L’héritage bioéthique de Tony Blair

Entretien avec le Directeur national de la « Society for the Protection of Unborn Children »

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ROME, Lundi 12 mars 2007 (ZENIT.org) – « Le Royaume Uni exporte des valeurs qui sont contraires à la vie et à la famille », estime John Smeaton, directeur d’une organisation visant à promouvoir des lois en faveur du respect de la vie.



John Smeaton, Directeur national de la « Society for the Protection of Unborn Children », qui a son siège au Royaume-Uni, a expliqué à Zenit quelles sont selon lui les perspectives présentes et futures de la bioéthique en Grande-Bretagne.

Zenit : Tony Blair prévoit de mettre un terme à son mandat de premier ministre cette année. La Grande-Bretagne a-t-elle changé sa vision de la bioéthique, sous son mandat ?

J. Smeaton : Sous Tony Blair, le gouvernement et le Parlement ont fait plonger tout le pays dans un gouffre éthique. La notion de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas, n’existe plus. Tout est réduit à des questions purement administratives et techniques, lesquelles sont résolues par la mise en œuvre de nouvelles approches contraires à la vie.

Deux des premières mesures mises en œuvre par Tony Blair concernent, l’une, le phénomène des adolescentes se retrouvant enceintes, à propos duquel il a voulu lancer un programme politique ; l’autre, la loi sur la fin de vie qu’il a accepté de mettre en discussion, pour qu’elle soit modifiée.

La première mesure a débouché sur une autorisation, pour les jeunes filles, dès l’âge de 11 ans, à recourir à l’avortement et à avoir accès aux médicaments ou aux moyens contraceptifs sans le consentement préalable de leurs parents. La seconde mesure a porté sur la promulgation d’une loi – la Mental Capacity Act 2005 – qui permet au médecin ou l’oblige, selon les circonstances, à faire mourir d’inanition et de déshydratation ses patients sans défense.

Le gouvernement Blair est en train d’exporter l’avortement à la demande des pays en voie de développement, sous prétexte de vouloir répondre aux objectifs de développement du millénaire. Il a augmenté le financement accordé aux agences qui sont chargées du contrôle démographique comme l’International Planned Parenthood Federation ou le Fonds des Nations unies pour la Population, impliqué par ailleurs dans la politique chinoise de l’enfant unique.

Tony Blair a encouragé l’expérimentation destructive des embryons humains clonés. De tous les domaines éthiquement sensibles pour la vie et pour la famille, je n’en vois aucun que le gouvernement Blair n’ait pas fait empirer.

De plus, en matière de politique de soutien contraire à la vie et à la famille, le Royaume-Uni exerce une influence décisive en Europe et dans beaucoup d’autres parties du monde.

Zenit : Que pensez-vous de la qualité des débats menés en Grande-Bretagne sur les sujets de bioéthique, par rapport au reste du monde ? Par exemple aux Etats-Unis, en Australie ou en Allemagne ?

J. Smeaton : Pour moi, le niveau des débats est plutôt bas par rapport au reste du monde.

En Grande-Bretagne, les moyens de communication, conduits par des soi-disant médias de qualité comme le Times et la BBC, présentent les thèmes de bioéthique comme le clonage humain, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et l’avortement, de manière pratiquement unilatérale.

Les considérations scientifiques et éthiques selon lesquelles la recherche sur les cellules souches embryonnaires représente une pratique éthiquement inacceptable sont totalement marginalisées par ces médias ou du moins, rapportées de façon tout à fait partiale. Sans compter le pouvoir de manipulation dont l’actuel gouvernement fait preuve quand il s’agit de débattre de questions bioéthiques.

Le gouvernement a par exemple réussi à faire passer le concept d’ ‘euthanasie par omission’ dans la loi d’avril 2005, tout en assurant les politiciens et les chefs religieux qu’il était totalement opposé à la légalisation de l’euthanasie.

Zenit : Des représentants chrétiens en Grande-Bretagne ont stigmatisé l’état dans lequel est en train de verser la religion, comme en témoigne la baisse d’affluence dans les églises. Cela a-t-il eu des répercussions sur des questions inhérentes aux thèmes de la vie ?

J. Smeaton : Quelle que soit la raison fondamentale de cette faible affluence, la situation a empiré car il n’y a pas d’enseignement clair sur les sujets liés à la vie.

En Grande-Bretagne, les mineurs de 16 ans ont, hélas, accès à la pratique de l’avortement et aux moyens de contraception par le biais des écoles – même dans les écoles catholiques – sans que les parents en soient informés ou aient à donner leur consentement.

L’année dernière, une enseignante d’une école mixte, en Angleterre, a ouvertement parlé du type d’éducation sexuelle qui était donnée aux élèves de sa classe, des enfants entre 13 et 14 ans. L’enseignante a affirmé : « Je pense que l’on doit savoir ce qui se passe dans les écoles. J’ai vu de mes propres yeux une infirmière utiliser un modèle en plastique pour montrer aux élèves comment appliquer ce qu’elle a défini comme étant un préservatif au goût chocolaté ».

Et d’ajouter : « Tous les enfants de la classe ont reçu une fiche expliquant comment ils pouvaient se procurer des contraceptifs et des pilules du lendemain gratuitement. Sur cette fiche, était également indiqué le nom d’un site internet qui explique ce qu’une jeune fille doit faire si elle souhaite avorter. Et nous parlons d’une école catholique où l’on s’attendrait plutôt à ce que les étudiants bénéficient d’une forme de tutelle les préservant de ce genre de choses ».

Le nombre de parents catholiques entrés en contact avec la Society for the Protection of Unborn Children et ayant rapporté des expériences de ce genre dans les classes primaires et secondaires des écoles catholiques, est en augmentation croissante. Parents et enseignants catholiques protestent pour la protection de leurs enfants, mais personne ne semble vouloir les écouter.

D’autre part, le gouvernement britannique et l’Union européenne ont statué sur l’égalité entre les hommes, les femmes, les personnes homosexuelles et transsexuelles dans le domaine du travail, disposition qui devra être appliquée dans tous les Etats membres, sous peine de sévères sanctions.

Zenit : A votre avis, la Grande-Bretagne utilise-t-elle un langage philosophique et théologique adéquat pour débattre correctement de bioéthique ?

J. Smeaton : Non seulement la Grande-Bretagne a perdu sa boussole morale, mais elle a également perdu une bonne partie du langage éthique et n’est plus capable de penser d’une manière moralement rationnelle.

Pour la plupart des personnes, la morale est essentiellement liée à une étrange combinaison entre l’intérêt personnel, la compassion et le désir de ne pas avoir à endurer de souffrances ni subir d’inconvénients. Ceci expliquant cette capacité des britanniques à se montrer à la fois favorables et critiques devant un sujet comme l’avortement.

Le terme « discriminer » est devenu totalement négatif, alors qu’il n’y pas si longtemps, être jugé capable de discrimination constituait un compliment.

Toute distinction entre une discrimination juste ou injuste a disparu du vocabulaire éthique. Il n’existe plus de langage objectif pour classer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, dans le cadre du comportement sexuel. On assiste par ailleurs à une sorte de stalinisme moral qui, au plan juridique, oblige chaque employeur à engager une personne indépendamment de son orientation sexuelle déclarée ou de ses conditions de vie personnelle.

Zenit : Si rien ne change, quel sera selon vous le visage de la Grande-Bretagne dans 25 ans, d’un point de vue culturel et éthique ?

J. Smeaton : La réponse revient à Rome, qui doit nommer des évêques courageux. Si l’Eglise catholique commence à envoyer des signaux clairs en faveur de la vie et de la famille, et en particulier sur le lien inséparable qui unit les aspects unitifs et procréatifs du rapport sexuel, le travail des organisations laïques comme la Society for the Protection of Unborn Children, porteuse d’une expérience forte de plus de 4 décennies, pourra porter tous ses fruits et améliorer la situation.

Le lancement d’un mouvement pacifique en faveur de la vie et de la famille, marqué par une forte adhésion de personnes aspirant à transmettre leurs valeurs à tous les citoyens, pourrait avoir une forte influence sur la société.

Les laïcs qui s’emploient à défendre les valeurs de la vie, celles du mariage et de la famille risquent également de finir en prison. Le Mental Capacity Act de 2005, considère déjà comme un délit le fait qu’un médecin continue, dans certaines circonstances particulières, de donner à boire et à manger à ses patients.

Les mesures favorisant les droits des personnes homosexuelles deviennent de plus en plus draconiennes.

Les médecins qui refuseraient de prescrire l’avortement à leurs patients risquent de perdre leur travail, tout comme les enseignants qui refuseraient d’obéir à la politique du gouvernement en matière d’avortement.

Tout parent tenté de transmettre à ses enfants l’enseignement chrétien traditionnel sur l’homosexualité risquerait de s’en voir retirer la garde, et les enfants seraient alors confiés aux services sociaux. Les valeurs morales authentiques ne pourront être enseignées qu’en cachette.

La Grande-Bretagne est destinée à continuer d’exercer son influence sur l’Union européenne et sur d’autres parties du monde en faveur de l’avortement, de la recherche sur les embryons, du clonage humain, de l’euthanasie et du « mariage » homosexuel.