L'héritage des trois encycliques de Benoît XVI

La clef de voûte de son magistère

Rome, (Zenit.org) Luca Marcolivio | 2297 clics

Trois encycliques en huit années de pontificat : deux sur une vertu théologale, la troisième sur la doctrine sociale. Dans ce cadre, le magistère de Benoît XVI a misé sur l’essentiel et, en même temps, sur la profondeur.

La quatrième encyclique aurait dû être sur la foi et pourtant, comme l’ont souligné certains commentateurs, son pontificat est, en ce sens, une encyclique vivante. Pour Joseph Ratzinger, accepter son rôle de pape a été un grand acte de foi, comme l’a été aussi sa renonciation à cette charge.

La première encyclique, Deus caritas est, a été publiée le 25 janvier 2006, après neuf mois de pontificat, et signée exactement un mois avant, à Noël 2005.

De manière assez peu rituelle, Benoît XVI l’a annoncée le 18 janvier 2006, au cours de l’audience générale. A cette occasion, le Saint-Père s’est arrêté immédiatement sur les concepts d’eros et d’agape, qui aident à comprendre deux dimensions complémentaires et, en même temps, essentielles de l’amour.

L’eros, tout en se référant à la dimension plus proprement terrestre et sensuelle de l’amour, « vient de la source même de la bonté du Créateur, de même que la possibilité d'un amour qui renonce à soi en faveur de l'autre », expliquait le pape.

La seconde dimension de l’amour, pleinement compréhensible dans une optique transcendante, est précisément l’agape qui se manifeste surtout « dans la mesure où tous deux s'aiment réellement et que l'on ne recherche plus soi-même, sa joie, son plaisir, mais que l'on cherche avant tout le bien de l'autre ».

La famille est le premier « habitat » naturel pour la caritas, comprise dans la double acception du terme précisée par le pape, cependant la charité est aussi un principe social, dans la mesure où elle dirige l’homme « vers la plus grande famille de la société, vers la famille de l'Eglise, vers la famille du monde ».

Le concept de charité, surtout dans la langue italienne, est souvent associé à la philanthropie et parfois aussi à la Caritas, comprise comme organisation ecclésiale. Cependant elle est surtout « une expression nécessaire de l'acte plus profond de l'amour personnel par lequel Dieu nous a créés, suscitant dans notre cœur l'élan vers l'amour, reflet du Dieu Amour qui nous fait à son image », affirmait le pape.

La seconde encyclique de Benoît XVI, Spe salvi, est inspirée d’une phrase de saint Paul : « Car notre salut est objet d'espérance » (Rm 8,24). L’espérance chrétienne n’a pas une dimension seulement terrestre. Jésus-Christ, en effet, nous a conduits à « la rencontre avec l'espérance qui était plus forte que les souffrances de l'esclavage et qui, de ce fait, transformait de l'intérieur la vie et le monde » (SS 4)

L’espérance chrétienne n’est pas dans quelque chose mais en quelqu’un. En outre, elle est la source de la vraie liberté, en opposition avec les faux mythes du progrès et de la science. Cette dernière, en particulier, « ne rachète pas l’homme », écrit le pape ; au contraire, si elle est mal utilisée, elle « peut aussi détruire l’homme et le monde » (SS 24-26).

Les lieux d’espérance indiqués par Benoît XVI sont au nombre de trois : 1) la prière, dans la mesure où Dieu ne refuse jamais son écoute ; 2) l’action qui implique surtout le côté altruiste de l’espérance, l’engagement afin que « le monde devienne un peu plus lumineux et humain » (SS 35) ; 3) la souffrance qui permet de mûrir, « d’y trouver un sens par l’union au Christ, qui a souffert avec un amour infini » (SS 36-39) ; 4) le jugement de Dieu, ou plutôt la justice divine finale qui « révoque » la souffrance passée.

Signée le 29 juin 2009, l’encyclique Caritas in veritate est, elle aussi, inspirée d’une phrase de saint Paul : « vivant selon la vérité et dans la charité » (Ep 4,15). La genèse de ce document fut plutôt longue et travaillée : destinée à sortir en 2008, la publication en fut retardée sur l’initiative du Saint-Père, afin de pouvoir expliquer de façon plus posée les changements en acte dus à la grande crise économique mondiale qui avait éclaté à cheval sur ces années.

La charité, explique Benoît XVI dans l’introduction, « est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Eglise » et, étant donné « le risque (…) de la comprendre de manière erronée, de l’exclure de la vie morale », elle doit être conjuguée avec la vérité.

Rappelant le message toujours actuel de l’encyclique Populorum progressio(1967) de Paul VI, le pape Ratzinger s’arrête sur le concept du « bien commun », un principe de plus en plus foulé aux pieds par les phénomènes dégénératifs comme, par exemple, la finance spéculative, la mauvaise gestion des flux migratoires, l’exploitation déréglée des ressources de la terre, les coupes sans discernement dans les dépenses sociales.

Pour surmonter la crise économique globale et les inégalités sociales de plus en plus évidentes, il est nécessaire de recommencer à valoriser le capital le plus important : le capital humain. Le primat de l’homme se traduit avant tout dans le respect de la vie humaine depuis sa conception jusqu’à la mort naturelle : outre redire un « non » ferme à l’avortement et à l’euthanasie, Benoît XVI condamne aussi les politiques antinatalistes.

L’économie de marché elle-même, si elle veut s’humaniser, doit arrêter de « compter uniquement sur elle-même » et d’être un « lieu de domination des forts sur les faibles », en redécouvrant, au contraire, la logique du don.

Caritas in veritate est aussi l’encyclique qui, plus que toute autre, a approfondi la question de l’éthique environnementale. La nature étant un don de Dieu à utiliser de manière responsable, le pape suggère une réduction de la consommation énergétique et le recours aux énergies alternatives.

Parmi les autres principes fondamentaux de l’encyclique, on trouve celui de la subsidiarité qui, « à travers l’autonomie des corps intermédiaires », devient « l’antidote le plus efficace contre toute forme d’ « assistanat paternaliste », et le développement qui, pour mériter ce nom, « doit comporter une croissance spirituelle et pas seulement matérielle ».

Traduction Hélène Ginabat