L'écoute et le silence pour comprendre le coeur de l'autre

Mgr Celli évoque le thème de la Journée des communications sociales

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José Antonio Varela Vidal

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, lundi 21 mai 2012 (ZENIT.org) – « C’est dans le silence que j’écoute, c’est dans le silence que je comprends plus attentivement quelles sont les exigences, les souffrances, la recherche de bien et de vrai qui est dans le cœur des autres hommes », déclare Mgr Celli.

Chaque dimanche de l’Ascension du Seigneur (fêtée le jeudi en France, ndrl), l’Eglise célèbre la Journée mondiale des communications sociales. Pour cette année – 20 mai 2012 – le message que le pape a choisi d’adresser à l’humanité s’intitule : « Silence et Parole: chemin d’évangélisation ».

Mgr Claudio Celli, président du Conseil pontifical pour les communications sociales, revient pour Zenit sur l’importance du magistère de Benoît XVI dans ce domaine et les défis de l’Eglise dans l’univers des communications modernes.

Zenit - Excellence, que signifie le terme de « silence » dans le message du pape?

Mgr Celli - Le thème choisi par Benoît XVI pour cette Journée mondiale des communications sociales, s’intéresse aux phénomènes de communication actuels et nous invite à réfléchir sur cet élément fondamental : le silence fait partie intégrante de la communication. C’est pourquoi, lorsque nous voulons que la communication soit authentiquement humaine – c’est-à-dire qu’elle parte d’un homme et s’adresse aux autres hommes – il faut que cette parole transmise se nourrisse de silence pour être plus dense, pour être plus vraie. Car c’est dans le silence que j’écoute, c’est dans le silence que je comprends plus attentivement quelles sont les exigences, les souffrances, la recherche de bien et de vrai qui est dans le cœur des autres hommes.

Le message dit que nous devons savoir écouter. Comment nous mettre à l’écoute aujourd’hui?

Je crois que cette dimension est vraiment caractéristique du pape Benoît XVI. Quand nous lui avons proposé d’ouvrir une page vaticane sur YouTube, le pape a tout de suite accepté. Il a voulu être présent là où les hommes d’aujourd’hui se trouvent. Nous avons tous conscience  de ce développement immense et rapide du réseau social. Aujourd’hui, selon les statistiques mondiales dont nous disposons, plus d’un milliard de personnes ont un compte sur Facebook. Notre présence dans les réseaux sociaux est, nous semble-t-il, importante car l’homme cherche la vérité, il cherche à donner des réponses aux grandes questions qu’il se pose durant sa vie : qui suis-je ? Quel est le sens de ma vie ? Où vais-je ? Voilà, je dirais que nous avons besoin d’être présents dans ces réseaux sociaux pour être des annonceurs, être des témoins.

Qu’entend le pape par le mot « écosystème » ?

Il existe actuellement un foisonnement de messages, de nouvelles, d’informations et de mots, mais ce ne sont pas tous des paroles authentiques, des paroles « vraies » pour la marche de l’homme. Je crois que lorsque le pape parle d’« écologie » dans le système des communications, cela veut dire faire en sorte que, dans la mesure du possible, les paroles qui forment notre communication soient des paroles vraies, authentiques, des paroles respectueuses de la dignité de l’homme qui les prononce et respectueuses de l’homme qui les reçoit.

 
Quelles devraient être les caractéristiques fondamentales d’un site catholique ?

Je dirais que nos moyens de communication devraient s’accoutumer de plus en plus à la vérité sur l’homme, qui est liée à la vérité sur Dieu. Et aujourd’hui, ceci est un défi pour nous tous, car, lorsqu’il se retrouve dans un univers de communication, l’homme est assailli de messages et d’informations, de propositions de « petites vérités », de vérité avec un petit « v ». Voilà pourquoi, encore une fois, le pape nous invite, par le message de cette Journée mondiale des communications sociales, à savoir discerner. D’où ce besoin de silence, car dans le silence je peux faire un bon discernement et vérifier si ce que j’écoute, ce que je reçois, est vraiment utile pour ma recherche de la vérité.

Vous pensez au risque d’une banalisation de la rencontre ?

Je dirais que cela est un défi pour nous tous. Mon souci est de ne pas banaliser la rencontre, de faire en sorte que chaque rencontre soit toujours riche, constructive, dense d’humanité, car le risque est justement de banaliser nos rapports humains.

Quel sera l’apport principal de votre dicastère aux travaux du synode de la nouvelle évangélisation?

Il consistera à aider justement à comprendre ce que comporte ce nouvel univers de la communication. Depuis quelques temps le magistère pontifical a pris conscience que nous ne parlons plus d’outils de la communication, mais que les nouvelles technologies ont donné naissance à une nouvelle culture, que nous appelons « culture du numérique ». Parler de nouvelle évangélisation sera accepter le défi de ce dialogue respectueux avec la culture numérique et, dans ce contexte, faire en sorte que la parole de Jésus résonne de plus en plus clairement.

Comment se développent les moyens de communication du Vatican dans ces nouveaux espaces numériques ?

Nous avons vécu une expérience formidable avec le message du pape pour le Carême qui a été réduit en 40 tweets,  avec l’accord du Conseil pontifical Cor Unum, et nous avons lancé un tweet par jour que les jeunes ont à leur tour  ‘re-tweetté’ chaque jour. Je pense que jamais un message de carême du pape n’a été aussi connu et diffusé parmi les jeunes.

Notre Conseil aussi, à la demande de la Secrétairerie du pape, a ouvert le nouveau site de news.va; aujourd’hui nous opérons en quatre langues et j’espère que d’ici cet été nous pourrons ouvrir aussi l’édition portugaise. Nous avons normalement près de 10.000 visiteurs chaque jour.

Il existe donc une évangélisation qui passe par le numérique ?

La parole de Jésus doit résonner le plus loin possible. Nous estimons que l’homme, sur les grandes routes du monde de la cybernétique, peut encore retrouver l’amour d’un Dieu qui ne se lasse point de le chercher, car Dieu aime l’homme et Dieu peut transmettre cet amour et rencontrer l’homme d’aujourd’hui sur les sentiers mêmes du monde cybernétique.

Quels sont les projets en cours au sein de votre dicastère ?

Ces projets sont axés surtout sur la formation. Le Conseil pontifical pour les moyens de communication sociale aide des jeunes prêtres de divers pays à entrer dans le monde de la communication et à suivre un doctorat dans les universités pontificales. Puis nous organisons des cours de formation pour les évêques et les religieux. Nous en avons fait un au Brésil l’année dernière. Récemment, je suis allé au Liban pour rencontrer les évêques du Moyen Orient, où nous avons eu un très beau séminaire avec cinquante évêques et de nombreux prêtres, laïcs et religieuses, tous engagés dans le monde de la communication.

Dimanche prochain je partirai pour l’Ukraine où, là aussi, nous aurons des rencontres avec des évêques, des prêtres et des laïcs pour découvrir ensemble, comment l’Eglise doit-elle affronter le défi de la culture digitale et comment, dans ce contexte, la Parole du Seigneur peut-elle résonner.

Pouvez-vous nous parler de la « Table commune » que vous avez créée on line pour partager le matériel ?

Dans les limites du possible, nous essayons d’aider les différentes églises locales à vivre de manière adéquate la Journée mondiale des communications, en faisant en sorte que le message du pape, si éclairant et si riche, puisse être connu le plus possible. Le pape a la capacité de toucher à des thèmes qui ne sont pas toujours faciles, tout en le faisant de manière éclairante, claire. C’est pourquoi nous voulons que son message soit diffusé le plus possible, en mettant en commun les ressources pastorales préparées par les conférences épiscopales et les diocèses ; nous utilisons l'hashtag « Silence2012 » (le hashtag est symbolisé par # et permet d’identifier des messages qui appartiennent à un même thème, sur des réseaux tels twitter, ndlr).

Quel message voulez-vous donner à nos lecteurs au sujet de la communication?

Je pense que le message à donner est celui-ci : vivons avec joie et responsabilité la mission que le Seigneur nous a confiée. Nous ne sommes pas envoyés pour annoncer notre personne, nous sommes appelés à annoncer Jésus Christ, à annoncer son unique parole qui sauve l’homme. Alors nous devons la vivre avec  grande dévotion, et un grand professionnalisme, mais également heureux de pouvoir être les outils de cette annonce de vérité.