L'importance des chrétiens du Moyen Orient sur « Al Jazeera »

Par le cardinal Jean-Louis Tauran

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Anita Bourdin 

ROME, jeudi 15 mars 2012 (ZENIT.org) – « Si les chrétiens quittent le Moyen-Orient, ce sera une tragédie », déclare le cardinal français Jean-Louis Tauran dans une série d’émissions du programme « Talk to Al Jazeera », de la chaîne du Qatar, et qui seront diffusées du 17 au 20 mars.

Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le cardinal Tauran a été interviewé à Rome, le 24 février, par Sami Zeidan, journaliste britannique musulman, originaire d’Arabie Saoudite. Des passages de cet entretien sont publiés ce 15 mars en italien par Il Corriere della Sera.

Les Arabes chrétiens

S’adressant au monde musulman et arabe, le cardinal Tauran fait observer le danger que représenterait l’hémorragie des chrétiens du Moyen Orient: « Les chrétiens partagent le destin des peuples de la région. Et là où la paix n’existe pas, ils souffrent. Leur grande tentation est d’émigrer, parce que le processus de paix n’avance pas. Mais si les chrétiens quittent le Moyen Orient, ce sera une tragédie, parce qu’ils quitteront la terre qui les a vus naître. Les chrétiens ont toujours vécu au Moyen Orient. S’ils s’en vont, les Lieux Saints deviendront un musée et ce sera une catastrophe ».

Il déplore les discriminations dont les chrétiens sont victimes, en disant notamment que « dans les pays où les musulmans sont majoritaires, les chrétiens se sentent des citoyens de seconde classe ».

Le choc des ignorances

Le cardinal Tauran diagnostique la cause de cet état de fait dans une « ignorance » réciproque et il met en garde contre ce « choc des ignorances » : « Nous sommes parvenus à éviter le choc des civilisations, évitons le choc des ignorances ».

Il fait observer que beaucoup de personnes, en Occident,  « n’ont jamais ouvert le Coran, ni rencontré un musulman ».  Et inversement, dans des pays à majorité musulmans, certains manuels scolaires n’évoquent les chrétiens que comme des « impies » : « Ce n’est pas juste », proteste-t-il. 

Reprenant une expression récente de Benoît XVI, il regrette le développement de cet « analphabétisme religieux », pour lequel il indique cependant le remède : il faut « un énorme effort d’éducation ».

Le printemps et les Lieux saints

A propos du « Printemps arabe », le cardinal Tauran fait observer que « ces aspirations, nées chez des jeunes en recherche de dignité, de liberté et de travail, sont bonnes et partagées tant par les chrétiens que par les musulmans ». Il insiste sur l’importance d’écouter de ces aspirations: « Nous espérons que ce printemps conduira à l’été et non à l’hiver. Le Vatican n’espère ni ne craint : nous devons être sur le terrain et écouter les aspirations du peuple ».

Quant aux Lieux saints de Jérusalem, le cardinal Tauran, appelle de ses vœux la résolution de la question dont dépend, selon lui, la paix de la région: « Tant que cette question ne sera pas résolue de façon adéquate, il n’y aura pas de paix au Moyen Orient ».

Il rappelle la position du Saint-Siège pour garantir la liberté religieuse: « Nous sommes favorables à un statut internationalement reconnu pour la partie de Jérusalem où les Lieux saints des trois religions monothéistes sont ouverts aux croyants ».