"L’impossible mariage homosexuel"

Par Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale

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CITE DU VATICAN, Jeudi 13 mai 2004 (ZENIT.org) – "L’homosexualité est une réalité privée qui n’est pas au fondement du lien social", explique le P. Tony Anatrella, dans les colonnes de "inXL6.org", le site "jeunes" de l’Eglise catholique en France (Cf. http://www.inXL6.org/article1633.php ) alors que la question est soulevée en France par la décision d’un maire de présider un mariage entre deux personnes homosexuelles.



"L’homosexualité, explique le médecin dans l’article ci-dessous, ne peut pas devenir une norme parmi d’autres. En la présentant comme telle, on entraîne un changement considérable dans la société qui ne sera plus organisée autour du bien commun mais à partir de singularités qui finiront par desservir le lien social et la cohésion sociale".

L’auteur examine à la fois la loi de la raison, l’ordre biologique et anthropologique, l’ordre social, et l’ordre juridique.

Le Père Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale.

L’opposition à la reconnaissance juridique des "unions" homosexuelles s’articule autour de plusieurs types d’arguments, comme le rappelle la note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publiée le 1er août 2003, dont le P. Anatrella reprend ici le commentaire qu'il a fait à l’époque, en le complétant (Cf. La documentation catholique, n. 2298, 7 et 21 septembre 2003).

On pourra aussi lire sur inXL6 : «Le mariage entre homosexuels est contraire à la loi»; "Le Mariage, une vocation" (I) et "Le Mariage, une vocation" (II), ou bien, pour ne rien manquer des nouveautés du site, s’inscrire à la "lettre".

- L’impossible mariage homosexuel -

Selon l’ordre relatif à la raison

La loi civile est soumise à la loi morale. Il ne revient pas à la loi civile de dire la morale mais de contribuer à l’organisation de la société au regard du bien commun. En revanche, elle ne peut pas être en contradiction avec la loi morale sinon elle perd de son crédit et c’est la société qui vient à perdre progressivement le sens de la loi. Un état de fait que l’on peut constater à travers de nombreuses attitudes délinquantes que l’on qualifie, à tort, d’incivilités.

La loi ne peut pas être à l’opposée des principes de la raison. Il n’y a rien de discriminatoire à rappeler que ce sont des hommes et des femmes qui se marient, qui conçoivent, éduquent ou adoptent des enfants. Un critère de sexualité est indispensable au mariage et à l’adoption des enfants. Ils ont besoin de la double figure de l’homme et de la femme, du père et de la mère, pour se développer de façon cohérente en sachant que seuls un homme et une femme peuvent concevoir un enfant. Nous sommes dans un contexte de désincarnation de la sexualité humaine et de la procréation. Nous finissons par croire, de façon délirante, que l’on peut "fabriquer" un enfant dans n’importe quelle condition pour obtenir l’objet qui viendra rassurer le narcissisme et l’égoïsme de l’adulte voire de l’immature. Dans ces conditions, l’enfant est un objet au lieu d’être reconnu pour lui-même.

Les lois qui légitiment l’homosexualité sont donc contraires à la raison et au bien commun. Le mariage doit être protégé de ces dérives. Répétons le, l’homosexualité est une réalité privée qui n’est pas au fondement du lien social. Elle ne peut pas devenir une norme parmi d’autres. En la présentant comme telle, on entraîne un changement considérable dans la société qui ne sera plus organisée autour du bien commun mais à partir de singularités qui finiront par desservir le lien social et la cohésion sociale.

Selon l’ordre biologique et anthropologique

Des réalités aussi objectives que les aspects biologiques, corporels et anthropologiques qui caractérisent la base du mariage sont absentes des "unions" homosexuelles pour fonder raisonnablement le mariage. Ces relations ne sont pas de l’ordre de la conjugalité et sont, par définition, infécondes. Elles ne représentent pas l’avenir de la société comme le couple fondé entre un homme et une femme.

Les manipulations revendiquées pour obtenir une fécondation artificielle, sont une perversion et ne changent rien au problème qui fait que, dans l’homosexualité, nous sommes dans le déni de la différence des sexes et dans le déni même de l’acte sexuel entre un homme et une femme afin de concevoir un enfant. La procréation médicalement assistée (PMA) est un mode de fécondation exceptionnel et très coûteux à bien des égards. Il est déraisonnable de vouloir concevoir à partir de la PMA un nouveau type de parenté et de filiation au nom de l’unisexualité et du narcissisme sexuellement autosuffisant, ce qui ne manquera pas de peser négativement sur le destin psychologique des enfants dans les générations à venir. Les effets néfastes de ce genre de pratique, s’ils sont prévisibles, se mesurent sur le long terme.

En revanche, il convient de faire une distinction entre ceux qui sont devenus pères ou mères au sein d’un couple formé par un homme et une femme, et qui se sont séparés pour vivre leur homosexualité, et d’autres qui, dans une relation entre personnes de même sexe, veulent adopter ou obtenir par tous les moyens un enfant. Si les premiers doivent pouvoir continuer à exercer leur responsabilité parentale selon les exigences fixées par la loi qui veille à l’intérêt de l’enfant, il est préférable de ne pas permettre aux seconds de se voir confier un enfant qui a besoin d’un homme et d’une femme pour se structurer affectivement. Vouloir transgresser cette donnée de base de l’humanité, même si des situations exceptionnelles peuvent se présenter, revient à entrer dans un univers sans limites où tout semble possible. C’est le règne de la pensée magique et le déni du principe de réalité au mépris des conséquences qui en découlent.

Les enfants qui seraient adoptés dans ces "unions" risquent d’être instrumentalisés pour satisfaire chez des homosexuels le besoin d’être reconnus par la société. L’enfant serait pris en otage et situé dans une incohérence relationnelle. Il n’est pas juste de prétendre qu’il suffit qu’il se sente aimé pour s’épanouir : encore faut-il savoir dans quelle structure relationnelle un enfant doit être placé pour se développer. De nombreux problèmes se posent déjà avec des enfants du divorce mais aussi avec des enfants adoptés, faut-il ajouter des problèmes supplémentaires, et notamment identitaires, à des enfants qui ne sont pas habituellement appelés à la vie pour soutenir et valoriser des adultes dans leur mal être ? Faut-il ainsi fabriquer les psychoses de demain ?

Selon l’ordre social

La société ne peut être qu’hétérosexuelle, c’est-à-dire fondée sur le couple formé par un homme et une femme. Ils sont dans les conditions objectives pour s’engager et instituer ainsi leur état de vie dans le mariage.

L’homosexualité ne participe pas au bien du développement de la personne et de la société. Elle n’a pas à être reconnue par des lois spécifiques. La reconnaissance des "unions" homosexuelles n’apporte rien au lien social ; cela voudrait dire que l’on peut édifier et légitimer toutes les tendances sexuelles pour composer le lien social. C’est l’inverse qui se produirait car la tendance sexuelle (comme la tendance homosexuelle) est du côté de la pulsion et il n’est pas possible de se socialiser à partir d’une tendance à moins de le faire dans la violence, le chantage et la plainte permanente. La sexualité ne peut se socialiser qu’à partir de l’identité sexuelle (le fait d’être homme ou femme) qui est sur le versant de la culture et de l’élaboration des pulsions sexuelles pour les intégrer dans la cohérence de son identité. Avec l’homosexualité, c’est le processus contraire qui se produit et qui va à l’encontre du mouvement de civilisation de la personne et de la société. La volonté de contester les normes et les invariants de la société au nom de l’homosexualité montre, à l’évidence, qu’elle est un dissolvant social et un combat anti-juridique des normes objectives. L’homosexualité ne peut pas être un enjeu politique comme on le laisse entendre actuellement à moins d’être démagogique et suicidaire dans une société dépressive qui méconnaît ses repères de base.

Selon l’ordre juridique

Le mariage repose sur l’association des deux identités sexuelles et non pas sur une tendance partielle et témoigne du sens de l’engagement du couple formé par un homme et une femme dans la société et de la volonté de la société d’accorder des droits privilégiés à ceux qui s’engagent ainsi dans un lien juridique. Le mariage assure également le renouvellement des générations, la lisibilité de la filiation et de la parenté et apporte de la sécurité aussi bien aux adultes qu’aux enfants issus de leur communion sexuelle.

Des arguments spécieux sont souvent utilisés pour se plaindre de l’absence des droits en commun parce que deux personnes de même sexe vivraient sous le même toit (payer moins d’impôts, faciliter la succession, bénéficier de la couverture sociale du partenaire en cas de nécessité, voyager en étant reconnu comme un couple etc.). En réalité, ces personnes peuvent, comme tous les citoyens, bénéficier de droits (sur la base de leur autonomie privée) pour régler des questions juridiques, ouvrir un compte joint, acheter un appartement etc. sans pour autant que leur "union" soit assimilée injustement à un couple ou une famille. C’est pourtant à cette dérive regrettable à laquelle nous assistons. Des droits qui sont inhérents au mariage et à la vie familiale sont ainsi morcelés et distribués selon les majorités politiques dans l’irrespect des électeurs et du bien commun.

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