L'Eglise est le lieu « où fleurit l'Esprit »

Lectio, messe du 19 mai 2013

Paris, (Zenit.org) Mgr Francesco Follo | 918 clics

L’Eglise est le lieu « où fleurit l’Esprit » (Saint Hyppolite de Rome, Traditio apostolica, 35), et est le Peuple élu et sans frontières, qui provient de tous les peuples : « baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul corps, juifs ou païens »(1 Co 12, 13).

Pentecôte – Année C – 19 mai 2013

Rite romain

Ac 2, 1-11; Ps 103 (104); Rm 8,8-17; Jn 14,15-16.23b-26

Rite ambrosien

Ac 2,1-11; Ps 103 (104); 1Co 12,1-11; Jn 14,15-20

Feu et vent

1) L’ancienne et la nouvelle Pentecôte.

Pour Israël, la Pentecôte, de fête des moissons, était devenue la fête qui faisait mémoire de l'établissement de l'alliance au Sinaï. Dieu avait montré sa présence au peuple à travers le vent et le feu et il lui avait ensuite fait don de sa loi, des dix Commandements gravés sur la pierre.

Le jour de la nouvelle Pentecôte, celle des chrétiens, Dieu a donné sa loi de charité, en l’écrivant non sur deux tables de pierre, mais dans le cœur des Apôtre par l’intermédiaire de l’Esprit Saint, puis il l’a communiquée à toute l’Eglise par le biais des apôtres. Sur eux, à la Pentecôte « L’Esprit Saint est descendu avec un son soudain sur les disciples et a changé les esprits d’êtres charnels dans son amour, et tandis qu’apparaissaient extérieurement des langues de feu, intérieurement, les cœurs étaient enflammés, puisqu’en accueillant Dieu dans la vision du feu, ils brûlaient suavement d’amour » (Saint Grégoire le Grand, Hom. dans Evang. XXX, 1: CCL 141, 256).  Le feu de l’Esprit Saint les réunit en communion de vie, et de Vie divine pour eux et pour le monde. Leur Parole ne fut plus seulement Parole humaine, mais Parole de Dieu, que l’Esprit Saint avait placée dans leurs cœurs et sur leurs lèvres de chair. Et ils portèrent cet Evangile de vérité et d’amour au monde entier.

« La voix de Dieu divinise le langage humain des apôtres, qui deviennent capables de proclamer de façon «polyphonique» l’unique Verbe divin. Le souffle de l’Esprit Saint remplit l’univers, engendre la foi, entraîne à la vérité, prédispose l’unité des peuples. «Au bruit qui se produisit, la multitude se rassembla et fut confondue: chacun les entendait parler en son propre idiome» des «merveilles de Dieu ».  (Ac 2, 6.11) » (Benoît XVI).

Par ce don de l’Esprit Saint, nous recevons nous aussi, les chrétiens d’aujourd’hui, ce feu de charité qui annonce le pardon/rédemption. Qui annonce que Dieu n’a pas seulement visité la terre, qu’Il n’est pas seulement descendu dans ce bas monde, mais qu’Il se donne à moi et se donne à toi, vit en moi et en toi, en nous son Eglise, son vrai corps.

En récitant souvent l’oraison jaculatoire « Viens Esprit Saint, viens pour Marie », demandons à l’Esprit Saint le don de la sagesse pour comprendre (non seulement dans le sens de comprendre avec la tête, mais en accueillant avec le cœur, comme laisse entendre l’étymologie du verbe com-prendre = prendre avec, accueillir dans). Nous lisons en effet dans les Saintes Ecritures: « J'ai prié, et l'intelligence m'a été donnée. J'ai supplié, et l'esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l'ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d'elle, j'ai tenu pour rien la richesse » (Sg 7,7-8). Cette sagesse supérieure est la racine d’une connaissance toute neuve, d’une connaissance imprégnée de charité, grâce à laquelle l’âme s’habitue, pour ainsi dire, aux choses divines et y prend goût. Saint Thomas d’Aquin parle d’ailleurs d’une «  certaine saveur de Dieu » (Summa Theologiae IIa-IIae, 45, 2, ad 1), si bien que le vrai sage n’est pas simplement celui qui sait les choses de Dieu, mais celui qui les expérimente, les vit et les partage, en se faisant missionnaire, en annonçant que Dieu est Amour, plénitude de vérité, de joie et de paix.

2) L’Esprit: fleurs, vie et joie.

Dans la première partie de la Somme Théologique (I, 37, 2), Saint Thomas d’Aquin écrit: « Aimer ne signifie pas autre chose que ‘spirer l’amour’ (1), comme fleurir signifie produire des fleurs ; De même donc que l'on dit de l'arbre: "Il est tout fleuri de fleurs", de même aussi l'on dit que "le Père dit par son Verbe ou par son Fils soi-même et la créature"; et l'on dit que "le Père et le Fils aiment, par le Saint-Esprit, ou par l'Amour qui procède, eux-mêmes et nous ». Fleurs de vie et de joie: c’est ça l’Esprit. Le balbutiement de notre théologie de pèlerins alors s’arrête et il ne nous reste plus qu’à contempler cette vérité d’amour. Qui, humainement, aurait pu penser que Dieu s’aimait et nous aimait du même amour, presque comme si, en joignant notre vie à la sienne, un même frémissement devait se réaliser et réchauffer ?

L’homme a toujours été en quête d’une lueur d’espoir pour vaincre le désespoir de la mort et des inévitables souffrances, et les sages grecs avaient trouvé  cette lueur en déclarant que l’homme et Dieu étaient proches. En reprenant ce souffle que l’homme est de nature divine, dans le discours à l’Aréopage, saint Paul annonce: « c'est en Dieu qu'il nous est donné de vivre, de nous mouvoir. » (Ac 17,20). 

Maintenant, ce qui est déjà visible dans la participation naturelle que l’homme a de la nature divine devient pratiquement indicible, mais réconfortant, mystère d’amour miséricordieux dans la participation à la nature et à la vie divine par le biais de la grâce. Cette grâce on la doit à la passion du Christ. L’Esprit Saint nous conduit vers le Fils, nous rends capables, assoiffés et affamés de sa Grâce. Les apôtres furent les premiers à en faire l’heureuse expérience. Ils firent l’expérience de la Vérité qui consiste à y voir clair dans les choses et en nous-mêmes, à avoir la certitude que Dieu nous aime et que nous, nous pouvons aimer et nous réfugier en lui, en l’appelant « Père ». 

3) De l’Esprit Saint la Vierge Marie reçut Jésus en don.

Si la prière conseillée aujourd’hui est « Viens Saint Eprit, viens par Marie », la deuxième le « Notre Père », la troisième est l’Ave Maria, parce que « il n’y a pas de Pentecôte sans Marie » (Benoît XVI), qui a reçu Jésus de l’Esprit Saint. 

La présence de Marie, pleine de Grâce, est au début dans le cénacle où « les Apôtres «  participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1,14).  Et il en est ainsi encore aujourd’hui comme jadis, à Jérusalem et partout dans le monde.

Marie avait déjà vécu la venue de l’Esprit Saint au moment de l’annonciation. L'ange Gabriel lui avait dit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1,35). L’Esprit Saint, en venant sur elle, a uni Marie, et elle seule, au mystère du Christ. Dans l’encyclique Redemptoris Mater, le Bienheureux Jean-Paul II écrit: « Dans le mystère du Christ, elle est présente dès «avant la fondation du monde», elle est celle que le Père «a choisie» comme Mère de son Fils dans l'Incarnation et, en même temps que le Père, le Fils l'a choisie, la confiant de toute éternité à l'Esprit de sainteté » (n. 8).

Dans le cénacle de Jérusalem, quand le mystère du Christ sur terre, par le biais des événements pascals, atteint son accomplissement, Marie se trouve dans la communauté des disciples pour préparer une nouvelle venue de l’Esprit Saint – et une nouvelle naissance : la naissance de l’Eglise. 

Il est vrai qu’elle-même, étant pleine de Grâce et mère de Dieu, est déjà « temple de l’Esprit Saint » ; mais elle participe aux prières pour la venue du Paraclet (paraclītus qui vient du mot grec παράκλητος signifiant appelé auprès, invoqué et donc consolateur), afin que sa puissance fasse éclater dans la communauté apostolique l’élan vers la mission que Jésus, en venant dans le monde, a reçu du Père (cf. Jn 5,36), et, en retournant au Père, a transmis à l’Eglise (cf. Jn 17,18). Marie est dès le début unie à l’Eglise, comme une des « disciples » du Fils, mais elle apparaît aussi au-dessus de tous les temps comme « modèle et exemplaire admirables (de l’Eglise elle-même), dans la foi et dans la charité » (Conc. Vat. II, Lumen Gentium 53).

Benoît XVI a dit aux Vierges consacrées: « Soyez des servantes du Seigneur de nom et de fait, à l’imitation de la Mère de Dieu » (RCV, 29) et il les invita à persévérer dans leur don total de soi à Dieu en indiquant dans la Vierge de Nazareth et dans son « Oui » la première réalisation extraordinaire de ce don de soi. (cf. Audience aux participantes du congrès de l’ « ORDO VIRGINUM » 15 mai 2008). Et le pape François a rappelé récemment que les personnes de la vie religieuse et consacrée « sont une  icône de Marie et de l’Eglise » (7 mai 2013).

LECTURE PATRISTIQUE

Saint Bernard de Clairvaux.

Sermon I de Pentec.1-6.PL 183,323-326.

Mais, bien chers frères, nous faisons aujourd'hui la fête du Saint-Esprit, elle mérite d'être célébrée avec toute sorte de sentiments de joie et de dévotion, car il n'est rien de plus doux en Dieu que son Saint-Esprit ; il est la bonté même de Dieu, il n'est autre que Dieu même. Si donc nous faisons la fête des saints, à combien plus juste titre devons-nous honorer celui qui les a sanctifiés! Nous faisons doue aujourd'hui la fête de l'Esprit-Saint qui a apparu sous une forme visible, tout invisible qu'il soit, et aujourd'hui ce même Esprit-Saint nous révèle quelque chose de sa personne, comme le Père et le Fils s'étaient précédemment révélés à nous; car c'est dans la parfaite connaissance de la Trinité que se trouve la vie éternelle. Quant à présent nous ne la connaissons qu'en partie, et pour le reste qui nous échappe, que nous ne pouvons comprendre, nous le tenons par la foi. Pour ce qui est du Père, je le connais comme créateur de toutes choses, en entendant les créatures s'écrier toutes d'une voix : « C'est lui qui nous a faites, nous ne nous sommes point faites nous-mêmes (Ps. XCIX, 3), » et saint Paul, apôtre, dire : « Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible depuis la création du monde, par la connaissance que les créatures en donnent (Rom., I, 20). » 

Quant à son éternité et à son immutabilité, cela me dépasse trop pour que je puisse y rien comprendre, car il habite dans une lumière inaccessible.

Pour ce qui est du Fils, j'en sais, par sa grâce, de grandes choses, je sais qu'il s'est incarné. Quant à sa génération éternelle, qui pourra la raconter ? Qui peut comprendre que le Fils est égal au Père? En ce qui regarde le Saint-Esprit, si je ne connais point sa procession du Père et du Fils, car cette connaissance admirable est si loin de mon esprit, et si élevée que je ne pourrai jamais y atteindre: Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre ! 3(Ps 138,6 ).Il y a deux choses dans sa procession, c'est le lieu d'où il procède et celui où il procède. La procession du Père et du Fils se trouve, pour moi, enveloppée d'épaisses ténèbres, mais sa procession vers les hommes commence à devenir accessible à ma connaissance aujourd'hui, et elle est claire maintenant pour les fidèles. Pendant la Pentecôte, l'Esprit-Saint invisible manifestait sa venue par des signes visibles, il fallait qu'il en fût ainsi; mais aujourd'hui, plus les signes sont spirituels, plus ils conviennent à leur nature, plus ils semblent dignes de lui. Il vint donc alors sur les apôtres sous la forme de langues de feu, afin qu'ils parlassent dans la langue de tous les peuples des paroles de feu, et qu'ils annonçassent avec une langue de feu une loi de feu. Que personne ne se plaigne que l'Esprit ne se manifeste plus à nous ainsi maintenant, « car le Saint-Esprit se manifeste à chacun selon qu'il est besoin. (1 Co 12,7)

Après tout, s'il faut le dire, c'est plutôt à nous qu'aux apôtres que s'est faite cette manifestation du Saint-Esprit : en effet, à quoi devaient leur servir ces langues des nations, sinon à convertir les nations? Le Saint-Esprit s'est manifesté à eux d'une autre manière qui leur était plus personnelle, et c'est de cette manière là qu'il se manifeste encore en nous à présent. En effet, il devint clair pour tous qu'ils avaient été revêtus de la vertu d'en haut, quand on les vit passer d'une si grande pusillanimité à une telle constance. Ils ne cherchent plus à fuir, ils ne songent plus à se cacher, dans la crainte des Juifs, bien loin de là, ils prêchent en public avec une constance plus grande que la crainte qui les poussait naguère à se cacher. On ne peut douter que le changement opéré en eux ne soit l'œuvre du Très-Haut, quand on se rappelle les craintes du prince dès apôtres à la voix d'une servante, et qu'on voit aujourd'hui sa force sous les coups dont les princes des prêtres le font charger. « Les apôtres sortirent du conseil; dit l'Écriture, tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus (Ac. V, 41), » qu'ils avaient abandonné quand on le conduisait lui-même, devant le conseil, et laissé seul par leur fuite. Peut-on douter après cela, qu'ils aient été visités par l'Esprit de force qui seul a pu faire éclater une puissance invisible dans leur âme ? C'est de la même manière aussi que les choses que l'Esprit-Saint opère en nous rendent témoignage de sa présence en nous.

Comme il nous a été ordonné de nous détourner du mal et de faire du, voyez comment le Saint-Esprit vient au secours dé notre faiblesse pour nous faire accomplir ces deux commandements, car si les grâces sont différentes, l'Esprit qui les donne est le même. Ainsi, pour nous détourner du mal, il opère trois choses en nous, la componction, la supplication et la rémission. En effet, le commencement de notre retour à Dieu est dans le repentir qui n'est certainement point le fruit de notre esprit, mais de l'Esprit-Saint : c'est une vérité que la raison nous enseigne et que l'autorité confirme. En effet, quel homme, s'il s'approche du feu, transi de froid, hésitera à croire, quand il se sera réchauffé, que c'est du feu que lui vient la chaleur qu'il n'aurait pu se procurer ailleurs? Ainsi en est-il de celui .qui, transi de froid par le péché, s'il vient se réchauffer aux ardeurs du repentir, il ne peut douter qu'il a reçu un autre esprit que le sien, qui le gourmande et le juge? C'est d'ailleurs ce que nous apprend l'Évangile; car, en parlant du Saint-Esprit que les fidèles doivent recevoir, le Sauveur dit : « Il convaincra le monde de péché (Jn 16,8). »

Mais à quoi bon le repentir de sa faute, si on ne prie point pour en obtenir le pardon? Or, il faut encore que ceci soit opéré par le Saint-Esprit, pour qu'il remplisse notre âme d'une douce confiance qui la porte à prier avec joie et sans hésiter. Voulez-vous que je vous montre que c'est là encore l'œuvre du Saint-Esprit? D'abord, tant qu'il sera éloigné de vous, soyez sûr que vous ne trouverez rien qui ressemble à la prière au fond de votre cœur. D'ailleurs, n'est-ce pas en lui que nous nous écrions : Mon Père, mon Père? N'est-ce pas lui encore qui prie pour nous avec des gémissements inénarrables ? (Rm 8,15-26), et cela dans le fond même de notre cœur? Que ne fait-il point dans le cœur du Père? Mais, de même qu'au dedans de nous, il intercède pour nous, ainsi, dans le Père, il nous pardonne nos fautes de concert avec le Père; dans nos cœurs, il remplit auprès du Père le rôle de notre avocat, et dans le cœur du Père il se conduit divers nous comme notre Seigneur. Ainsi c'est lui qui nous donne la grâce de prier, et c'est lui qui nous accorde ce que 'nous demandons dans la prière, et, en même temps qu'il nous élève vers Dieu, par une pieuse confiance en lui, il incline bien plus encore le cœur de Dieu vers nous, par un effet de sa bonté et de sa miséricorde. Aussi, pour que vous ne doutiez point que c'est le Saint-Esprit qui opère la rémission des péchés, écoutez, ce qui fut dit un jour aux apôtres :

Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. 8 ( Jn 20,22 ). Voilà donc ce que fait le Saint-Esprit pour nous éloigner du péché.

Quant au bien, qu'est-ce que le Saint-Esprit opère en nous pour nous le faire faire ? Il nous avertit, il nous meut, il nous instruit. Il avertit notre mémoire, il instruit notre raison, il meut notre volonté; car toute l'âme est dans ces trois facultés. Pour ce qui est de la mémoire le Saint-Esprit lui suggère le souvenir du bien dans ses saintes pensées. Aussi, toutes les fois, ô mon frère, que vous sentirez naître dans votre cœur le souvenir du bien, rendez gloire à Dieu, et hommage au Saint-Esprit, c'est sa voix qui retentit à vos oreilles, car il n'y a que lui qui parle de justice, et, comme dit l'Evangile : « Il vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. »9 Mais remarquez ce qui précède : « Il vous enseignera toutes chose”.9 (Jn 14,26). » Or, je vous ai dit qu'il instruit la raison. Il y en a beaucoup qui sont pressés de bien faire, mais ils ne savent ce qu'ils doivent faire, il leur faut, pour cela, encore une grâce du Saint-Esprit. Il faut qu'après nous avoir suggéré la pensée du bien, il nous apprenne à en venir aux actes, et à ne pas laisser la grâce de Dieu stérile dans notre cœur. Mais quoi! N'est-il pas dit que « celui-là est plus coupable, qui sait ce qu'il faut faire et ne le fait point » (Jc 4, 17).10 ? Ce n'est donc point assez d'être averti et instruit du bien à faire, il faut encore que nous soyons mus, et portés à le faire par le Saint-Esprit qui aide notre faiblesse, et répand dans nos cœurs la charité qui n'est autre que la Bonne volonté.

Mais, lorsque le Saint-Esprit, survenant ainsi en vous, se sera mis en possession de votre âme tout entière, lui suggérera de bonnes pensées, l'instruira et l'excitera, en faisant entendre constamment sa voix dans nos âmes, et que nous entendrons ce que le Seigneur Dieu dira au dedans de nous en éclairant notre raison et enflammant notre volonté. Ne vous semble-t-il pas alors qu'il aura rempli, de langues de feu, la maison entière de notre âme? Car, comme je vous l'ai déjà dit, l'âme est toute dans ces trois facultés. Que ces langues de feu nous semblent distinctes les unes des autres, c'est un signe de la multiplicité des pensées de notre esprit, mais dans leur multiplicité même, la lumière de la vérité, et la chaleur de la charité, en fera comme un seul et même foyer. D'ailleurs, on peut dire que la maison de notre âme ne sera complètement remplie qu'à la fin, lorsqu'il sera versé dans notre sein une bonne mesure, une mesure foulée, pressée, enfaîtée par dessus les bords. Mais quand en sera-t-il ainsi? Seulement, lorsque les jours de la Pentecôte seront accomplis. Heureux ceux qui sont déjà entrés dans la quadragésime du repos, et qui ont commencé l'année jubilaire, je veux parler de ceux de nos frères à qui le Saint-Esprit a donné l'ordre de se reposer de leurs travaux, car c'est encore une de ses opérations.

En effet, il y a deux époques que nous célébrons particulièrement, l'une est la Quadragésime, et l'autre la Quinquagésime; l'une précède la Passion et l'autre suit la Résurrection; la première est consacrée à la componction du coeur et aux larmes de la pénitence; la seconde à la dévotion de l'esprit, et au chant solennel de l'Alléluia. La sainte quarantaine est la figure de la vie présente, et les cinquante jours qui la suivent sont l'image du repos des saints qui succède à leur mort. Lorsque les jours de cette cinquantaine seront terminés, c'est-à-dire au jugement dernier, et à la résurrection, le jour de la Pentecôte sera venu, et la maison sera toute remplie de la plénitude du Saint-Esprit. Car, la terre entière sera pleine de sa majesté lorsque, non-seulement notre âme, mais aussi notre corps devenu spirituel ressuscitera, si toutefois, selon l'avis que l'Apôtre nous donne, nous avons eu soin de le semer enterre, lorsqu'il était encore tout animal.

(1) “Spirer” est un terme technique désignant la ‘relation d’origine’ du Père à l’Esprit. Le Père ‘engendre’ le Fils et ‘spire’ l’Esprit. ‘Spirer’ est surtout un terme utilisé pour dire que le Père n’engendre pas l’Esprit, donc que la relation du Père au Fils et la relation du Père à l’Esprit ne peuvent être confondues.