La couverture médiatique de la santé du pape est-elle exagérée ?

Entretien avec González Gaitano, doyen de communication à l’Université de la Sainte-Croix

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ROME, lundi 7 mars 2005 (ZENIT.org) – Le doyen de la Faculté de communication institutionnelle de l’Université pontificale de la Sainte-Croix , à Rome, n’est pas surpris de l’impressionnant déploiement médiatique autour de la santé de Jean-Paul II.



Norberto González Gaitano estime qu’il est « logique que le Saint-Siège adapte sa politique de communication à la réalité des faits, sans faux optimismes et sans alarmismes ».

Le Pr. González Gaitano est consulteur du Conseil pontifical pour les Communications sociales et l’auteur, entre autres, de «El deber de respeto a la intimidad» (Le devoir de respecter l’intimité) et «La Interpretación y la narración periodísticas» (L’interprétation et le récit journalistiques), parus aux Editions Eunsa.

Zenit : La couverture médiatique de la santé du pape est-elle exagérée selon vous ?

Pr. Gaitano : Lors du Jubilé de l’an 2000 le pape a remercié les journalistes de leur travail d’information qui a permis de mieux faire connaître cet événement exceptionnel de la vie de l’Eglise. Ce n’était ni la première ni la seule fois qu’il le faisait.

A certains, y compris à ceux qui ont un réel souci de bien informer, l’attention des médias à la santé du Saint-Père peut sembler exagérée, en raison d’une empathie naturelle avec sa souffrance, car le pape reste un homme et, qui plus est, un homme profondément aimé.

Le cardinal Ratzinger a valorisé cela et ses effets, de manière très juste : « Dans une société qui cache la douleur et la proximité de la mort, le témoignage du pape est prophétique », a-t-il dit en substance après lui avoir rendu visite récemment.

Zenit : Jean-Paul II est le premier pape clairement médiatique. Croyez-vous qu’il soit gêné par le fait que sa vie soit constamment placée sous le regard du monde ?

Pr. Gaitano : Il me semble évident que le pape a choisi dès le début de son pontificat à la fois de ne pas éviter les médias y compris quand ils lui semblent gênants et de ne pas les instrumentaliser lorsqu’ils l’aident à faire connaître sa mission de pasteur universel de l’Eglise et de figure du Christ pour l’humanité.

Il vit simplement de manière naturelle avec eux, dans les moments que les gens qualifient de bons comme dans ceux qu’ils qualifient de mauvais. Pour cela, il évite les médiations et s’adresse directement aux personnes, y compris aux informateurs.

Zenit : Le Saint-Siège donne une image de sérénité, en évitant d’alarmer l’opinion publique. Cette politique de communication vous semble-t-elle bonne ?

Pr. Gaitano : Après la précipitation et les hésitations compréhensibles suscitées par la crise qui a conduit à sa première hospitalisation à la polyclinique Gemelli, non seulement le Saint-Siège, mais nous tous, avons accepté le fait que le pape traverse une nouvelle étape de sa maladie qui suppose un point de non retour à la situation précédente.

Il est logique que le Saint-Siège adapte sa politique de communication à la réalité des faits, sans faux optimismes et sans alarmismes suscités davantage par l’attente de nouveautés à raconter que par de nouveaux états de santé critiques.

Dans certains milieux de l’information on a déploré la pauvreté ou l’insuffisance de l’information, un jugement qui pourrait être juste en ce qui concerne la première réaction : il est compréhensible que ceux qui devaient décider d’urgence l’hospitalisation du pape le matin, n’aient pas d’abord pensé aux médias. Il est compréhensible que la nouvelle ait été donnée seulement lorsque le pape est arrivé à la polyclinique Gemelli.

Depuis quelques années les médias veillent attentivement sur la santé du pape. Un journaliste d’agence l’a vu entrer et, logiquement, a donné l’information, déclenchant l’explosion médiatique. C’est ce que l’on appelle, dans le jargon académique professionnel, « l’effet à la chaîne ».

La Salle de presse s’est trouvée hors jeu pendant quelques heures mais a repris le contrôle de la situation en moins de douze heures, avec la main de fer qui convient aux situations de crise.

J’ai lu par exemple des plaintes de journalistes déplorant l’absence de communiqués de la part des médecins ou le fait de ne pas pouvoir les interviewer comme dans le passé. J’ignore le fondement de ces plaintes et la situation des interventions chirurgicales dans le passé.

Je sais en revanche, et ceci est un principe du manuel de la communication des institutions, qu’il ne doit y avoir qu’un seul interlocuteur officiel avec les médias en période de crise. Tout le monde y gagne : l’institution, les journalistes et bien sûr, le public.

Zenit : Dans votre faculté vous préparez l’Eglise à affronter des crises médiatiques. La situation actuelle peut elle être considérée comme une crise ?

Pr. Gaitano : Si notre Faculté prétendait préparer « l’Eglise » à affronter des crises, y compris médiatiques – permettez-moi l’ironie – nous l’aurions fermée ou nous travaillerions pour une autre institution ayant plus d’avenir dans ce domaine.

L’Eglise a une expérience millénaire des crises et pourtant elle n’a pas encore trouvé le remède pour les surmonter. Elle les résout un peu mystérieusement, de l’intérieur, avec d’énormes contradictions, mais avec une aide puissante qui vient du dehors et du dedans à la fois, de manière imprévisible et sereine ; il faut parfois une ou deux générations pour les résoudre.

Quant à nous, plus modestement, nous tentons de préparer les personnes qui gèrent la communication des institutions ecclésiastiques pour affronter du point de vue de l’information les crises qui surgissent de l’intérieur et pour susciter la crise à l’extérieur, dans la société : celles que le message chrétien doit créer, et crée, lorsque l’on essaie de le vivre et de le présenter dans toute sa plénitude.