L'eucharistie fait du baptisé un « témoin »

L'exemple de S. Antoine de Padoue, par le card. Maradiaga

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Anne Kurian

DUBLIN, mercredi 13 juin 2012 (ZENIT.org) – L’eucharistie rend « témoin » car elle a une action « transformative » chez celui qui y participe, affirme le cardinal Maradiaga.

Le cardinal Oscar Andrés Rodríguez-Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa au Honduras, a en effet prononcé l’homélie de la messe internationale, ce mercredi 13 juin, en la fête de saint Antoine de Padoue, dans le cadre du Congrès eucharistique international de Dublin (10-17 juin 2012).

Le cardinal s’est appuyé sur l’exemple et l’enseignement de saint Antoine de Padoue, qui « a vécu une relation personnelle intime et passionnée avec l’eucharistie ».

L’eucharistie, a-t-il notamment rappelé, est « un don d’amour qui ne sera pleinement compris que dans l’éternité », c’est « un don du Seigneur », duquel le prêtre « n’est pas le propriétaire mais le servant ».

L’Eucharistie rend témoin

Le repas du Seigneur, a souligné le cardinal, n’est pas seulement une « réunion de communauté », c’est aussi un « mémorial du sacrifice rédempteur du Christ ».

Citant saint Paul, il a rappelé que « celui qui mange de ce pain et boit à cette coupe, proclame la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il revienne », c’est-à-dire que celui qui y prend part, est « uni au mystère de la mort du Seigneur et devient son ‘missionnaire’. »

Il y a en effet, a-t-il expliqué, « une relation profonde entre célébrer l’Eucharistie et proclamer le Christ » : « Entrer dans la communion avec lui signifie, en même temps, être transformé en missionnaire de l’évènement que la célébration réalise. »

Parce que « l’eucharistie est le réel sacrement de la présence du Christ », a-t-il poursuivi, alors « il est inévitable que l’eucharistie ait une action transformative dans le cœur de celui qui la vit ». Ceux qui « participent à la table du Christ » deviennent des « instruments vivants de sa présence aimante, miséricordieuse, qui donne la paix ».

La participation à l’eucharistie, a précisé le cardinal, implique de rendre le mystère « contemporain à toute époque ». Les saints d’ailleurs, « révèlent ou manifestent le Christ » chacun « d’une façon unique dans leur contexte particulier ».

Redonner la place centrale

Pour saint Antoine, a poursuivi le cardinal, « annoncer le Christ c’est le comprendre et l’expliquer à travers le mystère de l’Eucharistie », en « vivant à chaque instant son union avec le Christ vivant et présent dans le Sacrement ».

La « dévotion personnelle » est « la façon la plus convaincante de prêcher ce que l’on croit »: que Jésus est présent dans le sacrement car « l’eucharistie, célébrée et adorée, est le commencement de la configuration au Christ », a affirmé le cardinal.

En ce sens, a-t-il rapporté, saint Antoine disait « il s‘épuise en vain à répandre la doctrine chrétienne, celui qui la contredit par son action ». Il passait d’ailleurs « de longues heures de contemplation et de profond silence amoureux en la présence de Jésus, devant le Tabernacle ».

Aujourd’hui, a constaté le cardinal, l’eucharistique est confrontée à « la pratique de l’indifférence ». Elle est « ignorée » et « n’occupe pas une importante place pour la grande majorité des gens », qui font penser aux Israélites au désert : « Nous sommes dégoûtés de ce pain misérable ». (Nb 21,5)

C’est pourquoi le cardinal a invité les chrétiens à donner à l’eucharistie « une place plus centrale dans leurs vies » afin de « porter du fruit en amour et solidarité ».

Saint Antoine et la mule

« La puissance et l’abondance des miracles » dans la vie de saint Antoine, ont leur source « dans sa vie eucharistique profonde », a estimé le cardinal par ailleurs, illustrant son propos par l’histoire miraculeuse de saint Antoine et la mule.

« Un jour à Rimini, a raconté le cardinal, saint Antoine fut pris à parti par un leader de l’hérésie des patarins – un mouvement réformiste né dans le nord de l’Italie qui réfutait la présence réelle – appelé Bonvillo : « Si tu veux que je croie à ce mystère, tu devras faire ce miracle: J’ai une mule. Je vais la priver de nourriture durant trois jours consécutifs. Nous nous retrouverons alors, je viendrai avec de l’orge et toi avec le sacrement. Si la mule reste indifférente au fourrage et va s’agenouiller et adorer ‘ton pain’, alors je l’adorerai moi aussi. » »

« Saint Antoine accepta le défi, a poursuivi le cardinal, et il s’en alla pour implorer l’aide de Dieu par la prière, le jeûne et les pénitences. Au bout de trois jours, il revint sur la place publique, portant en ses mains un ostensoir avec le Corps du Christ. Une grande foule était réunie, impatiente de connaître le résultat de ce défi extraordinaire ».

Saint Antoine fit face à l’animal affamé, et lui dit: “Au nom du Seigneur que, malgré mon indignité, je porte dans mes mains, je t’ordonne de venir et de montrer ta vénération à ton créateur, afin que la malveillance des hérétiques puisse être confondue et que tous comprennent la vérité de ce très Saint Sacrement que les prêtres donnent à l’autel et par lequel toutes les créatures sont sujettes à leur créateur”.

« Tandis que saint Antoine parlait, a précisé le cardinal, Bonvillo jetait de l’orge à la mule afin qu’elle le mange, mais la mule ne prêtait pas attention à la nourriture. Elle s’avança pas à pas et s’agenouilla respectueusement sur les deux genoux devant le saint qui avait élevé l’hostie et elle resta dans cette position jusqu’à ce que saint Antoine lui ait donné la permission de se lever. »

« Bonvillo tint sa promesse et se convertit de tout son cœur à la foi catholique », a conclu le cardinal, et « les hérétiques abjurèrent leurs erreurs » tandis que saint Antoine, « après avoir donné la bénédiction du Saint Sacrement au milieu des ovations, porta l’ostensoir en procession à l’Eglise où il rendit grâce à Dieu pour le miracle et la conversion de tant de frères ».