L'Eglise vit-elle une nouvelle Pentecôte depuis Vatican II ?

Deuxième prédication de l'Avent du P. Cantalamessa

| 1528 clics

Anne Kurian

ROME, vendredi 14 décembre 2012 (Zenit.org) – Pour le P. Cantalamessa, il n’est pas exagéré de dire que la « nouvelle Pentecôte » attendue a vraiment eu lieu dans l’Eglise, depuis Vatican II. Il invite à une « vraie lecture » du Concile, qui prenne en compte « le rôle de l’Esprit Saint dans sa mise en œuvre ».

Le prédicateur de la Maison pontificale, le P. Raniero Cantalamessa, a en effet donné ce vendredi 14 décembre sa deuxième prédication de l’Avent, au Vatican en présence de Benoît XVI et de la curie romaine, sur le thème « Le Concile Vatican II : 50 ans après, une clef de lecture ».

L’Esprit-Saint et Vatican II

Evoquant la clef de lecture du Concile que donne le Magistère, à savoir « la nouveauté dans la continuité », le P. Cantalamessa fait remarquer que « ce qui permet de résoudre le paradoxe et de parler de nouveauté dans la continuité et de permanence dans le changement » est « l’action de l’Esprit Saint dans l’Eglise ».

L’Esprit-Saint, précise-t-il, « ne dit rien de nouveau, il ne créé pas de nouveaux sacrements, de nouvelles institutions, mais il renouvelle et vivifie tout le temps les paroles, les sacrements et les institutions créés par Jésus ».

Or, le P. Cantalamessa diagnostique dans « les difficultés qui se sont créées dans la réception du concile Vatican II » une «attention insuffisante au rôle de l’Esprit Saint ».

Ainsi, estime-t-il, « la Tradition, au nom de laquelle certains ont refusé le Concile, était une Tradition dans laquelle l’Esprit Saint ne jouait aucun rôle. Elle était un ensemble de croyances et de pratiques établies une fois pour toutes, pas la vague de la prédication apostolique qui avance et se propage dans les siècles et que l’on ne peut attraper, comme toutes les vagues, que si l’on bouge avec elle ».

Au contraire, pour le P. Cantalamessa, la « vraie lecture » du Concile prend en compte « le rôle de l’Esprit Saint dans sa mise en œuvre ».

Citant saint Thomas d’Aquin, « la loi nouvelle c’est d'abord la grâce de l'Esprit Saint qui est donnée aux croyants », il commente : tandis que « les préceptes de l’Evangile constituent la loi nouvelle, mais au sens matériel, comme le contenu », la grâce de l’Esprit Saint est « la loi nouvelle au sens formel, en tant qu’elle donne la force pour mettre en pratique les préceptes évangéliques ».

En ce sens, la mise en œuvre du Concile ne doit pas être recherchée « dans l’application littérale et presque mécanique du Concile », mais « dans l’Esprit Saint », à différencier « d’un vague « esprit du Concile » ouvert à tout subjectivisme ».

La « nouvelle Pentecôte »

Dans ce cadre, « la « nouvelle Pentecôte » qu’on attendait a-t-elle vraiment eu lieu ? », se demande le P. Cantalamessa.   

« Oui! », répond-t-il sans hésiter, invitant à « regarder ailleurs » : « nous pensions à un « changement » dans les structures et les institutions, nous pensions à une distribution du pouvoir différente, nous nous occupions de la langue à utiliser dans la liturgie, et on ne se rendait pas compte que ces nouveautés étaient bien petites à côté de celle que l’Esprit Saint était en train d’opérer ».

Le P. Cantalamessa voit le signe « le plus convaincant » de cette nouvelle Pentecôte dans « une nouvelle qualité de la vie chrétienne », notamment là où « la vie chrétienne est vécue selon « la loi de l’esprit », avec joie et conviction, par attraction et non par obligation », là où « les charismes se manifestent » et là où « le désir d’une nouvelle évangélisation et de l’unité de chrétiens se fait sentir ».

Si l’on ne peut pas juger « le cœur des personnes », cependant « nous pouvons en capter les signes, en nous appuyant aussi sur la sociologie religieuse », qui indique une nouvelle Pentecôte dans « les mouvements ecclésiaux », souligne-t-il.

Le P. Cantalamessa précise qu’il parle des « mouvements « ecclésiaux » et non pas mouvements « laïcs » », la majorité d’entre eux étant formés « par toutes les composantes de l’Eglise : des laïcs, des évêques, des religieux et religieuses ».

Ces mouvements représentent donc « l’ensemble des charismes, le « peuple de Dieu » de Lumen gentium » et ils sont « les signes d’un nouveau printemps de l’Eglise », selon Jean-Paul II.

Le prédicateur voit également d’autres signes d’une nouvelle Pentecôte, dans « le Renouveau charismatique, ou Renouveau dans l’Esprit », qu’il décrit comme « un courant de grâce destiné à se répandre dans l’Eglise comme une décharge électrique dans la masse et, à la limite, disparaître ensuite comme réalité distincte ».

Bien sûr, ajoute-t-il, les mouvements ecclésiaux et nouvelles communautés ni « n’épuisent toutes les possibilités de renouveau du Concile », ni « ne sont pas exempts de faiblesses et parfois de dérives partielles ».

Cependant, rétorque-t-il, « quelle autre grande nouveauté l’histoire de l’Eglise a-t-elle connue sans bavures humaines ? » : même « la période qui a suivi la Première Pentecôte ne manquait pas de problèmes et de controverses », fait observer le P. Cantalamessa.

Il ne s’agit pas, conclut-il, de « laisser de côté » l’ensemble des documents du Concile, pour « tout attendre de l’Esprit Saint » : « l’Esprit Saint ne dispense pas de mettre aussi en valeur la lettre, autrement dit les décrets de Vatican II; au contraire, il pousse à les étudier et à les appliquer ».