L'oeuvre de clarification du pape dérange

Signe de la capacité d'auto-renouvellement de l'Eglise, par le card. Bertone

| 1614 clics

Sergio Mora

Traduction d’Anne Kurian

ROME, mardi 19 juin 2012 (ZENIT.org) – L’entreprise de clarification et de purification de Benoît XVI, « dérange » mais elle est un signe de la capacité « d’auto-renouvellement » de l’Eglise.

C’est ce qu’affirme le cardinal Secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, dans un entretien avec l’hebdomadaire italien ‘Famille Chrétienne’ (Famiglia Cristiana) qui sortira en kiosque ce jeudi 21 juin.

Pour le cardinal italien, “la grande œuvre de clarification et de purification de Benoît XVI, entreprise lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en accord total avec Jean-Paul II, dérangeait certainement, et continue à déranger ”.

“Son action pour mettre fin aux épisodes de pédophilie de membres du clergé, explique-t-il, a montré que l’Eglise a une capacité d’auto-renouvellement que d’autres institutions et d'autres personnes n’ont pas”.

“Il est évident que l’Eglise est un roc qui résiste aux bourrasques, souligne-t-il. C’est un point de référence sans équivoque pour d’innombrables personnes et institutions dans le monde. C’est pour cela qu’on cherche à la déstabiliser”.

Le cardinal dénonce par ailleurs le traitement de l’information dans certains médias : “De nombreux journalistes jouent à imiter Dan Brown. On continue à raconter des fables ou à proposer des légendes”, constate-t-il.

C’est pourquoi il demande de retrouver le "sens des proportions", en cherchant la "consistance réelle des faits", et en évitant de "fantasmer" sur le contenu des documents volés au pape.

Ces affaires ne résultent pas “d’une implication de cardinaux ou de luttes entre des personnalités ecclésiastiques pour la conquête d’un mystérieux pouvoir”, assure-t-il.

Le cardinal Bertone ne se prononce pas sur la responsabilité de Paolo Gabriele, majordome de Benoît XVI, rappelant que les enquêtes sont toujours en cours.

“Le pape même, révèle-t-il, nous a demandé plusieurs fois, affligé, une explication sur les motivations du geste de Paolo Gabriele, qu’il aime comme un fils”.

“Je suis également au centre de la mêlée, poursuit le cardinal. Je vis ces évènements avec douleur mais aussi en voyant constamment l’Eglise réelle à mon côté”.

Selon le Secrétaire d’Etat, une “tentative acharnée et répétée de séparer, de créer la division entre le pape et ses collaborateurs, et entre les collaborateurs” est en cours, avec le but d’“atteindre ceux qui se dévouent avec grande passion et avec beaucoup d’efforts personnels, pour le bien de l’Eglise ”.

Le cardinal dément les rumeurs selon lesquelles il aurait reçu la visite d’un « monsignore », alors qu’il était archevêque de Gênes, pour le “dissuader d’accepter la proposition de Benoît XVI d’être Secrétaire d’Etat”. “C’est totalement faux”, souligne-t-il, même si “on continue à lire cette histoire”.

Le Secrétaire d’Etat rappelle également la gravité de “la publication de multiples lettres et documents envoyés au pape, de personnes qui ont droit à leur intimité”. C’est “un acte immoral d’une gravité inouïe”.

La confidentialité, précise-t-il, “est un droit reconnu explicitement par la Constitution italienne, qui doit être strictement observé et que l’on doit faire respecter”.

Revenant par ailleurs sur la démission d’Ettore Gotti Tedeschi ancien président de l'organisme financier du Vatican, l’Institut des oeuvres de religion (IOR) le cardinal assure que « la publication des interventions du Conseil de direction montre que sa mise à pied n’est pas due à des doutes internes sur la volonté de transparence », mais plutôt à « une détérioration des relations entre les administrateurs », en raison de « prises de position non partagées ».

“En outre, ajoute-t-il, au-delà des scandales passés – qui ont été exagérés et souvent remis sur le tapis pour provoquer la méfiance envers cet institution du Vatican – l’IOR s’est fixé des règles précises bien avant la loi anti-recyclage”.

Le cardinal estime que “l’actuel Conseil de direction, composé de hautes personnalités du monde économique et financier, a renforcé ces lignes de transparence et qu'il travaille pour retrouver l’estime que mérite cette institution au niveau international”.

Quant à la mise en liberté de Paolo Gabriele, demandée par ses avocats, “le magistrat n’a pas encore donné de réponse favorable” et les interrogatoires de la magistrature reprendront à court terme, explique le cardinal.

Le P. Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, a précisé que les trois cardinaux qui constituent la commission d’enquête, Jozef Tomko, Salvatore De Giorgi et Julián Herranz ont entendu 23 personnes. Samedi dernier, 16 juin, ils ont fait le point sur les enquêtes avec Benoît XVI.