"L’Eternel féminin. Femmes mystiques" : un succès romain

Le "café littéraire" de Janine Hourcade fait salle comble

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ROME, Jeudi 11 mars 2004 (ZENIT.org) - Heureuse idée du Centre culturel Saint-Louis de France que ce "café littéraire" autour de Janine Hourcade et de son livre "L’Eternel Féminin. Femmes mystiques", le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la Femme. L’auteur a fait salle comble dans ce cadre intime et confortable de la bibliothèque du Centre culturel qui dépend de l’ambassade de France près le Saint-Siège.



Théologienne française, de Toulouse, Janine Hourcade venait présenter son dernier livre, publié aux éditions "Le Carmel" avec une préface du cardinal Paul Poupard, président du conseil pontifical de la Culture. Elle a pu dédicacer son livre à l’issue de la causerie et des questions du public.

Pour l’auteur, le temps est venu de relever le défi lancé par Jean-Paul II aux femmes d’aujourd’hui d’édifier un "Nouveau féminisme".

A Saint-Louis, une autre femme d’envergure, Lucienne Sallé, qui travaille depuis 1978 au conseil pontifical pour les Laïcs, et elle-même auteur de livres passionnants sur les femmes (1) présentait la conférencière.

Mais c’était aussi l’occasion de retrouvailles, comme avec le P. Yves Gouyou, conseiller ecclésiastique de l’ambassade de France près le Saint-Siège et lui aussi ancien étudiant de la "Catho" de Toulouse.

Ces "rencontres" donnaient le ton chaleureux de la causerie, enchantée par le léger accent toulousain, le regard vif et le sourire de Janine Hourcade.

Autre "rencontre", Janine Hourcade était accueillie par M. Vincent Aucante, directeur du centre Saint-Louis, et auteur d’un livre sur Edith Stein (2). Edith Stein découvrit le Christ grâce à Thérèse d’Avila, rappelle Janine Hourcade, qui admire cette maternité spirituelle posthume de la "Madre" dans une belle page de son livre.

"Il faudra du temps à Edith pour s’engager sur le chemin de la foi chrétienne, écrit-elle. Il faudra une autre rencontre, déterminante, celle-ci, celle de Thérèse d’Avila. Un peu par hasard, en juin 1921, alors qu’elle est en séjour chez son amie Hedwig Conrad-Martius (protestante, souligne la conférencière), elle lit la Vie de sainte Thérèse de Jésus. En une nuit, elle en fait la lecture pénétrante, si bien qu’au matin, elle s’écrie : "Là est la vérité" ! A travers les mots de Thérèse, Edith ne se trouve pas face à une théologie, à une démonstration intellectuelle, mais face à une expérience, à un itinéraire personnel. Son contact avec Thérèse d’Avila ne fut pas un contact de caractère rationnel, mais un contact de personne à personne. Cette expérience est, dans la vie d’Edith, tout à fait déterminante ; à partir de cette expérience, elle élaborera, bien sûr, toute une réflexion intellectuelle, philosophique et théologique, comme le montrent ses écrits ultérieurs, mais, à la base, il y a cette "rencontre" d’un ordre existentiel, et non purement rationnel".

L’auteur met ainsi en lumière ce qu’elle appelle "le primat de l’existence chez les femmes mystiques".

"Mon livre, "L’éternel féminin. Femmes mystiques", confie l’auteur, débute par une réflexion sur l’Eternel Féminin, expression dont Goethe est le père et qu’il définit ainsi: "Et l’Eternel Féminin/Toujours plus haut nous attire". A la lumière de l’Eternel Féminin, les femmes d’exception qui jalonnent l’histoire de l’Eglise, de sainte Geneviève à Mère Teresa, représentent des types de féminité accomplie. Et leur féminité ne les a pas empêchées de jouer des rôles politiques, sociaux, ecclésiaux et spirituels de premier plan".

L’auteur insiste tout d’abord sur "deux valeurs fondamentales caractérisant la femme et la féminité", celles de la "femme-épouse" et de la "femme-mère".

"La femme épouse, c’est aussi, explique Janine Hourcade, celle qui est conduite aux noces mystiques" - c’est un chapitre du livre -, et à "la nuit mystique". Mais une mystique empreinte de ce que l’auteur appelle "un réalisme de bon aloi". "Ces femmes dont nous parlons, dit-elle, ont pour la plupart été favorisées d’expériences mystiques : elles ont eu des visions, ont entendu des voix, ont conversé avec le Seigneur. Néanmoins, outre ces charismes exceptionnels, elles manifestent un très solide réalisme", "toutes ont été profondément engagées dans leur temps".

L’auteur met en lumière des aspects jusqu’ici peu connu de la vie de ces grandes figures. Ainsi, "Geneviève de Paris" a "largement contribué, écrit-elle, à la construction de la France chrétienne" : "aux côtés de Childéric d’abord, puis de Clovis et Clotilde, elle a travaillé à la paix civile et politique du royaume des Francs", un rôle "politique et social" plus ou moins "occulté" au cours des siècles.

On connaît mieux l’énergie déployée par Catherine de Sienne "pour ramener partout la paix" et décider le pape Grégoire XI de quitter Avignon pour revenir à Rome. "On est même surpris, écrit Janine Hourcade, que dans une vie brève (elle est morte à 33 ans), elle eût le temps de mener tant de combats".

Le XVIe siècle espagnol était celui de la conquête du Nouveau Monde, mais la "Madre", songeait aussi, "au destin spirituel des peuplades indigènes", et en particulier par ce moyen d’action préféré de la "grande" Thérèse : la prière.

Car, "la maternité de la femme, insiste la théologienne de Toulouse, s’exprime aussi par une maternité spirituelle", et ces deux aspects de la "féminité", celle de la femme-épouse et de la femme-mère, sont deux "vecteurs" de son "génie", de sa "dignité".

Mais "quelles ont été les relations de ces femmes avec l’Eglise ?", se demande Janine Hourcade. Elle répond après avoir scruté leurs vies : "Elles l’ont aimée passionnément, même si, souvent, elles ont souffert directement par l’Eglise".

Elle cite Madeleine Delbrêl, qui, présence de l’Evangile en monde ouvrier, souffrit de l’interdiction des prêtres ouvriers, mais consentit à cette épreuve. Sa cause de béatification est en route à Rome.

Le Père Jacques Loewe en a été le témoin, Janine Hourcade le cite : "Un jour, Madeleine – on était en pleine crise de 1954 – se crut obligée de dire à des prêtres amis de sa pensée, sur un point précis sa divergence. Ce qu’elle leur demande - et Dieu sait avec quelle affection fraternelle et quelle coïncidence de pensée quant aux nécessités de la mission - c’est de ne pas rester à courte vue devant les mutilations immédiates qui leur sont imposées".

Janine Hourcade cite ces paroles de Madeleine Delbrêl: "Un amour réaliste de l’Eglise comporte nécessairement de recevoir des coups et de porter des plaies (…). Ainsi, nous livrons passage à la vie de Dieu, rien ne peut nous introduire davantage dans la réalité intime de l’Eglise".

Et Thérèse d’Avila, qui fut inquiétée par l’Inquisition, rappelle la théologienne, s’exclama sur son lit de mort : "Je suis fille de l’Eglise !".

Plus encore, "l’Eglise est féministe !", ose la conférencière. Et d’expliquer : "On peut dire cela, lorsqu’on lit les écrits de Jean-Paul II sur la dignité de la femme, le génie de la femme". Jean-Paul II a évoqué pour la première fois ce "génie de la femme", le 19 juillet 1987, au cours de l’audience accordée à Castelgandolfo à Maria Antonietta Macciochi, professeur d’université et député européen, marquée, précise Janine Hourcade, par le marxisme (elle est l’auteur par exemple d’un entretien avec Sartre, paru en septembre 1979 dans "l’Europeo") et par le "féminisme".

Dans ce passage de "La femme à la valise" (3), Maria Antonietta Macciochi raconte sa rencontre avec le pape: "Levant les yeux, il m’adressa ces mots étonnants : "Je crois au génie des femmes". Il comprit mon étonnement, ma stupeur, et à nouveau il a répété, avec une sorte de fermeté, ou de défi, martelant les mots : "Je crois au génie des femmes…, même dans les périodes les plus sombres, on retrouve ce génie qui est le levier du progrès humain et de l’histoire". Voulait-il me faire une confidence ? Me confier une nostalgie ? Une intuition ? Je ne saurais le dire. Mais ces mots, si surprenants à l’oreille d’une femme revenue de tout et d’elle-même, je les déposerai ici, comme une énigme et peut-être comme une promesse".

On comprend mieux, au terme de ce voyage de visage en visage, pourquoi Janine Hourcade accorde une si grande importance à ce qu’elle appelle "le défi lancé par Jean-Paul II aux femmes de notre temps", celui de fonder un "Nouveau féminisme".

Dans la Lettre aux Femmes de 1995, "après avoir évoqué les manifestations du "génie de la femme" au cours de l’histoire, il ajoute, souligne l’auteur : "L’avenir de l’Eglise dans le troisième millénaire ne manquera certainement pas de voir naître de nouvelles et admirables manifestations du "génie féminin" (n. 11)".

"Cette espérance forte, prolongeant la certitude encore fragile entrevue par la femme "revenue de tout", cette assurance absolue et roborative établit avec certitude que "l’Eternel Féminin" ne meurt pas" : ce sont les derniers mots d’un livre où Janine Hourcade laisse aussi entrevoir ce qui l’anime.

Anita S. Bourdin

Janine Hourcade a fait une carrière de professeur de lettres. Elle est docteur en théologie et sa thèse de doctorat défendue à l’Université catholique de Toulouse, et publiée en 1986, a pour titre: "La femme dans l’Eglise". En 1990, un autre ouvrage de l’auteur posait la question: "L’Eglise est-elle misogyne?". En 1992, l’auteur demandait: "Pourquoi la femme?", en 1993: "Des femmes prêtres?". En 1997, elle a publié: "Une vocation féminine retrouvée", et en 2002 "Sainte Geneviève", à l’occasion des célébrations, civiles et religieuses, à Paris et à Nanterre, en l’honneur de celle qui a "sauvé Paris" (préface du card. Paul Poupard).

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(1) Lucienne Sallé, "Femme au Vatican" Ramsay, 1997 ; "Femmes pour L’aimer", Siloé, 2000.

(2) Vincent Aucante, "Le discernement selon Edith Stein: que faire de sa vie ?" Paris, Parole et silence, 2003 - Cahiers de l'École cathédrale 58.


(3) Maria Antonietta Macciochi, "La femme à la valise. Voyage intellectuel d’une femme en Europe", Grasset, 1988.