L'Eglise veut une politique efficace contre les abus sexuels

Par Mgr Scicluna

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ROME, vendredi 3 février 2012 (ZENIT.org) – L’Eglise veut « une politique claire et efficace en réponse au phénomène des abus sexuels commis sur des mineurs », explique Mgr Scicluna.

Mgr Charles Scicluna, promoteur de justice à la Congrégation pour la doctrine de la foi, explique au micro de Radio Vatican les objectifs du colloque qui aura lieu du 6 au 9 février à Rome, l’Université pontificale grégorienne (PUG) pour aider l’Eglise à assurer la meilleure protection possible des mineurs contre les abus (cf. Zenit du 2 février 2012).

Radio Vatican - Quel est l’objectif premier de ce symposium ?

Mgr Scicluna - L’objectif est avant tout la prise de conscience. Il s’agit de bien comprendre le problème, ce triste phénomène des abus sexuels commis sur des mineurs par des clercs ; mais c’est aussi une détermination à bien agir pour que, comme Eglise catholique, nous puissions nous aussi, sur ce sujet si douloureux, donner l’excellent exemple qu’exige notre mission évangélique.

Le symposium mettra justement au premier plan les victimes des abus. Que pensez-vous de ce choix ?

Il est significatif que la première intervention soit justement celle d’une personne qui a été douloureusement touchée par cette triste réalité, celle d’une victime. Penser à toutes les personnes impliquées, y compris aux clercs qui ont fait du mal aux autres, est une attitude tout à fait pastorale, parce que nous sommes l’Eglise et notre devoir est celui du Bon Pasteur : aller à la recherche des brebis perdues pour les ramener sur le pâturage et essayer de mettre un baume sur les blessures.

Le symposium doit aider la mise en œuvre les directives de la Lettre circulaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi de mai 2011. Quel sera son apport au travail des conférences épiscopales ?

Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Levada, introduira ce symposium par un discours sur la question des abus sexuels commis sur des mineurs. Il parlera, évidemment, de cette Lettre circulaire dans laquelle il est demandé à toutes les conférences épiscopales de préparer des directives pour pouvoir donner à ce douloureux phénomène une réponse adéquate, tout en étant adaptée à leur environnement culturel.
Evidemment, la Congrégation mais aussi des différents experts qui sont invités à intervenir, offriront des éléments de réflexion et une aide, pour que soit mise en place, dans les Eglises locales et dans les Ordres religieux, une politique claire et efficace en réponse au phénomène des abus sexuels commis sur des mineurs.

Comment les Conférences épiscopales du monde entier ont-elles répondu à votre demande de plans pastoraux pour affronter ces cas ?

Je peux dire que beaucoup attendent l’issue de ce symposium pour pouvoir rentrer dans leur pays et, munis d’informations plus précises, terminer le travail qu’ils sont nombreux à avoir déjà commencé, comme je le sais. Notre cardinal, par exemple s’est récemment rendu en Amérique latine, plus précisément au Brésil, pendant que j’étais en Thaïlande pour y rencontrer les évêques d’Asie. Il y a ensuite des experts, des délégués des épiscopats anglophones, qui se réuniront sur ce thème tout de suite après le symposium et qui auront une rencontre avec moi ainsi qu’avec d’autres représentants de notre Congrégation. Nous voyons que le travail avance. Nous avons déjà reçu, dans la Congrégation, certaines de ces directives que nous voulons maintenant soumettre à un examen attentif de la part de quelques-uns de nos experts, pour pouvoir donner une réponse définitive d’approbation, ou peut-être une demande de changement ou d’amélioration, après le mois de mai de cette année.

Guérison, mais aussi renouveau : cela signifie-t-il que l’on donnera une place importante à la prévention, donc à la formation ?

Certainement. Avant tout, la formation des agents pastoraux : nous parlons des clercs, mais aussi des laïcs engagés comme catéchistes. Une prévention qui doit partir de la base : pas seulement d’en haut, mais de la base. Et ceci est le plus important. Parce que la formation doit se faire aussi dans les familles, dans les écoles, dans les paroisses. Comment reconnaître les comportements à risque ? Comment aider les garçons et les filles, les jeunes, à se défendre contre toute atteinte malveillante venant d’autrui ?

Quelle est l’importance de la collaboration entre les diocèses et les autorités civiles ?

Nous parlons d’un phénomène très douloureux qui n’est pas seulement un péché, mais un délit. Face à un délit, il y a la juridiction de l’Etat et il y a un devoir de collaborer avec cette juridiction pénale de l’Etat.

Ce symposium est-il un signe supplémentaire de la stratégie ferme et résolue avec laquelle le Vatican affronte aujourd’hui la lutte contre la pédophilie au sein de l’Eglise ?

Mais c’est aussi le fruit de la détermination manifestée au cours des années, tout d’abord par le bienheureux Jean-Paul II qui avait dit aux cardinaux américains, en 2002 : « Il n’y a pas de place dans le ministère ecclésial pour des personnes qui peuvent nuire aux jeunes et les scandaliser ». Et il y a aussi le leadership très fort du Saint-Père Benoît XVI, qui est pour nous tous une source d’inspiration pour bien œuvrer et surtout pour faire tout ce que nous pouvons afin de prévenir et, quand la blessure est là, la soigner avec attention et amour.