et aujourd'hui ?, par le card. Filoni

Inauguration de l'exposition « Missions du Toit du Monde » à Paris

| 954 clics

Anne Kurian

ROME, mercredi 3 octobre 2012 (ZENIT.org) – Aujourd’hui, « quiconque se consacre à l’évangélisation a besoin d’une nouvelle audace, d’une nouvelle ardeur et d’un nouvel engagement », souligne le cardinal Filoni.

Le cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, a prononcé une conférence sur "L'audace Missionnaire ", le 29 septembre 2012, aux Missions étrangères de Paris (MEP), à l'occasion de l'inauguration de l'exposition: « Missions du Toit du Monde ». On peut retrouver la conférence dans son intégralité sur le site des MEP.

Evoquant l'histoire des missionnaires des MEP, le cardinal a estimé que « ces pionniers de Dieu vivaient l’audace, l’aventure, la foi, la passion, de façon absolument unique ».

Mais aujourd’hui, s’est-il interrogé, « pouvons-nous encore parler d’audace missionnaire ? Pouvons-nous simplement parler d’audace ? ». Si oui, a-t-il ajouté, « de quelle audace s’agit-il et en quoi consiste-t-elle, étant donné que les voyages se sont simplifiés, que les contacts se multiplient sur le web, les territoires ne sont plus inconnus ? »

« Les médias, les communications immédiates et directes, les migrations, le tourisme ont créé de nouvelles frontières », a-t-il constaté, et invitent à s’interroger sur « la mission aujourd’hui et sur le type d’audace dont il est nécessaire de parler aujourd’hui ».

Les pays de « vieille chrétienté » vivent « une rapide diminution des missionnaires », une « crise des vocations », tandis que ceux d’Afrique, d’Asie et d’Océanie connaissent « l’abandon de leurs tradition ».

Il y a deux facteurs « immuables et intrinsèques » de la mission, a-t-il rappelé : le message et l’homme.

Le message est « toujours le même », a-t-il fait observer : « Dieu a tant aimé l’homme, sa créature, qu’il l’a voulue aussi sauvée », envoyant son Fils qui a pris la condition humaine et s’est « offert en victime d’holocauste sur la Croix ». En ce sens, « le Christ est le premier Missionnaire ».

Le deuxième facteur qui doit pousser à l’audace missionnaire c’est « l’homme, quels que soient sa race et sa condition, le lieu et le temps » : « Cinq milliards de personnes espèrent cette bonne nouvelle et des millions de baptisés attendent une nouvelle annonce de l’Evangile », a insisté le cardinal.

C’est pourquoi « quiconque se consacre à cette évangélisation a besoin aujourd’hui d’une nouvelle audace, d’une nouvelle ardeur et d’un nouvel engagement ». Le cardinal a suggéré à ce propos que « l’Année de la foi et le prochain Synode sur la nouvelle évangélisation » inviteront à réfléchir à cela.

Nouvelles formes de présence missionnaire

Hier, « l’audace missionnaire impliquait le courage, la force spirituelle et physique, la disponibilité jusqu’à la mort, la connaissance et l’étude, et tout cela sans aucune facilitation », a-t-il souligné : aujourd’hui, « le changement est énorme », « la dynamique missionnaire a bien évolué ».

En l’occurrence, alors que « les Eglises issues de l’« audace » d’autrefois étaient dirigées par un personnel et des évêques occidentaux », aujourd’hui dans les Eglises en Afrique, Asie et Océanie, « les évêques et les prêtres sont majoritairement indigènes, les séminaires sont riches de vocations autochtones, les œuvres éducatives et sociales répondent à des administrateurs locaux », et « même les instituts missionnaires occidentaux, pour hommes et pour femmes, accueillent du personnel indigène pour continuer leur propre activité ».

Le cardinal a vu dans cette situation « un épuisement historique de cette audace », mais en même temps « la naissance de nouvelles formes de présence missionnaire liée, par exemple, à un laïcat plus conscient de son rôle missionnaire, avec une sensibilisation au niveau des jeunes, des familles, des professionnels et pourquoi pas des personnes du troisième âge prêtes à donner quelques années de leur propre vie comme missionnaires ».

Hommage aux MEP

Pour illustrer son propos sur l’audace, le cardinal s’est arrêté sur le cas du Tibet, un pays où la mission est difficile « non seulement aujourd’hui, mais depuis les premières tentatives de son évangélisation ». Il a donc souligné la « nécessité d’y envoyer des hommes de foi au caractère trempé, animés d’un zèle apostolique ardent et enthousiastes de leur mission ».

Evoquant longuement l’histoire des premiers missionnaires au Tibet, au XVIe siècle, le rôle de la « Propaganda Fide », le cardinal a rendu hommage aux MEP, qui « dans leurs quatre siècles d’histoire, n’ont pas manqué de répondre à l’invitation de Jésus de préparer et envoyer des ouvriers à la Vigne du Seigneur ».

Pour le cardinal en effet, l’histoire des MEP « est très riche d’audace missionnaire, de sueur et de sang versé pour l’implantatio Ecclesiae » aussi bien au Tibet, que dans d’autres régions de l’Asie, depuis l’Inde jusqu’au Japon, de la Corée jusqu’à la Malaisie, du Myanmar au Cambodge, de la Chine au Vietnam et au Laos.

La vie de ces missionnaires, spécialement, au Tibet, « fut remplie d’exils, de destruction, de reconstruction, de meurtres violents et cruels », a-t-il estimé, citant notamment « la révolte des Marches Tibétaines de 1905 ».

Aujourd’hui, « même pour les Missions Etrangères de Paris », il s’agit de « trouver des chemins nouveaux pour que dure l’aventure du Christ dans le monde » et que « soit entendu, aujourd’hui comme hier, le mandat du Ressuscité: «Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création» (Mc 16,15) ».