L'Église du tablier, l'Église de la tendresse

Le vrai pouvoir est le service

Rome, (Zenit.org) Fr. Emili Turú | 1109 clics

Le frère Emili Turú, supérieur général des Maristes, médite sur l’homélie que le pape François a prononcée lors de la messe d’inauguration de son pontificat, le 19 mars 2013.

L’Église du tablier, l’Église de la tendresse

Le vrai pouvoir c'est le service

Pourquoi le pape a-t-il parlé de la tendresse au début de son pontificat ? Est-ce qu’il n’y avait pas d’autres sujets plus importants et plus urgents à aborder ? À vrai dire, cela n’a pas été sans me rappeler un autre pape, Jean XXIII qui, justement le jour de l’inauguration du concile Vatican II, dans la nuit, comme s’il n’y avait pas d’autres sujets sur lesquels parler, s’est adressé depuis sa fenêtre aux milliers de personnes rassemblées sur la place Saint-Pierre : « Voyez comme la lune est belle ce soir… On dirait que la lune elle-même s’est hâtée ce soir de regarder ce spectacle que la basilique Saint-Pierre elle-même, qui a quatre siècles d’histoire, n’a jamais pu contempler. Ma personne ne compte pas : c’est un frère qui vous parle… En rentrant chez vous, vous trouverez vos enfants. Donnez une caresse à vos enfants, et dites-leur : “C’est la caresse du pape.” Vous trouverez peut-être quelque larme à essuyer ; dites : “Le pape est avec nous, spécialement aux heures de tristesse et d’amertume.” »

Le pape Jean comme le pape François nous rappellent que rien n’est plus urgent et plus indispensable pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui que la tendresse, cette sensibilité qui permet de « protéger la beauté de la création », et « d’avoir du respect pour tous, pour chaque personne, spécialement les enfants, les personnes âgées, tous ceux qui sont les plus fragiles et qui souvent se trouvent à la périphérie de notre cœur ».

D’un autre côté, en écoutant l’homélie du pape, je me suis souvent rappelé l’évêque Tonino Bello (1935-1993), le même qui rêvait d’une Église qui soit « l’Église du tablier » car, disait-il, c’est le seul ornement liturgique que nous puissions attribuer à Jésus : « “Le Seigneur se leva de table, ôta son manteau, et prit une serviette dont il se ceignit” : voilà l’Église du tablier. » J’imagine Tonino Bello souriant, satisfait que son rêve ait été proclamé sur la place Saint-Pierre par un pape en personne : « Le vrai pouvoir est le service… un service humble, concret, riche de foi. »

L’Église du tablier, l’Église de la tendresse. Des milliers de personnes du monde entier ont senti, d’une manière intuitive, bien qu’elles ne sachent peut-être pas l’expliquer, que tel est le chemin à suivre. Leur cœur le leur redit.

Puissions-nous être à la hauteur de ces beaux idéaux que notre frère François a été capable de réveiller de nouveau dans notre cœur.

Fr. Emili Turú