La culture des jeunes : différences et potentialités

Par le card. Ravasi

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 1514 clics

Ils ont une ouïe différente, une langue différente, une morale différente, une attitude qui regarde le monde dans une « apparente indifférence », mais ont aussi en eux des « graines surprenantes de fécondité et d’authenticité ». Qui sont-ils ? Ce sont les jeunes, dont la culture propre fait l’objet de travaux du Conseil pontifical de la culture.

Le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture, a présenté ce matin, jeudi 31 janvier 2013, l’assemblée plénière de son dicastère, qui se tiendra au Vatican du 6 au 9 février sur le thème: « Les cultures émergentes des jeunes ».

Il était entouré de Mgr Carlos Alberto de Pinho Moreira Azevedo, délégué du dicastère, et de deux jeunes : Alessio Antonielli, d’Italie, et Farasoa Mihaja Bemahazaka, étudiante de Madagascar.

Le cardinal livre un témoignage, sur le ton de l’humour, de la façon dont il perçoit le monde des jeunes et de l’esprit dans lequel est organisée cette assemblée.

Le monde des jeunes

« Leur ouïe est différente de la mienne », constate-t-il, confiant avoir « même écouté un CD d’Amy Winehouse » pour en avoir la preuve immédiate.

« Leur langue est différente de la mienne », poursuit-il, et « non pas seulement parce qu’ils utilisent un dixième de mon vocabulaire » : « ils sont nés numériques et leur communication a adopté la simplification de twitter, les pictogrammes du téléphone portable ».

Dans ce monde numérique, le « froid "chat" virtuel sur écran » s’est substitué au « dialogue fait de contacts directs visuels, olfactifs, etc » et la « logique informatique binaire du ‘sauvegarder’ ou ‘supprimer’ » règle aussi « leur morale qui est expéditive », a-t-il estimé.

Pour le cardinal en effet, chez les jeunes « l’émotion immédiate domine la volonté, l’impression détermine la règle, l’individualisme pragmatique est conditionné par d’éventuels modes de masse », tels le tatouage, la vie nocturne, les gangs, les jeux extrêmes, l’esthétique du "négligé", le graffiti...

Remise en question des adultes

Cependant le cardinal ne s’arrête pas au constat de ces particularités : il remonte à la cause de l’attitude des jeunes « qui se promènent dans les rues avec l’oreille bouchée par les écouteurs ». Il y voit le signe que les jeunes « sont "déconnectés" de l’insupportable complexité sociale, politique, religieuse que nous avons créée, nous les adultes ».

En un certain sens, « ils abaissent une visière pour s’auto-exclure parce que nous les avons exclus avec notre corruption et notre incohérence, avec la précarité, le chômage, la marginalité », souligne-t-il.

Même leurs musiques « si déchirées musicalement et thématiquement » laissent émerger « une demande de sens commune à tous », ajoute-t-il, soulevant la question de la responsabilité des adultes : « ici devrait apparaître un examen de conscience chez les parents, les professeurs, les prêtres, la classe dirigeante ».

La diversité, une chance

La "diversité" des jeunes, pourtant, n’est pas seulement « négative », elle contient aussi « des graines surprenantes de fécondité et d’authenticité », affirme le cardinal, qui rappelle que les jeunes de moins de 25 ans représentent « plus de la moitié des cinq milliards de personnes qui vivent dans les pays en voie de développement (85% des jeunes du monde) ».

Ces jeunes sont « le présent et non seulement l’avenir, de l’humanité », c’est la conviction du cardinal qui professe une « confiance dans leur potentialité, même ensevelie sous ces différences qui à première vue m’impressionnent ».

Il s’appuie sur « le choix du volontariat de la part de nombreux jeunes, leur passion pour la musique, pour le sport, pour l’amitié ».

Il mentionne également « leur spiritualité originale, leur sincérité, et leur liberté » cachées « sous un masque d’apparente indifférence ».

Il insiste enfin sur « la foi des jeunes », faisant observer que leur attitude générale est aussi « une façon de nous dire que l’homme ne vit pas seulement de pain ».

La communication de la jeunesse

Dans ce contexte, le travail du Conseil pontifical s’annonce chargé : le cardinal fait état à ce propos d’un « saut générationnel », spécialement dans le domaine de la communication.

Il donne l’exemple du rapport avec la presse papier : alors que, tout jeune, il « enviait les marchands de journaux qui avaient à leur disposition une vaste gamme de pages à lire sans rien payer », il a observé récemment, lors d’une exposition sur le Code Atlantique de Leonard de Vinci organisée à Milan, que les adultes prenaient les exemplaires de journaux en libre-service, tandis que les jeunes ne les touchaient pas.

S’il est « éclectique culturellement », le cardinal Ravsai affirme porter un d’intérêt particulier pour un domaine qu’il juge « fondamental pour aujourd’hui » : « la culture de la jeunesse », une formule qu’il distingue de toute idée de « censure » ou « d’apartheid ».

Il conclut en citant l’écrivain français Henri Duvernois « Nous devons tous avoir une jeunesse; l’âge où l'on se décide à être jeune importe peu ».