« L’Eglise n’a pas peur de la bonne science », affirme le père Funes, S.J.

Entretien avec le nouveau directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican

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ROME, Vendredi 25 août 2006 (ZENIT.org) – Il est l’astronome du pape. Le père José G. Funes (Cordoba, Argentine, 1963), jésuite licencié en théologie et docteur en astronomie, dirige depuis ce mois d’août l’Observatoire astronomique du Vatican, l’Observatoire le plus ancien du monde.



Dans cet entretien accordé à Zenit, le père Funes affirme : « Un institut comme le nôtre, qui a déjà été au service de dix papes, montre clairement que l’Eglise n’a pas peur de la bonne science, de la science de qualité ; et que plus encore, elle l’encourage ».

Zenit : Quelle orientation souhaitez-vous donner, comme nouveau directeur, à l’Observatoire astronomique du Vatican ?

P. Funes : Je remercie tout d’abord Dieu et le Saint-Père qui m’appelle à servir comme directeur d’une très ancienne et prestigieuse institution, reconnue par la communauté astronomique internationale.

C’est une grande responsabilité de poursuivre l’excellente tâche que le père George Coyne a accomplie comme directeur pendant 26 ans.

L’Observatoire du Vatican dont j’hérite, jouit d’une très bonne santé qui se manifeste dans la recherche scientifique, l’organisation de congrès scientifiques internationaux, la formation au doctorat pour des étudiants du monde entier, et la promotion du dialogue science-foi.

Mon intention est de poursuivre ces activités qui sont un signe de la présence de l’Eglise dans le monde scientifique. Cette mission impossible devient possible avec l’aide irremplaçable de mes frères jésuites.

En tant que jésuites nous voulons servir le Saint-Père et l’Eglise, là où nous sommes le plus utiles. Dans notre cas, notre service est très spécifique. Notre mission consiste à cheminer en compagnie de nos collègues astronomes.

Nous voulons participer au travail laborieux de la recherche, à l’enthousiasme et la joie que comporte la découverte scientifique. Nous voulons apprendre chaque jour un peu davantage sur les merveilles de l’univers que narrent la gloire de Dieu.

Zenit : Faut-il situer l’Observatoire du Vatican à Castelgandolfo ou en Arizona ?

P. Funes : L’Observatoire du Vatican est un unique institut qui consiste dans le siège historique de Castelgandolfo, où l’on analyse des données, où se déroulent les formations et les divers congrès. C’est un honneur de pouvoir être les hôtes du pape chez lui. Nous sommes très reconnaissants au Saint-Père pour son soutien et espérons pouvoir être à la hauteur de ce grand privilège, à travers notre travail.

En Arizona nous disposons d’un groupe de recherche et du télescope que nous utilisons pour nos observations. Il est important pour nous de pouvoir collaborer avec le Département d’Astronomie de l’Université d’Arizona, l’un des centres astronomiques les plus célèbres au monde. Certains d’entre nous donnent des cours à l’Université.

Zenit : Vous êtes un expert des disques des galaxies. Quel est exactement votre champ d’étude ?

P. Funes : En l’an 2000 j’ai terminé mon doctorat en astronomie à l’Université de Padoue sur le thème : « Cinématique du gaz dans les régions centrales des galaxies à disque ». En langage moins technique, la thèse présentait les résultats que nous avions obtenu en « pesant » les trous noirs super-massifs qui se trouvent au centre des galaxies à disque.

Ces dernières années j’ai travaillé à l’étude de la formation des étoiles dans les galaxies proches, celles qui sont situées à moins de 50 millions d’années lumière. La formation des étoiles est un thème clé pour comprendre le processus de formation et d’évolution des galaxies.

En l’an 2000 j’ai travaillé à l’organisation d’un congrès international sur la formation et l’évolution des galaxies à disque organisé par l’Observatoire du Vatican à l’Université grégorienne de Rome. Notre galaxie, la Voie Lactée, est une galaxie à disque.

Je suis actuellement en train d’organiser un autre congrès sur le même thème où l’on commentera les résultats les plus récents. Ce congrès aura également lieu à l’Université grégorienne en octobre 2007.

Zenit : Que diriez-vous aux astronomes qui estiment que la foi et la science sont incompatibles ?

P. Funes : J’ai l’habitude de dire, non seulement aux astronomes mais à tous ceux qui pensent ainsi, que je ne vois pas de contradiction entre la science et la foi. Je crois effectivement qu’il existe des tensions et que les tensions sont saines, qu’elles peuvent nous aider à grandir.

Je sais qu’il y a eu des conflits et qu’il y en aura encore, mais nous ne devons pas avoir peur de la connaissance scientifique.

« Un institut comme le nôtre, qui a déjà été au service de dix papes, montre clairement que l’Eglise n’a pas peur de la bonne science, de la science de qualité ; et qu’au contraire, elle l’encourage ».