L'avancée du dialogue oecuménique grâce à Benoît XVI (I/II)

Diagnostic de Mgr Bruno Forte

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 1385 clics

Si l’œcuménisme avance c’est aussi grâce à un pape comme Benoît XVI qui est en train de réformer l’Eglise en cohérence avec les enseignements du concile Vatican II, estime Mgr Bruno Forte, évêque et théologien, artisan et expert de l’œcuménisme.

Mgr Forte, qui est l’archevêque de Chieti-Vasto, dans la région des Abruzzes et du Molise, en Italie, vient d’effectuer sa visite ad limina avec le groupe d’évêques de cette région. Zenit a eu l’occasion de le rencontrer et de faire avec lui  un état des lieux de la situation œcuménique, à la lumière de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens (18-25 janvier).

Zenit - Excellence, comment se porte l’œcuménisme, 50 ans après le concile Vatican II?

Mgr Bruno Forte - Le bienheureux Jean XXIII, dans son discours d’ouverture au Concile (11 octobre 2012), en soulignant l’importance de vaincre la méfiance et de regarder avec foi l’action de Dieu dans l’histoire, a mis en évidence la grande priorité du concile : l’unité des baptisés. Mais, naturellement, l’unité entre tous les chrétiens n’est réalisable que s’il existe, à la base, une profonde unité avec Dieu. En un certain sens, l’œcuménisme n’est pas la conversion d’une Eglise à l’autre mais la conversion de tous les baptisés au Christ.

Je vois dans le magistère de Benoît XVI une profonde continuité avec l’enseignement du concile. J’estime que ce pape est un réformateur et, il l’est précisément sur le point fondamental proposé par le concile, c’est-à-dire la foi. Il appelle l’Eglise à se renouveler non pas en procédant à un simple « ajustement de ses structures » mais en revenant au Christ, en affirmant son primat absolu et en vivant dans ses pas, en étant les témoins du Christ. Plus l’Eglise réalisera ce programme, plus nous pourrons dire que le processus œcuménique est en croissance.

Une seconde considération concerne les différences entre les Eglises : s’il est arrivé parfois que le fruit des dialogues n’ait pas eu pour effet – comme certains un peu naïvement espéraient – le déclenchement immédiat d’une réunification ou, du moins, d’un fort rapprochement, c’est aussi parce que la réflexion sur la vérité amène également à connaître les différences. Naturellement, à la lumière de l’esprit et de la foi, savoir reconnaître ces différences ne doit pas seulement servir à les fixer dans la mémoire comme étant  des éléments insurmontables mais à comprendre s’il n’y a pas, malgré ces différences,  qui doivent être vues avec une extrême lucidité et clarté, une source d’unité plus profonde qui, au niveau doctrinal aussi, peut être découverte.

Quels sont les résultats, par exemple, pour le dialogue avec les Eglises orthodoxes?

La Commission mixte pour le dialogue théologique entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe, dont je suis membre, a produit en 2007 le Document de Ravenne où, pour la première fois, toutes les autocéphalies orthodoxes ont reconnu que le principe fondamental de l’ecclésiologie orientale exprimé dans les canons des Apôtres au n°21 (pour qu’il y ait Eglise il faut un premier et un chef). Ce principe, que les Eglises orthodoxes ont toujours appliqué au niveau de l’Eglise locale (à la base, il y a l’évêque, puis le métropolite et enfin, au sommet, le patriarche), a été appliqué aussi au niveau universel. Il faut un primat et un chef au niveau universel, qui puisse être la voix de toute l’Eglise, et ce premier chef – nos frères orthodoxes le reconnaissent aussi – ne peut qu’être l’évêque de Rome, car Rome est la première de la « pentarchie »,  soit la première des cinq grandes Eglises patriarcales du monde antique.

Bien que ce dialogue ait eu des contrecoups à la base – certaines communautés orthodoxes ont accusé leurs patriarches d’être trop condescendants envers Rome – c’est un cheminement fondé sur une grande écoute réciproque de Dieu, et l’engagement œcuménique a besoin du soutien de la charité.

Au début de son pontificat, Benoît XVI a été perçu comme un pape qui aurait freiné le dialogue œcuménique, mais il a bien dit que l’unité des chrétiens serait une priorité de son pontificat…

Tout d’abord il nous faut souligner le rapport profond qui unit le magistère de Benoît XVI au concile Vatican II. Lui qui fut consultant théologique au Concile, a réaffirmé plusieurs fois, que Vatican II – comme disait aussi le bienheureux Jean Paul II – reste la « boussole de notre temps ».

C’est un pape qui veut relancer Vatican II mais qui veut le faire de manière juste, c’est-à-dire en ne se mettant pas dans une sorte contraposition superficielle entre « rupture » et « continuité », presque comme si le concile fut un élément de déchirement et de rupture avec la grande tradition catholique. Il veut au contraire montrer comment l’Esprit, durant le concile, a agi dans l’Eglise pour que celle-ci, fidèle à son identité et à son principe, qui est le Christ vivant, puisse se renouveler et annoncer l’Evangile de manière compréhensible pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui.

C’est dans cet esprit que la cause de l’unité des chrétiens s’est faite, et que le pape Benoît XVI poursuit de manière convaincue, comme le montrent toutes les initiatives de son pontificat, et toutes les occasion où il a déclaré que l’œcuménisme n’est pas qu’une activité parmi d’autres mais une dimension fondamentale de la vie de l’Église.

 Plutôt que de penser alors, comme certains sembleraient vouloir laisser étendre, à une sorte  de changement par rapport  aux intuitions du concile, en matière d’œcuménisme, le pape représente un approfondissement, ce qui est bien diffèrent. Il s’agit donc d’accueillir les grandes acquisitions du concile et de les ramener à leur racine la plus profonde qui est, précisément, une vision trinitaire de l’Eglise, une vision qui trouve sa source dans la Trinité.

Dans la Trinité, il y a trois personnes en une, mais chacune est soi-même, c’est pareil pour l’Eglise : l’unité profonde qui anime l’Eglise catholique se réalise dans la variété profonde des églises particulières, ou plutôt dans la dimension historique de cet unique mysterium ecclesiae.

Il ne faut pas avoir hâte d’accomplir des pas  compromissoires mais avoir la confiance et l’espérance d’un chemin qui conduise à la pleine réalisation du projet de Dieu. Dans cette optique le magistère de Benoit XVI peut être saisi dans tout son potentiel de profondeur et de richesse dans la continuité avec le message du Concile Vatican II.

[La seconde partie de l’entretien avec Mgr  Bruno Forte sera diffusée lundi prochain, 21 janvier]