La charité l'emportera: Lettre de l'évêque de Tunis aux chrétiens d'Occident

L'islam est un monde en crise qui a besoin d'amour et d'espérance, affirme-t-il

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ROME, dimanche 13 juin 2004 (ZENIT.org) - Dans une lettre ouverte adressée aux chrétiens d'Occident, l'évêque de Tunis, Mgr Fouad Twal, explique que l'islam traverse actuellement une crise à laquelle les chrétiens doivent répondre par l'amour et l'espérance, et non par la guerre.



Mgr Fouad Twal constate dans sa lettre qu'"après l'attentat des Tours Jumelles et la guerre en Irak, on a un peu perdu la confiance dans la justice internationale, et la sérénité".

"Nous sommes tous blessés et nous vivons aussi le terrorisme dans la souffrance, comme vous en Occident. Au Moyen Orient, il y a eu des centaines d'attentats également. La violence est présente dans tout le pays, car elle est dans le cœur de l'homme", ajoute-t-il.

"La question n'est pas seulement l'Irak de Saddam. Il y a d'autres intérêts en jeu et surtout on ne peut pas changer tout le Moyen Orient par la force. Il faut du temps, il faut faire le bien et poursuivre un dialogue qui n'a jamais été interrompu du côté de la communauté chrétienne".

"Aujourd'hui, l'islam est un monde en crise, qui croit parfois pouvoir trouver de la force et des garanties dans le fanatisme. Il ne faut pas soigner cela avec la guerre, mais en lui donnant de l'amour et de l'espérance, dans le contexte d'une situation mondiale qui n'aide pas", affirme-t-il.

"Face à la peur et à la violence, nous devons nous interroger : que faisons-nous, nous les chrétiens, pour remédier, pour sauver, pour aider ? Il est certainement très important de se connaître mutuellement au niveau culturel", précise-t-il.

"Mais l'aspect intellectuel n'est pas suffisant. Il faut que la personne individuelle, le chrétien et le musulman, mûrisse, dans la vie quotidienne. La culture du dialogue doit commencer dans les écoles, dans les églises, dans les mosquées! On doit encourager les rencontres nationales et internationales sur ce thème. On doit accueillir la voix du Magistère".

Evoquant l'arrivée de nombreux immigrés musulmans dans des pays chrétiens, Mgr Twal précise qu'il "est nécessaire d'affirmer l'identité chrétienne avec courage, sans complexes, sans aucune crainte révérentielle: le "profil bas" ne sert à rien et est rejeté par les musulmans eux-mêmes".

"L'immigration peut être une richesse" mais pour cela il faut la rendre "moins sauvage" et "intensifier les aides aux gouvernements qui s'engagent à développer l'éducation et augmenter les possibilités de travail dans leur pays", estime Mgr Twal.

En même temps, précise-t-il, "il faut intensifier les échanges au niveau universitaire et scientifique pour favoriser les composantes du monde musulman qui souhaitent une relation ouverte avec la modernité".

"Il ne faut pas oublier que la pauvreté, l'ignorance et l'injustice sont des terrains fertiles pour le fondamentalisme", souligne-t-il.

"Pour dialoguer, fait-il observer, il faut avant tout une solide connaissance de la foi chrétienne catholique, une adhésion ferme au Magistère de l'Eglise, qui garantit que l'on est bien un disciple à la suite du Christ".

"Notre expérience montre que le témoignage chrétien et la charité finissent toujours par "percer", y compris dans le monde musulman", affirme-t-il.

"Le dialogue de l'amitié, de l'entraide, du service, est possible. Il entre, il pénètre. La charité reste le langage le plus beau. Et tout le monde peut faire quelque chose, selon ses possibilités", poursuit-il.

La lettre de l'évêque de Tunis est publiée dans son intégralité (en italien) dans le dernier numéro de l'hebdomadaire Tempi.