L'Evangile, antidote au désespoir actuel

Homélie pour l'Assomption à Daejeon, Corée du Sud (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Pape François | 965 clics

« L’espérance offerte par l’Évangile, est l’antidote à l’esprit de désespoir qui semble croître, tel un cancer dans la société » et dont les jeunes paient le prix fort, affirme le pape François ce 15 août 2014.

Pour la fête de l'Assomption de la Vierge Marie, au deuxième jour de son voyage apostolique en Corée du Sud, le pape François a vécu sa première rencontre avec le peuple coréen, au « World cup stadium » de Daejeon, situé à quelque 150 km au sud de Séoul.

Durant la messe ouverte aux environs de 10h50 (3h50 heure de Rome), en présence de 50.000 personnes (capacité du stade), le pape a médité sur la liberté chrétienne à l'école de la Vierge Marie : « De Marie, pleine de grâce, nous apprenons que la liberté chrétienne est quelque chose de plus que la simple libération du péché. C’est la liberté qui ouvre à une nouvelle façon spirituelle de considérer les réalités terrestres, la liberté d’aimer Dieu ainsi que nos frères et sœurs d’un cœur pur, et de vivre dans la joyeuse espérance de la venue du Règne du Christ. »

Il a souhaité que les chrétiens de Corée soient « une force généreuse de renouveau spirituel en chaque milieu de la société » : « Qu’ils combattent l’attrait du matérialisme... les modèles économiques inhumains... ainsi que la culture de la mort qui dévalue l’image de Dieu, le Dieu de la vie, et viole la dignité de chaque homme, femme et enfant. »

Homélie du pape François

Chers frères et sœurs dans le Christ,

En union avec toute l’Église, nous célébrons l’Assomption de la Vierge Marie, corps et âme, dans la gloire du ciel. L’Assomption de Marie nous montre notre propre destinée comme enfants adoptifs de Dieu et membres du Corps du Christ. Comme Marie notre mère, nous sommes appelés à participer pleinement à la victoire du Seigneur sur le péché et sur la mort, et à régner avec lui dans son Royaume éternel.

Le ‘‘grand signe’’ présenté dans la première lecture – une femme vêtue de soleil et couronnée d’étoiles (cf. Ap 12, 1) – nous invite à contempler Marie intronisée dans la gloire à côté de son divin Fils. Il nous invite aussi à prendre conscience de l’avenir que, encore aujourd’hui, le Seigneur ressuscité ouvre devant nous. Traditionnellement, les Coréens célèbrent cette fête à la lumière de leur expérience historique, reconnaissant l’affectueuse intercession de Marie à l’œuvre dans l’histoire de la nation et dans la vie de son peuple.

Dans la seconde lecture de ce jour, nous avons entendu saint Paul nous dire que le Christ est le nouvel Adam, dont l’obéissance à la volonté du Père l’a emporté sur le règne du péché et de l’esclavage, et a inauguré le règne de la vie et de la liberté (cf. 1 Co 15, 24-25). La vraie liberté se trouve dans notre accueil amoureux de la volonté du Père. De Marie, pleine de grâce, nous apprenons que la liberté chrétienne est quelque chose de plus que la simple libération du péché. C’est la liberté qui ouvre à une nouvelle façon spirituelle de considérer les réalités terrestres, la liberté d’aimer Dieu ainsi que nos frères et sœurs d’un cœur pur, et de vivre dans la joyeuse espérance de la venue du Règne du Christ.

Aujourd’hui, en vénérant Marie, Reine du Ciel, nous nous tournons aussi vers elle en tant que Mère de l’Église en Corée. Nous lui demandons de nous aider à être fidèles à la liberté royale reçue le jour de notre baptême, de guider nos efforts pour transformer le monde selon le plan Dieu, et de rendre l’Église capable en ce pays d’être toujours plus pleinement un levain de son Royaume au sein de la société coréenne. Puissent les chrétiens de cette nation être une force généreuse de renouveau spirituel en chaque milieu de la société. Qu’ils combattent l’attrait du matérialisme qui étouffe les authentiques valeurs spirituelles et culturelles, ainsi que l’esprit de compétition débridée qui génère égoïsme et conflits. Qu’ils rejettent également les modèles économiques inhumains qui créent de nouvelles formes de pauvreté et marginalisent les travailleurs, ainsi que la culture de la mort qui dévalue l’image de Dieu, le Dieu de la vie, et viole la dignité de chaque homme, femme et enfant.

En tant que catholiques coréens, héritiers d’une noble tradition, vous êtes appelés à valoriser cet héritage et à le transmettre aux générations futures. Cela demande pour chacun la nécessité d’une conversion renouvelée à la Parole de Dieu et une vive sollicitude pour les pauvres, ceux qui sont dans le besoin et les personnes vulnérables au milieu de nous. En célébrant cette fête, nous nous unissons à toute l’Église répandue à travers le monde, et nous contemplons Marie comme Mère de notre espérance. Son chant de louange nous rappelle que Dieu n’oublie jamais ses promesses de miséricorde (cf. Lc 1, 54-55). Marie est celle qui est pleine de grâce parce qu’ ‘‘elle a cru en l’accomplissement de tout ce qui lui a été dit de la part du Seigneur’’ (Lc 1, 45). En elle, toutes les promesses de Dieu se sont révélées véridiques.

Intronisée dans la gloire, elle nous montre que notre espérance est réelle ; dès à présent, cette espérance se présente comme ‘‘une ancre sûre et solide pour l’âme’’ (He 6, 19), là où le Christ est assis dans la gloire.

Cette espérance, chers frères et sœurs, l’espérance offerte par l’Évangile, est l’antidote à l’esprit de désespoir qui semble croître, tel un cancer dans la société qui extérieurement est nantie mais qui souvent fait l’expérience de la tristesse intérieure et du vide. À combien de nos jeunes ce désespoir a fait payer son tribut ! Puissent-ils, ces jeunes qui nous entourent ces jours-ci avec leur joie et leur confiance, n’être jamais privés de leur espérance !

Tournons-nous vers Marie, Mère de Dieu, et implorons la grâce d’être joyeux dans la liberté des enfants de Dieu, d’utiliser cette liberté avec sagesse au service de nos frères et sœurs, de vivre et d’œuvrer de façon à être des signes d’espérance, cette espérance qui trouvera son accomplissement dans le Royaume éternel, là où régner, c’est servir.

Amen