L’intégration européenne : le point de vue du Métropolite Kirill

Visite en Pologne

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CITE DU VATICAN, Dimanche 25 avril 2004 (ZENIT.org) – "La Pologne et la Russie sont voisins et il est indispensable que les deux pays se soutiennent mutuellement dans le contexte des processus de l'intégration. J'espère que ma visite y apportera une contribution", déclare le Métropolite Kirill lors de sa visite en Pologne.



"Europaica", le bulletin de la représentation de l’Eglise orthodoxe russe auprès de la Communauté européenne à Bruxelles, publie en français ce compte-rendu de la visite du métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad en Pologne (www.orthodoxeurope.org) et sa conférence intitulée: «Variété culturelle et spirituelle: la richesse de l'Europe», dans laquelle le métropolite se prononce à nouveau en faveur de "la mention de l'héritage chrétien" dans le préambule de la constitution européenne. Nous renvoyons au site pour le texte intégral en français.

Visite du métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad en Pologne

Le Président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, le métropolite Kirill de Smolensk, s'est rendu en Pologne du 27 mars au 1er avril. Il y était invité par l'Académie théologie chrétienne de Varsovie et l'organisation «Union sociale des chrétiens». Dès le premier jour de son séjour en Pologne, le métropolite Kirill a été reçu par le métropolite Savva, primat de l'Église orthodoxe de Pologne, et le cardinal Jozef Glemp, archevêque de Varsovie et primat catholique de Pologne. Au début de cette dernière rencontre, le métropolite Kirill a déclaré : «La Pologne et la Russie sont voisins et il est indispensable que les deux pays se soutiennent mutuellement dans le contexte de les processus de l'intégration. J'espère que ma visite y apportera une contribution». Lors de l'entretien avec le cardinal Glemp, le métropolite Kirill a souligné l'identité de la position des deux Églises devant les défis contemporains, dont, en particulier, la ! sécularisation et la propagande des valeurs contraires au christianisme. La Pologne, en tant que le pays européen le plus fidèle à la tradition chrétienne, reçoit la mission particulière de préserver les valeurs spirituelles dans le sein de l'Union européenne. Le cardinal et le métropolite ont abordé également la question des relations entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe russe et ont reconnu l'importance de la collaboration.

Le lendemain, le 28 mars, les métropolites Savva et Kirill ont présidé la célébration de la liturgie dans la cathédrale orthodoxe de Marie Madeleine. En saluant l'hôte de l'Église russe à la fin de l'office, le métropolite Savva a insisté sur le bien que représente pour les deux Églises leur union et leurs rapports étroits. En réponse, le métropolite Kirill a affirmé que les Orthodoxes russes prient avec amour pour l'Église orthodoxe de Pologne. Le même jour, le métropolite Kirill se rendit également à la cathédrale catholique Saint Jean-Baptiste, centre historique de Varsovie.

Le 29 mars, le métropolite Kirill a été reçu par le Président de la Pologne, M. Alexandre Kwasniewski. Le même jour, l'Académie théologique chrétienne lui a accordé le titre de docteur honoris causa, en présence du cardinal Glemp, du métropolite Savva et d'autres hiérarques polonais, catholiques et orthodoxes.

Le 31 mars, le métropolite Kirill s'est rendu à Cracovie où il a rencontré le cardinal Francisek Macharski. Il a visité également la communauté catholique des Sœurs de la Miséricorde divine et la cathédrale S. Stanislas.

Dans son discours sur le pluralisme culturel et religieux comme "une chance pour l'Union européenne et ses voisins", le métropolite Kirill de Smolensk et de Kaliningrad, déclarait à Varsovie, le 29 mars dernier: " La tâche la plus importante aujourd'hui est de créer les mécanismes du dialogue. Les premiers pas dans cette direction ont été faits aussi bien sur le plan interreligieux et interconfessionnel que dans les rapports entre les communautés religieuses et les institutions politiques. En particulier, des nouveaux horizons du dialogue entre les représentants de diverses conceptions philosophiques et religieuses pourraient s'ouvrir après l'adoption de la Constitution de l'UE".

Le métropolite Kirill notait en particulier: "Dans l'article 51 du projet de la Constitution il est reconnu que le statut des églises et des associations religieuses est défini par la législation nationale. Cela signifie que toutes les particularités nationales dans le domaine des rapports entre les églises et les États seront préservées et respectées. Le même article parle également de la nécessité d'établir un «dialogue ouvert, transparent et régulier» des organes de l'UE avec les églises et les organisations religieuses. Les contours de ce mécanisme de consultation ne sont pas encore définis. Des questions subsistent. Notamment, celle de savoir quelles institutions religieuses seront consultées. Dans quel cas cela aura-t-il lieu? Lorsque l'UE aura besoin du soutien des églises, ou bien lorsque ces dernières le demanderont?"

Il rappelle que les Orthodoxes russes sont dès maintenant touchés par le processus d’intégration, même si le territoire russe n’est pas pour le moment concerné: "Avec l'adhésion des pays baltes à l'UE et compte tenu de l'importance de la diaspora russe en Europe occidentale, l'Église orthodoxe russe se trouve impliquée dans le dialogue sur les questions religieuses".

Le métropolite insiste sur la nécessité du dialogue: "Nous sommes ouverts à la collaboration dans ce domaine avec les autres Églises chrétiennes. Nous avons une importante expérience des dialogues théologiques. Depuis des dizaines d'années nous nous rencontrons et discutons avec l'Église catholique romaine et les confessions protestantes traditionnelles, en particulier avec les Églises d'Allemagne et des pays scandinaves. Lors de nos rencontres nous abordons de manière fructueuse les sujets sociaux d'actualité. Nous avons acquis une grande expérience du dialogue inter-chrétien dans le cadre de la Conférence des Églises européennes".

Et d’ajouter: "Je suis convaincu que les résultats acquis dans les contacts inter-chrétiens témoignent de notre désir de défendre ensemble notre héritage dans le dialogue avec la sécularisation et le système libéral humaniste. D'autre part, l'action commune des chrétiens de l'Europe souligne ce que nous avons en commun, les particularités de chacun étant sauves. Dans certains domaines nous sommes solidaires avec les religions non chrétiennes qui existent en Europe et qui restent fidèles à l'éthique traditionnelle. Un tel travail est mené dans le cadre du Conseil européen de responsables religieux, créé en 2002, qui réunit les Églises chrétiennes traditionnelles et les représentants de l'islam, du judaïsme et des autres religions. <…>".

Il déclare par ailleurs: ‘"Il est tout à fait naturel que les chrétiens orthodoxes qui vivent dans les pays faisant déjà ou bientôt partie de l'UE se posent la question suivante: comment leur originalité religieuse et culturelle sera-t-elle préservée dans les conditions d'un développement dynamique des tendances centralisatrices en Europe? Les valeurs communes de l'Union seront-elles élaborées et corrigées en conformité avec les particularités religieuses et culturelles de tous les peuples? Ou est-ce qu'une seule approche du monde sera imposée comme l'unique modèle?"

Le métropolite ajoute: ""De manière générale, le problème suscité par le projet de la Constitution fait ressortir une difficulté qui existe depuis longtemps. Elle peut se résumer de cette façon: les croyants auront-ils la possibilité de mener une vie sociale conforme à leurs principes? Les prétentions centralisatrices de l'intégration européenne ne détruiront-elles pas les particularités religieuses des peuples de notre continent? Cela ne signifie aucunement que nous voulons remplacer l'universalisme libéral par l'universalisme chrétien. Le principe «qui aura le dessus» est étranger aux croyants. Il faut souligner qu'aujourd'hui toutes les communautés religieuses se reconnaissent mutuellement le droit de fonder leur existence sur leurs propres principes à condition qu'ils respectent la liberté d'autrui. La conclusion est simple: le modèle libéral humaniste ne doit pas être imposé comme universel et obligatoire à tous".