La charité de Pie XII vue par ses proches

'Plus important de montrer un peu d'amour que de manger'

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 507 clics

« Il est beaucoup plus important de montrer un peu d’amour aux pauvres soldats, que de manger », disait le pape Pie XII qui rencontrait régulièrement les soldats durant la deuxième guerre mondiale.

L’Osservatore Romano publie des témoignages de proches de Pie XII (1876-1958), mettant en lumière des facettes de ce que le journal appelle « sa charité spirituelle ».

Quatre personnes qui vivaient avec le pape évoquent cette charité : l’employé Giovanni Stefanori, qui connut le pape dès 1909; soeur Maria Conrada Grabmair, en charge de la cuisine et du ménage de l’appartement pontifical de 1938 à 1958; le jésuite Guglielmo Hentrich, membre de son secrétariat pendant 16 ans ; et Cesidio Lolli, de L’Osservatore Romano, qui le rencontrait plusieurs fois par semaine, pour soumettre les corrections des discours à paraître.

« Soyez meilleure, plus calme »

Le pape Pacelli « observait à la perfection le protocole, les règles liturgiques, les préceptes de sa vie quotidienne », rappellent ses proches. Cependant l’ordre et la ponctualité n’étaient pas pour lui « une fin en soi », mais « des signes de politesse » : « Il tenait aux horaires car il n’aimait pas faire attendre. »

Cesidio Lolli précise d’ailleurs que « si quelque visiteur ne se comportait pas selon la tradition et le protocole, il ne s’affligeait pas : au contraire, après, il en riait ». De même il supportait les manques de ponctualité, les erreurs de ses secrétaires, en faisant preuve d’« une grande bienveillance et générosité ».

En revanche Pie XII ne supportait pas « la dureté du comportement ». Il corrigeait soeur Pascalina – sa secrétaire – lorsqu’elle était sévère avec les autres sœurs : « [Soyez] meilleure, plus calme ! », lui disait-il.

Peu m’importe ma personne

S’il était « prompt à pardonner », il était aussi « prompt à demander pardon » : Guglielmo Hentrich rapporte que lorsque Pie XII pensait n’avoir pas été suffisamment aimable avec lui, « plus tard il le faisait appeler pour lui demander pardon ».  

Cesidio Lolli témoigne aussi de la miséricorde du pape : « Une fois, un article qui ne répondait pas à la tradition de précision du journal, avait fait grand bruit. Le pape en souffrit et demanda le licenciement du rédacteur. Je me permis d’intercéder, en assurant des mesures pour que l’incident ne se répète pas. Il n’eut pas de difficulté à accéder immédiatement à ma demande. S’il avait toujours conscience de la grandeur du pontificat, il tenait à montrer que c’était pour l’institution et non pour sa personne. »

Selon soeur Maria Conrada, le pape aurait voulu que les fêtes qui le concernaient (anniversaire, …) passent inaperçues. Au contraire, il supportait les calomnies du nazisme et du communisme « avec un héroïsme admirable ». Il disait souvent : « Peu m’importe ma personne, mais je dois agir pour que la réputation de l’Eglise n’en reste pas handicapée. »

Plus important de montrer de l’amour

La religieuse poursuit : durant les années de guerre, « le pape recevait des soldats pendant des heures, il écoutait chacun et donnait une parole de réconfort, d’espérance et d’encouragement. Parfois il arrivait en retard dans l’appartement, il se mettait à table mais n’arrivait pas à manger, car il avait encore à l’esprit et au coeur leurs souffrances. Je le priais de venir à l’heure, sans quoi la nourriture devenait fade, mais il disait : “Oh, sœur ! Il est beaucoup plus important de montrer un peu d’amour aux pauvres soldats, que de manger”».

Pie XII intercédait aussi beaucoup, pour les vivants et les morts : selon Giovanni Stefanori, il était en prière toute la journée, en commençant par la messe, après laquelle il faisait une action de grâce « qui ne finissait jamais, de sorte que j’étais contraint de retourner le chercher. Souvent je le trouvai debout devant l’autel, en prière, les bras ouverts ». Le pape intercédait pour tous: ses proches, les personnes nécessiteuses, du plus humble travailleur aux chefs d’Etat, des amis aux ennemis.

Mais la charité du pape Pie XII était aussi matérielle, comme en témoigne un jésuite qui dans les années cinquante a rencontré plus d’une centaine de personnes accueillies par la charité du pape : « Le pape voulait que ces personnes soient soutenues dans leur vie matérielle et que l’on ne néglige pas de nourrir leur âme, dans un climat de vraie liberté. »