L'économiste J.Y Naudet évoque l’importance de la gratuité dans l’économie

« La logique du don et de la gratuité dans l’économie selon 'Caritas in Veritate' »

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ROME, Vendredi 22 avril 2011 (ZENIT.org) - L'économiste Jean-Yves Naudet, président de l'Association des Economistes catholiques (AEC) a rappelé avec force l'importance de la gratuité et du don dans le champs de l'économie, dans une interview publiée par le site www.libertepolitique.com.

Jean-Yves Naudet interviendra le 30 avril prochain à Paris lors d'un colloque organisé par l'AEC et la Fondation de Service politique sur le thème : « La logique du don et de la gratuité dans l'économie selon Caritas in Veritate ».

« On ne peut pas créer de confiance dans l'économie sans relations de gratuité », affirme-t-il dans cette interview en évoquant, après Centesimus annus de Jean-Paul II, la position de Benoît XVI développée dans sa dernière encyclique parue en 2009.

« Benoît XVI s'engouffre dans une brèche ouverte par Jean-Paul II, affirmant que le don pouvait aussi s'appliquer à l'économie (sujet de ce colloque) et à la politique (vue comme le service du bien commun) », explique-t-il.

« Il y a une unité de la personne humaine. En affirmant que la question sociale (et donc la doctrine sociale de l'Église) est radicalement anthropologique, Benoît XVI signifie qu'elle concerne l'homme tout entier, dont les vertus doivent être les mêmes dans tous les domaines : on ne peut découper l'homme en tranches suivant le domaine où il agit, et, pour les croyants, être chrétien seulement le dimanche ».

Dans cette interview, l'économiste français rappelle que la logique du don est compatible avec celle de l'échange « qui caractérise l'économie ».

« On peut chercher à bien gérer, à dégager un profit (condition de la survie de l'entreprise) et le faire dans le respect des hommes, de leur dignité, de leurs droits fondamentaux, de la morale naturelle », affirme-t-il.

Il ajoute : « être attentif aux dimensions humaines ; aux détresses personnelles et sociales ; savoir aller au delà de l'obligation légale, puisque par nature, la morale est ce qui va plus loin que la loi ; renoncer à une rémunération élevée, quand on a mal géré et provoqué des drames humains, même si l'on a le droit avec soi, devrait être un réflexe élémentaire; c'est aussi une forme de gratuité ».

« Cela rejoint aussi la différence sur laquelle insiste Benoît XVI entre la justice (rendre à l'autre ce qui est sien, par exemple un juste salaire) et la charité (donner à l'autre ce qui est mien). Ici, le don n'est pas uniquement financier et il est parfois plus important - et plus dur - de donner de son temps que de son argent ».

Jean-Yves Naudet rappelle enfin qu'il faut plus que « le simple donnant-donnant du contrat pour créer du lien social, y compris dans la vie économique ». « D'où cette importance de la réciprocité fraternelle, qui crée la confiance dont le marché lui-même a besoin pour fonctionner, on l'a bien vu avec la crise récente ».

« Comment créer de la confiance sans un minimum de valeurs humaines de gratuité ? », interroge-t-il. « Cela ne condamne pas l'échange, lieu de la rencontre de deux volontés libres. Cela permet de le dépasser, d'aller plus loin, de l'humaniser encore plus ».

Comme le rappelle Benoît XVI, « la cité de l'homme n'est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d'abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion ». « La gratuité et le don comme expression de la fraternité. L'agir gratuit pour tout dire ».