L’Eglise en Irlande appelée à un nouveau départ

Homélie du cardinal Brady le jour de la saint Patrick

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ROME, Jeudi 18 mars 2010 (ZENIT.org) - Le jour de la fête de saint Patrick, célébrée mercredi, l'archevêque d'Armagh, le cardinal Seán Brady a appelé l'Eglise en Irlande à s'assumer la responsabilité des abus commis autrefois par des membres du clergé et à considérer ce moment difficile comme une nouvelle occasion de « départ ».

Dans l'homélie de la messe qu'il a présidée en la cathédrale d'Armagh, le cardinal Brady souligne que « l'Irlande et son peuple ont de quoi être fiers », rappelant « l'énorme contribution de cette nation à la foi et à l'héritage chrétien dans le monde ».

« Il arrive néanmoins que chaque terre et son peuple, passe par des moments de honte », reconnaît-il, expliquant qu' « il y a toujours une tension entre les possibilité auxquelles nous aspirons et nos mémoires blessées et les erreurs du passé ».

Saint Patrick lui-même « a connu cette tension dans sa vie ». Même s'il portait la joie et la vie de l'Évangile au peuple irlandais, il se sentait écrasé par les péchés de son passé, au point de se définir « un pécheur et le dernier de tous les fidèles ».

« Nous vivons tous cette tension entre le fait d'être appelés à suivre Jésus, à vivre ses valeurs, et la réalité de notre nature de pêcheur », a poursuivi le président de la conférence épiscopale irlandaise.

Dans ce contexte, « il n'est de vraie vérité que lorsque l'on reconnaît humblement la pleine vérité de notre péché ».

Le cardinal Brady a ensuite évoqué un « épisode douloureux » de son passé, ressurgi ces derniers jours, après que tant de personnes l'aient accusé d'avoir étouffé un cas de pédophilie commis par un prêtre il y a plusieurs dizaines d'années et demandé ensuite à ce qu'il soit démis de ses fonctions.

En 1975, on lui a demandé, parce qu'il était diplômé en droit canonique, d'interviewer deux adolescents qui déclaraient avoir été victimes d'abus de la part d'un prêtre qui sera ensuite condamné à une peine d'emprisonnement. Les médias lui ont reproché de ne pas avoir signalé le cas aux représentants de la loi mais une déclaration du bureau de presse des évêques irlandais, publiée ce mardi, a rappelé que le jeune père Brady « n'avait aucun pouvoir de décision concernant le résultat de l'enquête. Cette responsabilité appartenait à Mgr McKiernan [son évêque] ». Le père Brady n'a fait que lui transmettre les interviews afin qu'il puisse prendre des mesures.

Dans son homélie, le cardinal présente toutefois ses excuses en disant : « A tous ceux qu'une erreur de ma part aurait pu blessé je demande pardon de tout mon cœur. Je demande pardon aussi à tous ceux que j'ai pu décevoir. Avec du recul, j'ai honte de ne pas avoir soutenu les valeurs que je professe et auxquelles je crois ».

Besoin de renouveau

Pour le cardinal, « les moments que l'Eglise vit actuellement en Irlande sont des moments cruciaux ».

« Je crois fermement que Dieu nous appelle à un nouveau départ, à un moment d'énergie, de réforme et de renouveau sur le modèle de saint Patrick », a-t-il commenté.

« J'attends avec impatience la lettre pastorale du pape Benoît XVI aux fidèles d'Irlande comme une importante source de renouvellement ».

Ce renouvellement, explique le cardinal Brady, « commence par une écoute sincère de la Parole de Dieu » et se poursuit en écoutant «  l'Esprit comme source de notre renouvellement ».

De même que « nous devons continuer à faire face avec humilité à l'énormité de la douleur qu'ont suscitée ces abus sur mineurs de la part de membres du clergé et la réponse, tout à fait inadéquate, apportée jadis à ces abus », a-t-il ajouté.

Selon le cardinal Brady, les deux années qui restent avant la célébration du prochain congrès eucharistique international, prévu à Dublin en 2012, doivent impliquer « une reconnaissance sincère, totale et honnête de notre péché ».

« En tant qu'évêques, nous devons reconnaître nos échecs », relève-t-il. « L'intégrité de notre témoignage à l'Evangile nous met au défi de confesser chaque mauvaise gestion et toute action visant à couvrir des abus sur mineurs, et d'en assumer la responsabilité ».

« Le Seigneur nous appelle à un nouveau départ. Personne ne sait où cela nous amènera ».

En cette période pascale, le cardinal a déclaré qu'il prierait beaucoup « pour discerner la volonté de l'Esprit Saint ».

« Je réfléchirai à ce que m'ont dit les personnes qui ont été blessées par ces abus », a-t-il conclu. « Priez pour les victimes. Priez pour l'Eglise. Priez pour moi ».