« L’Eglise n’est pas un parti politique en quête de votes »

Entretien avec l’évêque de Valence, Mgr Agustín García-Gasco

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ROME, Vendredi 7 juillet 2006 (ZENIT.org) – A l’occasion de la Vème Rencontre mondiale des Familles, qui se déroule en ce moment à Valence (1-9 juillet), et qui accueillera plusieurs centaines de milliers de familles du monde entier, l’archevêque de Valence, Mgr Agustín García-Gasco, a confié à Zenit les défis et les attentes d’une rencontre de cette ampleur.



Zenit : Vous avez récemment rencontré le pape au sujet de la Rencontre mondiale des Familles. Comment Benoît XVI envisage-t-il ce rendez-vous important ?

Mgr García-Gasco : Le pape m’a donné beaucoup d’espoir et de joie pour cette rencontre mondiale en défense de la famille. Je ne suis pas le porte-parole du pape et je ne peux donc pas parler en son nom mais je peux vous dire que j’ai vu le Saint-Père très motivé. La Rencontre mondiale de Valence fut convoquée par Jean-Paul II et ce fut une grande joie de constater que son successeur, Benoît XVI, la confirmait et qu’il annonçait sa présence les 8 et 9 juillet pour clôturer la Rencontre.

Zenit : Pendant 9 jours Valence est la capitale mondiale des familles. Quel est selon vous le plus grand défi et votre plus grande espérance comme pasteur de l’archidiocèse qui accueille cette Rencontre ?

Mgr García-Gasco : Toute rencontre mondiale représente un défi au niveau de l’organisation des événements auxquels participe une si grande foule. Nous avons eu la chance de pouvoir compter, non seulement sur la coopération de tous les prêtres du diocèse ainsi que sur des milliers de laïcs et de volontaires, mais aussi sur le soutien institutionnel du président de la « Generalitat » (gouvernement de la communauté autonome de Valence, ndlr) de Valence, Francisco Camps, du président de la Région, Fernando Giner, et du maire de Valence, Rita Barberá. Les institutions nous aident, à travers une saine coopération, dans des domaines très importants comme ceux des infrastructures, des communications, etc.

Ma plus grande espérance est que la Rencontre mondiale soit utile et efficace pour montrer la grandeur irremplaçable du mariage et de la famille, qui sont vraiment mal traités par les lois de certains pays. En Espagne on est arrivé à une confusion totale en matière de mariage et de famille. L’Espagne est devenue le terrain d’expérimentations et d’inventions juridiques dans lesquelles quelques minorités piétinent l’héritage de la civilisation sur la complémentarité de l’homme et de la femme et sa dimension spéciale dans la société.

Zenit : On attend plusieurs centaines de milliers de famille du monde entier à Valence et des millions de personnes suivront la rencontre à travers les moyens de communication. Dans quel état d’esprit repartiront-elles de cette Rencontre selon vous ?

Mgr García-Gasco : Nous attendons effectivement de nombreux pèlerins au point que nous avons reculé la date limite d’inscription pour assister à la rencontre et aux congrès, qui sont gratuits.

Nous espérons que les pèlerins repartiront d’une part avec une idée claire du magistère de l’Eglise. A une époque où l’on encourage l’adulation de n’importe quelle forme de vie, je crois qu’il est bon de souligner que l’Eglise ne vit pas à la merci des modes ou des intérêts du moment. Certains prétendent que si l’Eglise acceptait le divorce, il y aurait plus de monde dans les églises, mais ceci signifierait manquer à la vérité de sa mission. L’Eglise n’est pas un parti politique en quête de votes, ou une secte qui tente d’acquérir de nouveaux adeptes par la flatterie.

D’un autre côté, nous les catholiques devons approfondir la dimension d’Eglise domestique de la famille. Dieu a voulu que la foi se transmette fondamentalement à travers les personnes et la famille, les parents, les grands-parents et les enfants eux-mêmes ont une tâche d’évangélisation dans leur propre famille qui est une richesse inépuisable pour la transmission et le renforcement de la foi. Le fait d’être missionnaire de la foi dans son propre couple et dans sa famille, fortifie et unit la famille.

Le Saint-Père Benoît XVI est, par de nombreux aspects, une bénédiction pour l’Eglise. La facilité et le naturel avec lesquels il présente les aspects théologiques les plus complexes et avec lesquels il éclaire les personnes, quel que soit leur niveau intellectuel, est un grand bien que des milliers de personnes vont pouvoir vivre en direct.

Zenit : Vous êtes membre du Conseil pontifical pour la Famille et vous exercez votre ministère épiscopal dans un pays qui est devenu un laboratoire politique et législatif pour des courants qui tentent de remplacer la famille par d’autres formes de coexistence. Quel chemin proposez-vous d’emprunter ? Voyez-vous des signes d’espérance ?

Mgr García-Gasco : Tout d’abord, il ne faut pas avoir peur de traiter toutes les questions, avec respect, même si celles-ci ne sont pas « politiquement correctes », pour reprendre le concept utilisé par la nouvelle morale progressiste avec l’intention de discréditer ceux qui dénoncent le manque de vérité contenu dans ces questions.
D’autre part, nous ne pouvons pas non plus tomber dans l’injustice de considérer toutes les personnes homosexuelles ou divorcées comme si elles étaient ennemies de l’Eglise. Les groupes d’activistes radicaux prétendent justement à un affrontement et à une cassure totale avec l’Eglise. Nous devons souligner que l’Eglise a l’obligation de présenter son magistère à toute personne sans exception, quelle que soit sa condition. Toute personne doit pouvoir entendre l’appel salvifique du Christ ressuscité qui, sur la croix même, promit le salut à un bandit condamné à mort. L’Eglise est ouverte à tous. Le magistère et l’amour de Dieu dont témoigne l’Eglise ne sont pas incompatibles. Ce sont les deux mains accessibles à tout homme et toute femme qui a soif de la transcendance divine.